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Soit dit en passant

Articles récents

Et si on parlait d’autre chose, pour changer un peu !

16 Avril 2017 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 


En dépit d’un temps qui s’annonce plutôt clément pour un jour ordinaire de novembre, alors que nous nous apprêtons à en finir avec le mois d’avril, j’ai songé un moment à partager avec vous mes réflexions sur un sujet qui, parfois, s’en vient nous titiller les neurones, j’ai nommé  la mort. Ou la vie, si vous préférez, bien que ce soit la même chose en vérité. La vie c’est au début, la mort à la fin, entre les deux il y a l’attente. Il existe différentes façons de combler la tante, tout dépend de son âge et des moyens dont on dispose ! – Ne nous égarons pas néanmoins. L’attente est généralement longue, horriblement longue, mais nous avons à notre portée différents artifices grâce auxquels une heure peut nous paraître ne durer que cinquante neuf minutes. Or, si l’on répète l’opération un plus ou moins grand nombre de fois, un mois peut compter moins de trente ou trente et un jours. Je ne parle évidemment pas de février qui est un cas un peu spécial sur lequel on ne peut tabler qu’une fois l’an, il faudrait alors avoir toute la vie devant soi et jouir d’un ennui phénoménal, privilège qui n’est pas offert à tout le monde, sinon ce serait la gabegie. Tentez d’imaginer – mais si, c’est possible ! – une société où auraient été abolis la lecture et la musique, la télévision, la presse et les serviettes périodiques, les jeux de cartes, le loto, les mots croisés, les téléphones portables, Internet, Facebook, Instagram,  et j’en passe, sans compter l’alcool, le vin, le tabac, la baise, les médocs, Michel Sardou, songez un peu à la désespérance glauque dans laquelle nous serions abandonnés et contraints de patauger jusqu’à ce que mort s’ensuive… D’où la conclusion qu’en avait tiré un de mes auteurs favoris : vivons heureux en attendant la mort. Certes certes, vivons heureux peut sembler étrangement optimiste, voire carrément utopiste, et donc manifestement dégoûtant et redonc totalement contraire à cette obstination têtue qui nous incite à ne  jamais perdre de vue les lourds nuages noirs et l’orage qui déjà gronde à deux pas d’ici, ni davantage accepter de continuer à subir les propos guerriers, revanchards et xénophobes de tel ou tel dont il faudra rapidement se débarrasser pour pouvoir enfin respirer un bon coup afin de goûter sereinement une ou deux bouteilles de blanc d’Oingt en conchiant les crapules et les voyous qui nous pourrissent l’existence depuis que l’homme a découvert son irrépressible fascination pour les chefs. Avant de leur faire passer définitivement le goût du pain bénit. La mort prend tout à coup un aspect autrement séduisant, nous serions même tentés de lui proposer nos services lorsqu’on songe au nombre effarant d’ordures qui continuent de nous empuantir l’air, pis qu’une décharge à ciel ouvert où s’entassent les détritus de ce que nommons avec envie et délectation notre belle société de consommation.
La mort des autres est infiniment moins répugnante lorsqu’il ne s’agit pas de nous, sinon à quoi nous serviraient nos belles usines d’armement et de produits chimiques qui luttent vaillamment contre les délocalisations, les suppressions d’emplois et la disparition programmée de notre patrimoine industriel laborieusement édifié sur le dos des enfants et des émigrés venus de partout où nos colonies prospéraient. C’était le bon temps, me direz-vous, et que n’y retournons-nous donc, hein ! C’est en effet dans cette prespective que la mort a été inventée, par anticipation en quelque sorte et pour nous épargner des souffrances interminables puisque l’euthanasie n’est acceptée que collectivement et après décision du ministre en charge. Question d’éthique, en somme. Fort heureusement, le génie humain n’est pas dépourvu d’imagination, ses serviteurs travaillent d’arrache-pied et le progrès n’en finit pas de faire des pas en avant. Bientôt la mort sera un plaisir pour tous, pas seulement celle des autres.
Il n’empêche qu’en attendant…


16 avril 2017

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3 Avril 2017 , Rédigé par JCD

Lundi dernier, alors que je m’étais rendu au marché de Forcalquier pour y faire l’acquisition d’une paire de bretelles et que je me reposais à une terrasse de bistrot en attendant que le soleil daigne se lever, vint s’asseoir en face de moi un individu dont je ne connais que trop les histoires invraisemblables dont il aime à partager le pittoresque avec la crême des élites locales. Le voilà donc qui entreprend de me narrer par le menu sa plus récente aventure dont je ne résiste pas au plaisir de vous faire goûter tout le sel, le titre lui-même en donnant le ton puisque nous avons affaire à un authentique poète :

 


Décidément, rien ne nous réunit Rocco Siffredi et moi !

