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Soit dit en passant

Tous les lundis ne sont pas de Pentecôte

3 Juin 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

On a beaucoup glosé afin de condamner certaines pratiques qui ont quelque peu contribué à discréditer le pouvoir du Troisième Reich alors que nous ignorions tout de ce qui allait nous unir au sein d’une Europe résolument fraternelle. D’aucuns parmi lesquels d’éminents poètes ont voulu voir dans une telle imprudence (à moins qu’il ne faille parler d’impudence) la manifestation d’un ostracisme assez peu tempéré à l’égard de populations peut-être exagérément hostiles à la chrétienté et s’étant réfugiées dans des croyances élitistes sans qu’il faille pour autant totalement les condamner bien qu’elles fussent sans nul doute fort impertinentes.
Nous avons appris depuis lors combien il peut s’avérer parfois extrêmement malaisé d’accueillir avec simplicité des individus qui ne parlent pas la même langue que nous, qui se nourrissent la plupart du temps en dépit du bon sens et sans même tenir compte d’une éventuelle indisposition de leur voisin le plus proche.
Il ne viendrait à l’esprit de personne, fut-ce pour rire un court instant, de pouffer assez peu courtoisement lorsque l’harmonie semble ne point naître naturellement, spontanément dirais-je, entre celui qui reçoit et celui qui est reçu. On peut certes parfaitement comprendre la gène de qui l’on accueille lorsque les us et coutumes les plus traditionnels sont entachés d’une sorte de brutalité et de propos que Jean d’Ormesson qualifierait probablement, avec quelque excès, d’outranciers. Qu’ultérieurement on en soit vite arrivé à des exagérations, de part et d’autres reconnaissons-le, peut tout à fait engendrer un sentiment de frustration d’un côté et de vif mécontentement de l’autre. Blaise Pascal n’admettait-il pas lui-même que la vie n’est pas simple et que nous n’avons pas toujours un médiateur de la République à portée de main. De là à affirmer de manière un peu péremptoire que c’est celui qui le dit qui y est, d’autant que pierre qui roule n’amasse pas mousse comme l’affirmait un peu hâtivement et sans la moindre preuve Pierre Arnaud de Chassy-Poulay dans son commentaire sur l’arrivée de la quatorzième étape du Tour de Bosnie-Herzégovine remportée haut la main et les pieds sur le guidon par Bernard Hideux.
On le voit, et c’est peut-être l’occasion de consulter n’importe lequel des Frères Lissac, dont l’un des deux porte à droite, qui devrait trouver une solution à votre hypermétropie galopante, d’autant que la deuxième paire vous est offerte aussitôt que vous aurez réussi à remettre la main sur la première, on le voit donc sans vous livrer à toutes ces simagrées ridicules à seule fin de vous faire remarquer, ce qui n’est pas très malin lorsqu’on a une tête comme la vôtre, cela dit sans chercher à me montrer désagréable à votre endroit, d’autant que l’envers ne vaut guère mieux, ou alors dans l’obscurité en écoutant Viens valser avec papa interprété par André Claveau avec le grand orchestre de Radio Luxembourg placé sous la direction d’André Rieux car les André ne rechignent point à s’accoupler sans que leurs rapports fussent pour autant libidineux.
Notons d’ailleurs en passant que l’hypermétropie ne nuit nullement à l’affection, bien au contraire, mais observons néanmoins combien la buée peut constituer un handicap lorsqu’il faut bien finir par passer à la caisse et régler ainsi, avec élégance, la facture.
Le docteur en médecine, probablement diplômé, ôta sa blouse blanche immaculée et dit : Vous devriez rentrer chez vous, mon pauvre vieux, je ne puis rien faire de plus pour vous.

3 juin 2019  

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Tais-toi, vil passéiste, vieux rétrograde, ignoble réactionnaire !

