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Soit dit en passant

Un jour comme un autre, ou à peu près

29 Juillet 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 

 

 

 

Il est des jours pourtant désespérément ordinaires où l’on s’ennuie peut-être davantage que la veille ou le lendemain, allez savoir pourquoi ? D’aucuns accuseront tel ou tel met qu’ils auraient eu quelque difficulté à digérer, d’autres l’abus de boisson ou le temps obstinément orageux sans que la moindre goutte de pluie ne vienne embellir d’un espoir fou la fin d’après-midi. Ainsi s’occupe-t-on l’esprit ou ce qu’il en reste histoire sans doute de combattre la déshydratation, toujours à craindre lorsque les belles journées d’été nous incitent à ne point céder à la morosité pourtant tellement séduisante.
Ce matin, plus ou moins dès l’aube, j’ai confié sans vergogne mon corps qui n’est plus tout à fait d’albâtre aux mains expertes d’une praticienne agréablement blonde aux jambes joliment bronzées afin qu’elle lui fit subir les explorations d’un appareil que l’on nomme scanner et qui a la faculté de dénicher le plus minuscule nodule pouvant s’être installé en quelque organe plus ou moins complaisant afin d’y couler des temps heureux en se développant sans la moindre pudeur, quitte à se démultiplier dans le but de proliférer davantage qu’il n’est décent pour un nodule probablement assez quelconque, à moins que ne lui vienne à l’esprit l’idée de virer cancéreux, une initiative qui peut s’avérer plutôt malsaine et contraire à la déontologie de la plupart des oncologues dont la tolérance à l’égard d’autrui sait se montrer parfois inflexible. Une petite biopsie de rien du tout est là pour trancher et il arrive quelquefois qu’il faille en effet trancher. Si l’organe colonisé est un rein on parlera de néphrectomie alors que pour le cerveau on opte généralement pour la décollation, mais il s’agit là d’un cas extrême dont nous ne connaissons que peu d’exemples récents, principalement en Gaule où une telle pratique fut abolie sous le règne de Maître Badinter. Si la biopsie exige du patient qu’il ne s’impatiente point, la phase suivante oblige le personnel compétent à se montrer intransigeant vis-à-vis dudit patient qui souhaiterait assister à sa propre néphrectomie, fût-elle partielle, car, comme tout un chacun nous avons tendance à nous attacher à ces petits morceaux de nous-même et les progrès scientifiques n’offrent le plus souvent pas cette réciprocité sans laquelle il ne saurait y avoir de réelle communion entre les différents morceaux du client dont on continuera de louer la patience.
La belle blonde en ayant terminé avec moi  dans qu’il me fut permis de lui avouer ma soudaine passion pour elle, je dus réintégrer mon pantalon et mes chaussure, puis regagner la sortie ma ceinture entre les jambes en espérant des jours meilleurs, car le mystère caché au fond de l’austère machine sera conservé jusqu’au lendemain et le suspense maintenu dans l’attente de l’épisode suivant que chacun a la possibilité de s’inventer à la mesure de ses ambitions à vouloir impérativement refaire le monde. Il arrive, assez souvent dois-je dire, que le balayeur africain aspire à une évolution de son avenir immédiat qui diffère assez globalement de celle du directeur des ressources humaines qui lui a proposé cet emploi, sous réserves toutefois. C’est ce que l’on nomme le sel de la vie.

28 juillet 2020

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Rétablissons la peine de mort à l’encontre de certaines catégories de personnels