J’ai appris il y a seulement quelques jours, à l’occasion de l’une de ces conversations digestives dont nous sommes friands lorsque le vin parvient à élever le niveau du débat, j’ai appris donc que consécutivement à la nécessaire amputation de mon génitoire gauche devenu exagérément cancéreux je ne serais plus en mesure de me reproduire, dès lors que le produit de mon éjaculation se perdrait, dit-on, irrémédiablement et mystérieusement en quelque trou sans fond introuvable sans qu’il me soit possible d’en récupérer le moindre gramme (parler en litres serait sans nul doute quelque peu présomptueux). Rien ne sortait plus du tuyau prévu à cet effet, m’interdisant ainsi d’espérer donner une petite sœur, ou un petit frère, à ma fille qui, à l’instar de sa propre mère à l’époque, en manifestait le désir. On serait frustré à moins, d’autant que quelques mois plus tard un quelconque carabin s’avisa de me séparer sans trop de ménagement d’une partie de mon rein gauche jugée probablement cancéreuse, on ne sait jamais ! Il semble que j’ai une faiblesse du côté gauche, ce qui ne laisse point de m’interroger quant à l’éventualité d’une nécessaire ablation de mon cœur gauche, étant entendu que le droit m’a vraisemblablement été prélevé dès la naissance.
Bref, ladite conversation fit beaucoup s’esclaffer les convives invités à partager la chair du rosbeaf simultanément avec cet épisode de ma vie privée ô combien truculente, tant il est vrai qu’elle est parfois lente. Mais il n’est jamais trop tard pour apprendre que l’on a été déclaré impuissant puisque, depuis l’an 1978 de notre ère, mon inaptitude à repeupler la nation ne m’avait jusqu’alors jamais été signifiée au motif que je n’éjaculerais plus désormais qu’à l’intérieur de moi-même. Oui, vous pouvez sourire, d’autant qu’à plusieurs reprises j’avais fourni la preuve du contraire. Où passait donc ma précieuse liqueur séminale, en quel repli incertain se perdait -elle à jamais sans qu’il me soit possible d’en récupérer de quoi beurrer une biscotte ? Une éjaculation réussie, quand bien même ne viserait-elle que le simple plaisir un temps partagé, ne peut-elle prétendre entrer dans la catégorie des privilèges masculins les moins contestables ? L’hilarité générale déclenchée par une telle   contre-performance me troublait, c’est bien la moindre des choses sachant que je mets un point d’orgueil personnel à savoir, disons dans la plupart des cas, ce que je fais de mes affaires. Foutre ! m’indignais-je, il n’empêche, où donc passe le mien ? Alors que j’en sais qu’exaspère au sortir de l’ascenseur la présence de taches plus que suspectes sur leur mini-jupe plissée bleu marine, voire dans l’échancrure de leur chemisier en soie d’un profond bleu indigo du Cachemire. Du coup, si j’ose dire, m’apparaissait comme une tolérable exigence les voyages incessants de mon ex-épouse (comme disent les assistantes sociales), à la recherche frénétique de toute bite susceptible d’éjaculer normalement, sillonnant l’hexagone en tous sens et s’en allant bien au-delà de nos frontières nationales jusques en des terres étrangères pour dénicher le possesseur du matériel compétent, bien qu’elle ne semble toujours pas être parvenue à mettre la main dessus. Mais y avait-il là matière à se boyauter à mes dépens sans la moindre courtoisie ? Je vous le demande.

Que voulez-vous qu’en semblable circonstance et face à l’ampleur de son désarroi je lui répondisse, moi aussi je vous le demande.


1er avril 2017

 

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Ce n’est pas parce qu’il existe des cinéastes qui n’ont rien à dire qu’il faut interdire le cinéma

16 Février 2017 , Rédigé par JCD

 


Je me souviens (comme disait Pérec) de l’époque où triomphait le pompidolisme (déjà un ministre issu de la banque Rothschild), c’était au début des années soixante et des Pascal Privet parisiens tentaient d’organiser des projections de films, de Chris Marker par exemple, et nous ne connaissions le nom de la salle où ils allaient être enfin visibles qu’au tout dernier moment puisqu’ils étaient interdits par le pouvoir démocratique d’alors. On pouvait également aller les voir en Belgique. Aujourd’hui, tandis qu’un autre ex-ministre d’un gouvernement socialiste également issu de la banque Rothschild tente de se faire élire, démocratiquement of course, à la tête de la nation, de petits roitelets ubuesques (j’emprunte sans vergogne au vocabulaire de mon ami Jean Klépal) parviennent à obtenir la mort par asphyxie financière d’une association qui depuis trente années permettait aux Rencontres Cinéma de Manosque d’exister et d’ouvrir son public à un cinéma différent, quelquefois difficile d’accès dont la distribution ne bénéficie généralement pas des grands circuits. Trop de films médiocres sortent chaque semaine, a proféré un jour le célèbre distributeur, exploitant, producteur, réalisateur Marin Karmitz qui est également l’une cinq cents plus grandes fortunes de France. Clap de fin donc pour les Rencontres avec pour clore la sélection les deux derniers films d’Alejandro Jodorowsky. Je ne dirai rien du maître lui-même, une élite louangeuse ayant depuis longtemps fait le plus que nécessaire dans ce domaine. On peut en revanche s’indigner de ce que sa production cinématographique s’avère, si pauvre de contenu que ne comble nullement l’entassement de scènes, supposées provocatrices mais terriblement ennuyeuses et répétitives, tout y passe et les analystes ne manquent pas de citer en référence et à tort le surréalisme (relire Vaché, Péret, Rigaut, Tzara et consorts pour s’apercevoir du contraire, voire Buñuel). Fellini certes et son goût prononcé pour le cirque, les caricatures vociférantes, dans une confusion des idées comme des images dont le conformisme finit par lasser.
Il est heureux qu’il y ait eu cette année pour compenser de tels monuments de prétention des œuvres fortes, dont notamment le film de Thierry Frémaux consacré aux frères Lumière ou l’inusable La Chasse au lion à l’arc de Jean Rouch.
Souhaitons que les autorités prétendument compétentes s’apercoivent à temps de l’erreur commise en condamnant les Rencontres Cinéma de Manosque et retrouvons-nous autour de Pascal Privet pour d’autres aventures…

Février 2017

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10 Février 2017 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

Si vous apercevez cet homme, dénoncez-le !

Sans attendre, précipitez-nous jusqu’au commissariat le plus proche, à l’église voisine s’il en existe encore une dans votre quartier ou région, décrivez-le brièvement et fuyez. Car cet homme pourrait être l’infâme Jean Meslier, ex curé d’un petit village des Ardennes situé non loin de Charleville-Mézières, Étrépigny, dont la population avoisine aujourd’hui les deux cents âmes (corrompues bien évidemment). Jean Meslier, né en 1664, que l’on prétend mort en 1762 mais rien n’est moins sûr puisqu’il existe à l’heure actuelle des personnes dignes de foi qui l’auraient croisé lors de récentes manifestations au cours desquelles il aurait tenu des propos scandaleux, et même probablement anarchistes. D’aucuns affirment qu’il aurait laissé avant de disparaître mystérieusement un testament intitulé Mémoires des pensées et sentiments de Jean Meslier, considéré comme le texte fondateur de l’athéisme et de l’anticléricalisme militant en France, recopié en trois exemplaires manuscrits. Cet ouvrage, fut publié, amputé d’une grande partie de son contenu et même réécrit par Voltaire pour certains passages farouchement déistes, en 1762.
Il laisse à sa mort une enveloppe contenant deux documents, le premier étant une introduction au second. Inévitablement, cette lettre préface devait piquer au vif l’intérêt de ceux qui avaient découvert ledit document, et on peut facilement imaginer quelle aurait été la réaction des ouailles du Père Meslier apprenant par le biais de son second document que le prêtre qui avait été à la tête de leur paroisse pendant plus de quarante ans, considérait que la religion n’était qu’erreur, mensonge et imposture et invitait du même souffle ses confrères à abandonner le christianisme… Renversement inattendu, le texte de Meslier est également révolutionnaire pour l’époque puisque les propositions athées qui y sont présentées ne sont cachées sous aucun subterfuge. L’auteur s’y déclare clairement athée et attaque directement la religion chrétienne en évitant la précaution habituelle qui entourait les textes philosophiques d’alors qualifiés, à tort ou à raison, d’athées. Bien plus qu’une exposition de thèses impies, l’œuvre de Meslier se présente même comme ouvertement prosélyte s’attaquant directement à la foi du croyant :
« Pesez bien les raisons qu’il y a de croire ou de ne pas croire, ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige si absolument de croire. Je m’assure que si vous suivez bien les lumières naturelles de votre esprit, vous verrez au moins aussi bien, et aussi certainement que moi, que toutes les religions du monde ne sont que des inventions humaines, et que tout ce que votre religion vous enseigne, et vous oblige de croire, comme surnaturel et divin, n’est dans le fond qu’erreur, que mensonge, qu’illusion et imposture. »
Ce n’est qu’en 1864 que Rudolf Charles d’Ablaing van Giessenburg publie une première édition complète mais non dépourvue d’erreurs, en trois volumes in 8° de 350 pages chacun.Il faudra néanmoins attendre 1970-1972 pour que le Mémoire de l’impertinent – et tellement pertinent – curé d’Étrépigny paraisse dans son authenticité d’origine aux éditions Anthropos.
Toutefois si l’idée de devoir vous confronter à l’intégralité d’une telle œuvre vous rebute quelque peu, il vous est possible, et fortement conseillé de vous procurer le livre de Serge Deruette, Lire Jean Meslier, curé et athée révolutionnaire, publié par les éditions Aden dans la collection Opium du peuple. Saluons au passage l’immense mérite d’en avoir actualisé l’orthographe, permettant ainsi à l’homme du vingt et unième siècle de pleinement goûter la modernité de pensée d’un curé singulièrement en avance sur son temps.
Or donc et néanmoins, si vous croisez cet individu, ou quiconque lui ressemblant peu ou prou, à toutes jambes fuyez car c’en est fini pour vous de la tranquille sérénité, de la confortable béatitude, de l’innocence des bienheureux crétins. Ne prenez aucun risque inutile, ne tentez surtout pas, tel un valeureux défenseur de l’ordre républicain, de l’appréhender alors que vous ne disposez d’aucune arme (à feu ou même noblement blanche) pour le frapper à mort afin qu’il cesse à jamais ses coupables activités de démoralisation du peuple et de dénigrement continu des valeurs, chrétiennes principalement, sans lesquelles l’honnête homme sombre instantanément dans la débauche et la dépravation, tournant le dos à la foi comme à la rédemption pour nous montrer son cul merdeux.