25 Juillet 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

Il n’est pas dans mes intentions de condamner ici aveuglément certains individus, voire des corporations tout entières au prétexte qu’ils auraient pu me contrarier en abusant de leur pouvoir lors de circonstances particulières. Je songe par exemple et plus précisément à cet agent des forces de l’ordre qui tenta de me faire passer le goût du pain lorsque je manifestais, pacifiquement je le précise, en faveur de la retraite à 35 ans alors que je n’en avais que 18 et que j’ignorais alors le futur projet d’âge pivot dont l’idée même n’avait pas encore effleuré la pensée d’un quelconque ministre de n’importe quoi essentiellement préoccupé par l’avenir incertain de ses propres enfants non encore inscrits à l’école nationale d’administration. Non, il n’est pas dans mes intentions de fustiger publiquement et devant les médias convoqués pour une tout autre occasion puisqu’il s’agissait de la cérémonie des vœux de bonne année mis en vers octosyllabiques et chantés sur la musique composée spécialement par Michel Sardou, opportunément sorti de prison, par un improbable président de quelque chose que personne n’aurait imaginé capable d’un tel acte de sabordage alors que chacun le savait capable de se présenter à la prochaine présidentielle pour la quatorzième fois consécutive. Non, bien entendu, puisqu’il s’agit pour moi de condamner irrémédiablement et sans appel tout preneur de son surpris dans l’exercice de ses fonctions ou ambitionnant de renouveler ses méfaits à l’encontre d’un public qui, sans être tout à fait innocent ne saurait être coupable de céder mollement à l’abrutissement généré par l’ingestion via ses oreilles de dialogues inaudibles, dont un écrivain célèbre se refuse à s’imaginer en être l’auteur. Certes certes, me direz-vous, peut-être la faute en incombe-t-elle à l’acteur ou l’actrice choisi(e) pour en signifier tout le sens alors qu’il ou elle aurait sans doute grand intérêt à perfectionner sa diction. Il est en effet tentant de faire porter la responsabilité d’un semblable désastre à des gens dont nombre d’entre eux ont pourtant appris à se faire entendre et comprendre par les rangs les plus éloignés du troisième balcon puisque le théâtre est un lieu où les mots n’ont nul besoin d’un micro pour émouvoir le spectateur.
Imaginons un instant le metteur en scène choisi pour faire de ce scénario une réalisation dont il ne devrait en aucun cas avoir honte. Vient probablement un moment où, ne serait-ce qu’en visionnant les rushes, il lui faut amèrement constater : Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? Que le film, ou la série dont l’interminable durée n’offre pas une excuse suffisante, soient destinés à un public pour lequel leurs créateurs n’ont quelquefois que mépris, admettons-en l’hypothèse mais l’objet lui-même devrait entraîner dans sa chute les participants dont le facteur rentabilité n’est pas le moindre souci. Que ces gens-là et ceux qu’ils paient pour effectuer cette besogne n’aient que dédain pour ces inconnus que l’on qualifie volontiers et péjorativement de public, admettons-le, mais désolons-nous de devoir constater que ledit public n’est devenu qu’un échantillon de ce qu’on qualifie de consommateurs, alors regrettons le temps heureux où les spectateurs de théâtre se passionnaient pour ce qui se passait sur scène et manifestaient leur enthousiasme ou leur colère. J’ignore si ceux qui se livrent à de tels exercices d’incompétence notoire le font par arrogance pure, sans doute inspirés par leurs maîtres politiques mais il me semblerait nécessaire et même utile que certains emplois soient libérés afin de permettre à  des techniciens formés à cet effet puissent nous restituer de manière audible les propos pour lesquels ils ont été choisis. Qu’un goujat qui transforme la moindre phrase en une bouillie infecte devrait être exécuté dès l’aube au lendemain de la diffusion de son forfait, pour l’exemple et par plaisir. Naturellement il faudrait alors dénicher un individu capable de nous restituer clairement le bruit de la lame tranchant le cou de l’imbécile et peut-être même le gargouillis émis par l’impétrant au moment où il cesse définitivement de nous saloper l’existence.