11 février 2017

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Tout dépend de ce que l’on entend par état d’urgence

8 Octobre 2016 , Rédigé par JCD

– Dommage, j’aurais bien continué encore un peu, déplorait l’insupportable vieillard qui continuait de grignoter ses biscuits en fichant des miettes partout et en bavant. – Non, là ce n’est plus possible dans l’état où vous êtes, rétorque l’homme en blouse blanche, déjà que nous manquons de lits… – Mais un seul, il ne m’en faut qu’un seul, et puis je ne suis pas exigeant, vous avez dit vous-même qu’il valait mieux arrêter les soins vu que vous avez tout essayé. Inutile de s’acharner, ce sont vos propres mots, je n’invente rien… – Eh bien justement, soyez raisonnable, il y en a d’autres qui attendent et qui sont en droit d’espérer. – Alors que moi, non. C’est bien ça, hein ? Si j’étais président de quelque chose, on tenterait l’impossible… – L’impossible, l’impossible, ça ne veut rien dire l’impossible, ce sont des mots juste bons pour les écrivains de romans d’aventures… – Pourtant, moi j’aurais bien continué encore un peu, histoire de voir comment les choses vont se passer pour le vieux de la chambre voisine, et puis je ne demande pas la lune, une semaine, quinze jours, ou peut-être jusqu’au printemps, j’aimerais bien revoir le printemps une dernière fois, ou deux si la chance est de mon côté, et sentir le parfum des marronniers en fleurs quand la fenêtre est ouverte et qu’on entend le klaxon des voitures sur le boulevard, ou le souffleur de feuilles à l’automne, j’aime bien l’automne aussi, ça fait quelques mois supplémentaires, avant les fêtes de fin d’année… – Il faudrait que vous réalisiez que vous êtes en fin de vie et qu’il ne vous reste plus grand-chose à attendre, autant dire rien, dans fin de vie il y a le mot fin, c’est celui-là qui compte parce que la vie vous l’avez déjà eue. – Ouais, la vie, parlons-en, je ne suis même pas monté à la Tour Eiffel, alors l’Empire State Building encore moins, rien du tout, j’aurais bien droit à une session de rattrapage avec un prix de consolation, Claire Chazal par exemple si Sharon Stone n’est pas disponible, et puis il y a le voyage, moi je ne peux pas trop me déplacer… – Bon, excusez-moi monsieur Sardou… – Saindoux, comme le saindoux s’il vous plaît. – Oui, j’ai d’autres patients à voir, ma journée n’est pas terminée, on en reparle dès que possible.
Il quitte la chambre. – Ah ! Denise, foutez-moi celui-là en coma artificiel. Oui oui, tout de suite.
octobre 2016

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Dans la nuit de l’hébétude généralisée

3 Octobre 2016 , Rédigé par JCD

Dans un livre publié en 2006 (par José Corti il va de soi) et intitulé Tout le monde devrait écrire, Georges Picard notait cette réflexion marquée au coin du bon sens, comme disait je ne sais plus qui mais cela n’a strictement aucune importance : Aujourd’hui, précisément parce que la pression extérieure a atteint un niveau presque insupportable, la sauvegarde personnelle réside dans le repliement créateur, superbement indifférent à l’indifférence générale. Le repliement créateur est en effet la seule solution envisageable pour quiconque n’est que très faiblement, voire pas du tout, atteint par l’herpès de la réussite qui te fiche des démangeaisons intolérables. Dit-on, car je m’estime assez sain de ce côté-là, de l’autre côté tout autant et je ne cesse de m’en réjouir en le prouvant.
Toutefois, demeurer superbement indifférent à l’indifférence générale réclame une force de caractère peu commune, quelque chose comme une zénitude supérieure dont on trouve quelques traces significatives dans certains bas-reliefs mésopotamiens et chez le tigre du Bengale lorsqu’il dort, mais demeurons néanmoins méfiants lorsqu’il se réveillera. Car l’indifférence générale peut parfaitement troubler notre propre indifférence, l’agacer, la contrarier et nous pousser, dans les cas les plus extrêmes, à émettre l’hypothèse selon laquelle ils ne seraient tous que de pauvres cons, ce qui ne peut que nuire à notre sérénité personnelle et nous conduire à commettre des actes, couramment qualifiés de barbares, sur la personne de petite taille se trouvant à portée de main dans l’immédiat. Admirons Georges Picard dont l’indifférence est superbe en dépit du fait qu’il ait publié une bonne trentaine d’ouvrages dans l’indifférence générale puisque mon voisin lui-même n’en a jamais entendu parler, fut-ce pour en dire du mal.
Je m’interroge néanmoins sur la santé mentale de Georges Picard, précisément lorsqu’il avance l’idée selon laquelle tout le monde devrait écrire. En effet, dès lors que tout le monde n’exclut personne il va forcément se trouver, mélangés au magma d’indifférents innombrables, quelques cas sociaux qui pourraient parfaitement manifester un enthousiasme un peu trouble ou une haine farouche – car les haines véritables sont le plus souvent farouches – à l’égard de l’auteur, de son livre au risque de déstabiliser sa superbe indifférence. Déclenchant d’obscènes gesticulations de frénésie amoureuse ou bien tentant, à l’inverse, de lui fendre la tête à coups de serpe cévenole alors que l’écrivain, pourtant indifférent, sortait tout juste de l’Académie française où il était allé saluer Jean d’Ormesson.
Tout le monde devrait écrire, allons donc ! Songez un peu, mon cher Georges Picard, au nombre d’arbres qu’il va falloir abattre pour imprimer tous ces livres car vous ne pouvez ignorer qu’on publie aujourd’hui tout et n’importe quoi, indifférence générale ou pas, et vous porterez donc l’effarante responsabilité de ce gâchis de papier et d’encre dont nous n’avions nul besoin. Alors que mon éditeur, honnête homme s’il en est, renâcle à se lancer dans la publication d’un second ouvrage, pourtant conçu dans le repliement créateur le plus intègre, sous prétexte que l’indifférence générale est la plus forte et qu’il en a déjà fait les frais une première fois. Songez-y un instant et dites-moi s’il ne serait pas souhaitable – j’allais écrire salutaire mais c’eût été présomptueux – de ne publier que ce qui, selon moi, le mérite à destination d’une poignée de fins lecteurs soucieux de faire en sorte que la passion d’écrire continue à brasiller dans la nuit de l’hébétude généralisée.
octobre 2016

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Tout doit disparaître !

2 Octobre 2016 , Rédigé par JCD

Il est plus que temps d’en finir. Certes, c’est admettre qu’ils ont gagné et que ce seront eux, et eux seuls, qui se partageront les restes du gâteau, en se foutant néanmoins sur la gueule pour en avoir la plus grosse part. L’heure de l’hallali a sonné. Oh ! je sais, vous me rétorquerez que ce ne sont là qu’affirmations sans fondement, éclairant une vision ultra pessimiste indigne d’un individu prétendument responsable, censé s’appuyer sur des faits avérés et soucieux de la survie des générations futures. Eh bien justement, parlons-en !
Chaque année, l’activité humaine consomme davantage de ressources naturelles que la planète ne peut en reconstituer sur la même période. Ce qui signifie en clair que nous vivons à crédit tout en sachant que non seulement nous ne rembourserons jamais mais que le capital s’épuise à un rythme chaque jour plus important et qu’au final il n’y aura plus rien à prélever. Alors même que la population globale sera passée de un à six milliards (salauds et imbéciles confondus) en moins de cent ans et que nous étions déjà sept milliards (plus ou moins dans la même proportion) en 2011. Le nombre d’individus à nourrir ne cesse d’augmenter quand, dans le même temps, les ressources s’épuisent, sachons en tirer les conclusions qui s’imposent.
Oui, mais comparons ce qui est comparable, objecteront les sages avec sur le nez leurs lunettes à foyers multiples, et continuons d’investir dans le progrès afin que nos chers scientifiques inventent et perfectionnent les nourritures de demain en partenariat avec le lobby de l’agro-alimentaire mondialisé. Et ne nous laissons pas déstabiliser par un défaitisme de mauvais aloi. Toutes les épidémies ne sont pas vaincues et on peut en inventer de nouvelles, sans compter que les guerres déclenchées aux endroits propices et les accidents nucléaires ou bactériologiques peuvent contribuer efficacement, nous l’avons déjà prouvé, à un rééquilibrage des populations tenant compte des besoins et des excédents locaux sans qu’il soit nécessaire d’inquiéter inutilement nos élites pensantes.
Certes certes, mais il ne s’agit pas que de nourrir comme on gave le cochon ou l’oie, il convient aussi de construire et faire fonctionner tout un matériel consommateur de matières premières dont, là encore, les ressources ne sont pas inépuisables. Vous me répondrez que ce qui est pris est pris et que le jour où il n’y en aura plus, eh ben mon vieux, on trouvera autre chose, ce à quoi j’ajouterai de mon côté qu’il faut s’attendre à un branle-bas économique lorsque les États-Unis auront perdu leur suprématie monétaire, ce qui ne saurait tarder puisque le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud s’y emploient. L’hégémonie du dollar c’est celle des États-Unis. La bulle va éclater. Le dollar va s’effondrer et les États-Unis avec. […] À système constant, il faudrait que les États-Unis acceptent de s’infliger les sacrifices qu’ils demandent d’habitude aux autres par le biais du FMI et de la Banque mondiale. Cela ne se fera jamais. La catastrophe est donc inéluctable.
Néanmoins, car il y a toujours un néanmoins quelque part, les États-Unis n’ont pas l’intention de se laisser dépouiller de leur suprématie par des semi-négros sans réagir car l’argument de poids américain se nomme sa puissance militaire. Forte d’une capacité impressionnante en hommes et en armements, l’Amérique du Nord est présente à peu près partout dans le monde et son industrie dans ce secteur contribue à sa puissance économique. D’où l’exigence du pouvoir politique à désigner le ou les ennemis du moment qui menaceraient ladite hégémonie du dollar, entraînant pour partenaires plus ou moins volontaires des gouvernements, notamment européens, aujourd’hui presque tous inféodés à la doctrine impérialiste. La monnaie européenne représentait jusqu’ici un contre-pouvoir dont il était nécessaire et urgent pour les États-Unis de combattre le développement, par exemple en tentant d’imposer le fameux Grand Marché Transatlantique, avec l’assentiment de l’Union européenne, ce qui est quand même un comble et démontre, une fois encore, la complicité de celle-ci avec les grandes banques américaines.
On peut sans honte sourire de la relative efficacité de l’ONU, mais c’est encore trop de temps de parole accordé à des représentants de nations qui comptent plus ou moins pour du beurre. Voilà pourquoi ont été inventées et mises en place des sortes d’instances essentiellement dédiées à la gestion économique du monde : les inénarrables G8 et G20. La vérité toute crue est la suivante : 8 commandent à 20, 20 commandent aux 175 autres nations ainsi proclamées subalternes.
Conclusion : il est plus que temps d’en finir. L’auteur, à qui j’ai emprunté ces quelques lignes citées en italiques est convaincu qu’il est aujourd’hui encore possible de remettre de l’ordre dans la manière dont fonctionne la démocratie, ici en France mais également partout dans le monde puisque nul ne peut désormais ignorer que le fameux battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas. Nous pouvons donc tenter d’imaginer quelle serait la réaction des États-Unis s’ils apprenaient, demain ou après-demain, que dorénavant et jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas le plus costaud qui gagne à tous les coups. Dès lors que je dégaine et tire le premier.
Je vous avais prévenus !