 25 juillet 2020

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Imaginez-vous que je sois mort

20 Juillet 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 

 


Imaginez-vous que je sois mort. C’est à la portée du premier venu et il n’est pas nécessaire d’avoir fait de longues études et d’avoir publié un roman à succès de six-cents pages.Imaginez-vous que je sois mort. Certes certes, ce n’est qu’une hypothèse de travail comme on dit chez les philosophes, mais néanmoins plausible. Nous nous retrouvons dans une grande pièce, capable d’accueillir soixante ou quatre-vingt personnes, comme une église par exemple dont on aurait exclu tout rituel de croyance pour ne conserver que la vastitude de l’espace et le nombre de places assises plus ou moins confortables.
Je suis là, abandonné sur deux planches posées sur des tréteaux, mou, inerte, flasque avant que d’être converti en cette rigidité que l’on qualifie généralement de cadavérique, quand bien même nous jugerons plaisant de revendiquer une certaine raideur jusque dans l’ineffable. Je suis donc mort et ne sens pas encore exagérément mauvais.
Avant que ne débute l’inévitable concert de louanges en ma faveur Pierre Desproges aura négligemment déposé au beau milieu d’un silence constipé cette confidence : on me dit que des juifs se seraient glissés dans la salle… vous pouvez rester ! Et personne ne manifeste ouvertement le désir de sortir, ce qui tendrait à prouver que certains d’entre nous vivent avec de faux papiers d’identité et que perdure cette passion pour la dénonciation qui fait honneur à une nation à qui on ne la fait pas.
Imaginez-vous que je sois mort. Non pas victime de l’une de ces innombrables maladies qui atteignent chaque jour des scores époustouflants. Pas davantage de ces guerres qu’inventent et mettent en chantier ces inénarrables chefs sans passé et sans avenir mais redondants d’ambition. Non, peut-être seulement, banalement, de lassitude et d’ennui, une sorte de fatigue et de dégoût qui vous coupe l’appétit quand la curiosité vient à manquer. Imaginer ne nécessite nullement un talent particulier, C’est à la portée de tout un chacun, quand bien même il est des situations plus faciles à concevoir sans qu’il s’agisse en l’occurrence de s’infliger un pensum ennuyeux et de toutes façons inutile.
Imaginez-vous que je sois mort. alors que par un beau jour de 1971 je me suis trouvé dans un coin perdu de Haute- Provence baptisé Terre Noire et y ai fait l’acquisition pour quelques milliers de francs d’une semi-ruine accompagné d’une grange au sol de terre battue et d’un hectare de mauvaises herbes afin de ne plus jamais me trouver démuni au moment de payer mon loyer. Et ce jour-là ainsi que beaucoup d’autres par la suite je me suis dit qu’il serait vraiment absurde de ne pas vivre ici, ajoutant plus tard le principe et le droit légitime d’y mourir sans qu’il y ait là la plus minuscule notion d’urgence. Or, figurez-vous qu’en des temps beaucoup plus récents un notaire probablement bien intentionné m’annonce qu’il lui semblerait opportun voire judicieux de vendre Terre Noire afin de régler sans encombre le problème que pourrait poser l’absence de liquidation des droits respectifs des parties lors du jugement de divorce rendu le vingt-six octobre 1972 à l’encontre de mon ex-épouse.
Vendre Terre Noire et récupérer ainsi quelque menue monnaie destinée à rétribuer l’enfant issu du mariage de Suzanne Thézan avec Armand Marco, tous deux décédés quelques années plus tard, me permettant ainsi de m’acquitter du loyer d’un modeste appartement de quarante mètres carrés déniché dans la banlieue de Roubaix où l’immobilier ne connaîtrait pas encore de spectaculaire flambée.
Naturellement, ainsi condamné à ne pouvoir vivre et mourir à Terre Noire comme je l’avais imaginé, cela entraîne de facto l’exclusion concomitante de Françoise Dorléans et de Julie Dorléans, notre fille, au motif que nul avocat n’aurait pris la peine de respecter la procédure édictée par le juge au mois d’octobre 1972. Car l’existence ne se termine pas toujours de la manière dont on l’avait imaginée. Peut-être même pas très souvent. J’ignore tout de Roubaix et de ses environs et n’éprouve en ce moment même nulle attirance pour ce coin de province qui ne correspond guère aux espérances que je m’étais fixées, mais je crois me souvenir que l’on ne fait pas inexorablement ce que l’on avait projeté de faire de sa vie, voire de sa mort. C’est sans doute pourquoi je vous propose de m’imaginer mort, ne serait-ce que pour gommer l’effet de surprise. Bien joué, non ?

 

 

18 juillet 2020

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