Jean-Luc Mélenchon. L’ère du peuple. Pluriel éditeur.
octobre 2016

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À table, la soupe est servie !

27 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


Nos prédécesseurs ont dépensé une louable énergie à nous confectionner toute une succession de proverbes, dictons, maximes et autres aphorismes qui s’avèrent quelquefois bien pratiques lorsqu’on souhaite s’attribuer le mot de la fin. D’aucuns ouvrent de vastes possibilités comme par exemple : Qui sème le vent récolte la tempête, car nul ne sait véritablement qui est à l’origine de ce doux zéphyr qui soulève les jupes des filles sans que la moindre tempête ne se déchaîne illico. D’autres sont éminemment contestables tel celui-ci dont on peut vérifier chaque jour la fausseté : Bien mal acquis ne profite jamais. S’il en est un que l’on cite plus que rarement c’est bien celui inventé par Auguste Blanqui et l’on peut en effet comprendre pourquoi. Qui fait la soupe doit la manger. Voilà qui n’est pas banal si l’on considère le temps qui s’est écoulé depuis que l’homme a inventé l’esclavage, alors que le pauvre Blanqui (1805-1881) n’était même pas né. Il semble en effet que personne jusque là n’avait perçu l’évidence d’un tel propos. La meilleure preuve en est qu’aujourd’hui, bien des années plus tard après qu’il l’eût choisi pour titre d’un article (1834) destiné au journal Le Libérateur, ce ne sont toujours pas celles et ceux qui font la soupe qui la mangent.
Bien entendu, si le bienheureux salarié dispose d’un emploi, à qui le doit-il ? Mais, inversement, si le très bienheureux employeur n’avait à sa disposition un ou plusieurs salariés, qui donc ferait le boulot ? Lui ?
Dans ce texte de quelques pages Blanqui note avec gourmandise : Axiome : la nation s’appauvrit de la perte d’un travailleur ; elle s’enrichit de celle d’un oisif. La mort d’un riche est un bienfait. Ce ne sont certes pas là propos d’un social-démocrate du vingt et unième siècle, quand bien même celui-ci se serait fait élire, démocratiquement, en se réclamant de la pensée socialiste, tout comme Blanqui lui-même. On voit par là combien les mots ont un sens, une signification parfois extrêmement précise. Bien sûr, il y eut depuis lors l’abolition de l’esclavage, dans le sens où l’on a renoncé à fouetter l’ouvrier ou l’employé afin d’obtenir un meilleur rendement ; désormais l’employeur invite certains des siens (car ils lui appartiennent) à faire du saut à l’élastique ou à partir en vacances à la neige en espérant qu’ainsi ces derniers s’épanouissent sur leur lieu de travail, quitte à délocaliser son entreprise le mois suivant l’annonce de ce démocratisme.
Il n’empêche que dans l’intervalle est arrivé l’actionnaire, lequel décide du sort de ladite entreprise, surtout si celle-ci est multinationale, et de son personnel. La mort d’un riche est un événement fort rare, le suicide de tel ou tel salarié infiniment plus courant et les petits agriculteurs n’y échappent pas eux-mêmes, bien au contraire.
Fabrice Millon, l’éditeur de ce petit joyau, a eu la bonne idée de le compléter par un autre texte de Blanqui daté de 1868 intitulé Instructions pour une prise d’armes destiné a donner quelques conseils d’organisation en termes d’insurrection populaire. Karl Marx déclara, après la Commune de Paris, que Blanqui était le chef qui a manqué à la Commune. Encore un enragé !

Auguste Blanqui. Qui fait la soupe doit la manger, suivi de Instructions pour une prise d’armes. D’Ores et Déjà éditeur.
septembre 2016

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À certains moments, je crains la mort

24 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


La veille ou l’avant-veille, au terme d’une conférence dédiée à Saint-Just, nous nous restaurions dans le jardin des hôtes qui avaient eu la courtoisie d’accueillir en leur demeure un groupuscule d’individus, mâles et femelles plus ou moins mélangés, singulièrement attirés par les propos d’un personnage que nos actuels politiciens véreux ne manqueraient pas de faire embastiller, le condamnant à la réclusion à perpétuité pour apologie du terrorisme révolutionnaire, s’étant eux-mêmes, dans un instant de frénésie libérale, privés du droit à user de la peine de mort au gré des humeurs de chacun. La nuit était fraîche et je regrettais de m’être un peu frivolement vêtu, comme si j’avais pu croire un instant que le dérèglement climatique avait prolongé le mois d’août et ses outrances caniculaires au-delà des limites généralement admises alors que l’employeur modèle, que le concept des congés payés chagrine ou révulse, calcule depuis une quinzaine de jours le nombre d’esclaves auxquels il compte rapidement rendre leur liberté afin que la gestion de son entreprise demeure délicieusement profitable et que le personnel vaque ainsi à ses travaux personnels de rebouchage des trous avant que son propriétaire ne le foute à la porte. En bref, je me les gelais et pris subitement conscience de mon insupportable vulnérabilité : en vérité, à certains moments de mon existence, je crains la mort.
D’aucuns ricanent et semblent avoir opté pour un au-delà de béatitude sachant, sans même s’y être rendus pour jeter un coup d’œil, qu’il n’y a rien craindre et que cela valait la peine d’attendre. Nul ne m’ôtera de l’idée qu’il n’y a là-bas très probablement rien à boire de buvable, il paraîtrait – ce sont certes des racontars et je ne m’y fie guère – que nous n’aurons plus jamais soif. C’est en quelque sorte comme aller au restaurant sans avoir vraiment faim. Ce qui me fait penser à cette histoire des soixante-dix-mille vierges – ha ! on me fait remarquer, assez grossièrement je dois dire, que c’est soixante-dix et non soixante-dix-mille, du coup l’offre est nettement plus mesquine, et en plus il faut être musulman. Pourquoi pas archidiacre afin de se gaver d’hosties et de crétins encore imberbes ! Il n’empêche, soixante-dix houris (la liaison est indispensable et le h ne s’aspire pas, lui) il faut commencer tôt le matin, mes chats eux-mêmes n’ont pas un tel appétit. C’est assez dire si le temps risque d’être long durant certains mois et je me demande si les vierges sont renouvelables lorsqu’elles ne le sont plus, sinon il y aurait comme une supercherie et tromperie sur la marchandise en quelque sorte. Toutefois, n’ayant à ce jour pas encore adhéré à quelque foi que ce soit, fût-elle musulmane avec tous les avantages y afférents, je crains la mort et je me méfierai désormais de ces garden-party alors que la température ambiante n’est pas sans évoquer la fameuse retraite de Russie dont Hugo lui-même, envoyé par l’AFP, nous narrait il y a peu l’ignominieuse horreur tout en s’attendrissant sur le bonheur d’être grand-père qu’il disait être un art. Mais je m’égare, reconnut-il également en descendant du TGV à Saint Lazare en raison d’un changement inopiné, et donc imprévisible, à Garmisch-Partenkirchen dont les deux villes furent contraintes de fusionner en 1935 sur un caprice du führer qui, pour des raisons d’ego surdimensionné, n’aimait guère Napoléon. Et Churchill dont les cigares puaient, disait-il alors que lui-même ne sentait pas toujours la rose lorsqu’il revenait d’une tournée d’inspection qui l’avait conduit de Dachau à Ravensbrück en passant par Mauthausen avant une halte au Vatican. Mais je m’égare, ne cessait-il de répéter lui aussi.
Fort justement Saint Just n’affirmait-il pas que L’art de gouverner n’a produit que des monstres. Le processus est hélas inéluctable, les monstres d’aujourd’hui se prévalent d’être tous plus ou moins démocrates, ils ne sont plus systématiquement élus ou nommés à vie mais savent néanmoins en conserver les avantages et les transmettre à leurs ayant droit, les privilèges n’ont été abolis qu’en apparence et, quand bien même nous ne leur donnons plus du Monseigneur dès que l’occasion nous en est offerte, la monarchie poursuit son règne dans un accoutrement qui se prétend républicain, principalement le quatorze juillet. Leur arrogance se passe assez bien de jabots de dentelle ; leurs fortunes, affichées et/ou cachées, disent clairement l’idée qu’ils se font de l’usage de ces trois mots arborés au fronton de leurs édifices publics comme à celui de leur papier à lettres ; lorsque le temps s’annonce exagérément caniculaire ils filent se mettre au frais, lorsqu’il menace de se faire outrancièrement froid ils s’en vont là où où l’air est douillettement chaud, dans de telles conditions comment voulez-vous que je ne la devine pas occupée à rôder autour de moi ?
septembre 2016

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Je me suis laissé dire que le jardin est très beau

17 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


La distance peut s’avérer parfois considérable entre l’intention et son accomplissement, déclarait – ce sont là des on-dit non vérifiés mais il y en a bien d’autres – au soir de sa vie un Autrichien de naissance qui semblait s’abimer dans une amère déception alors qu’il avait tout pour réussir et une moustache assez originale. Être déçu est hélas le privilège de quiconque espère. Bien que nous n’ayons que fort peu de points communs Adolf et moi, j’ai dû moi aussi faire ce constat après m’être rendu à Aix-en-Provence afin d’y voir l’exposition consacrée au sublime Turner. L’Hôtel de Caumont Centre d’art ne devait pas manquer de prestige pour ceux-là qui y vécurent, en faire un Centre d’art me paraît relever d’une erreur de casting. Quant à y accueillir pour la présenter au public la «prestigieuse» exposition dédiée à William Turner il s’agit là d’une arnaque, tout simplement. Cent trente œuvres de l’artiste dont certaines n’avaient encore jamais été exposées en France, déclare le commissaire de l’exposition qui omet de s’interroger sur la raison. Le plus souvent mal éclairées et confinées dans des espaces exigus où s’entassent de trop nombreux visiteurs interdisant par leur stagnation bavardeuse l’accès visuel aux pièces de petite taille, l’impression générale est de visiter un trois ou quatre pièces sans la cuisine où l’on communique par des couloirs et des escaliers de service. On est loin du Grand Palais en 1983 où le volume des salles était à la mesure du travail de l’artiste. Ajoutons encore que s’il y a en effet probablement (car je n’ai pas fait le décompte) 130 œuvres il y a surtout beaucoup de petits dessins, gravures et aquarelles et fort peu de grandes toiles. Le travail sur la couleur de Turner y est certes visible mais ô combien plus impressionnant, éblouissant, abouti dans des formats plus importants qui démontrent avec des moyens de peintre son intérêt pour la lumière. À l’exception de quelques chefs-d’œuvre connus et souvent cités (Matin glacial ou Le Déluge) on reste sur sa faim, sauf pour qui souhaite se crever les yeux afin d’apercevoir tous ces travaux préparatoires qui n’auraient jamais dû quitter l’atelier de l’artiste (je me remémore cette exposition de cahiers d’écolier sur les pages desquels Giacometti gribouillait n’importe quoi au stylo bille et que l’on est allé exhumer on se demande bien pourquoi).
Je conçois parfaitement que l’on ait consacré la plus grande salle (la seule en dehors de celle servant de garde-meuble aux ex-occupants des locaux, j’imagine car je ne suis pas allé visiter, n’étant point venu pour ça) la plus grande salle, disais-je, au service documentation, il n’existe pas de petits profits et un centre d’art, à défaut de vendre des Turner, peut toujours proposer son rayon librairie. Me semble par ailleurs pour le moins incongru l’accrochage dans un des escaliers d’une dizaine de tirages photographiques dont on ignore s’ils sont l’œuvre de la femme de ménage affectée à l’entretien de l’établissement ou d’une improbable héritière de Joseph Mallord William Turner. À moins qu’il ne s’agisse des restes oubliés d’une exposition précédente…
Turner offrait pourtant une très belle occasion de montrer de la peinture en des temps où les mercenaires de l’art contemporain se sont reconvertis en installateurs pour qui leurs agents devraient se soucier de d’offrir à ces créations des lieux qui soient enfin en accord avec la modernité de leur travail, tels que chantiers de construction d’immeubles, plateformes de fracturation hydraulique, fermes-usines pour élevage intensif, aéroport implanté en zone humide, cimetières affectés à l’enfouissement de déchets nucléaires, autant d’espaces où les génies de demain pourraient enfin s’exprimer librement et offrir au public in situ le produit de leur travail, libérant ainsi les musées et autres institutions essentiellement vouées à la conservation et à la monstration d’œuvres d’une autre époque.
Vendu pour un prix convenable à quelque émir soucieux d’investir dans la pierre, l’Hôtel de Caumont Centre d’art retrouverait peut-être ainsi sa destination première, un logement assez spacieux pouvant accueillir une famille de migrants en route vers l’Angleterre où sont conservés de très beaux Turner.
septembre 2016

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