1 Juin 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

Je prends quelque plaisir, un peu pervers j’en conviens, à me couvrir d’insultes immondes et dispense ainsi autrui de devoir s’en charger. Ce que l’on fait soi-même est bien fait et un bienfait n’est jamais négligeable, c’est en quelque sorte un geste chrétien qui me vaudra certainement une place assise au concert de louanges que les élites intellectuelles de ce pays qui n’en manque pas tiendront à prononcer à l’heure de l’apéro prévu au terme apothéotique de mes funérailles dont je souhaite qu’elles fussent retransmises et commentées sur les réseaux sociaux.
Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise encore, je vous ai déjà tout raconté, en long en large et en travers, plus de cinq cents fois maintenant. L’inspiration, comme disent les poètes, ne vient pas et puis tout est tellement inutile, ridicule, bien peu indispensable en somme. Mais tu n’as qu’à inventer, me rabâchent-ils, à croire qu’ils me prennent pour une sorte de romancier à succès validé par la gloire qui se trémousse non loin de là avec ses paillettes au trou de balle et son verre de mousseux à la main. Non, j’ai bien autre chose à faire, depuis tyrois ou quatre semaines maintenant j’attends le généraliste afin qu’il m’ordonne par écrit  – c’est là toute la raison du terme ordonnance – d’aller me faire scanner par les spécialistes du nodule pour déterminer si l’on peut ou non tout mettre sur le dos de mes lombaires ou s’il vaut mieux creuser plus profond et s’en aller fouiller dans les organes bien enfouis au creux douillet de l’obscurité sournoise d’une viande quelque peu avariée. C’est que tout ce machin n’est plus de première fraîcheur, depuis le temps que ça fonctionne, plus de quatre-vingt piges, rendez-vous compte  ! alors que la date de péremption est depuis lurette largement dépassée. Mais le généraliste a lui aussi autre chose à faire, aussi me laisse-t-il pourrir dans mon coin, on l’appellera, peut-être mais est-ce bien nécessaire puisqu’il n’est pas exigé de préciser la nature du produit ingurgité ? pour le permis d’inhumer. Non, ce qui me fait souci c’est de ne point pouvoir participer au tournoi des européennes, évidemment pas en qualité de candidat mais juste pour dire mon modeste désaccord vis-à-vis des pratiques de ces quelques crapules que les multinationales du poison corrompent à tour de bras mais en toute légalité. D’ailleurs, tout se fait légalement, au vu et au su de presque tout un chacun, et ce sont naturellement les mêmes qui fricotent avec la fraude fiscale (dites plutôt optimisation fiscale, qui fait plus propre, mieux habillé, cravaté et chaussé car nous sommes gens bien élevés et non entre voleurs à la tire, nous avons fait des études à l’École Nationale d’Administration et nous déplaçons sans carte orange, nous. Et d’abord, tire-toi de là, dégage, pauvre petit con !) Disent-ils.
Non, voyez-vous, ce qu’il me faudrait c’est partir sur la route en direction d’un avenir resplendissant  de clarté au risque de choir en quelque cul de basse fosse, tout aveuglé par l’intense luminosité d’un futur probablement nucléaire. Mais avant de finir pareillement tout en splendeur il me faut vous faire une confidence des plus croquignolesques : je ne trouverais d’intérêt – on me l’a fait savoir –  qu’aux choses passées, démodées, obsolètes en somme car, en vérité, je n’aurais aucun goût pour le changement, le mouvement, pour ce qui bouge et invente, innove. En résumé je serais une sorte de vieux machin rabougri (la rime avec aigri est tentante) qui ne se complaît qu’en compagnie de cadavres ou de leurs restes. Le passé est dépassé.
Naturellement, j’ai aussitôt tendance à m’offusquer, à déclarer péremptoirement que tout cela n’est qu’affabulations grotesques dont l’évidente mauvaise foi ne mérite même pas d’être dénoncée. Certes, il est vrai que j’opte généralement pour un film dont je connais au minimum le réalisateur, le scénariste, le dialoguiste, le directeur de la photo et les principaux interprètes, ainsi que les éventuels seconds rôles, et que je renacle volontiers à prendre le risque souvent considérable de me coltiner la dernière série estampillée de l’année en cours. Je manquerais d’audace, de curiosité, estime-t-on. Certains films que l’on persiste à nous diffuser à la télévision par exemple ont parfois plus de quarante ou cinquante ans d’âge, c’est évidemment lamentable, il faut savoir se défaire de ce fatras de vieilleries comme on se débarrasse d’un rasoir lorsque la lame en est usée (je parle ici pour les quelques individus qui n’ont pas encore découvert le rasoir nucléaire). Évoquons un instant l’art, quand bien même le terme prête à sourire. J’admets n’avoir aucun appétit pour le dernier étron de maître Koons et me satisfais volontiers des resucées d’un Picasso, voire d’un Cézanne ou même d’un Monet. Je suis terriblement conservateur (d’ailleurs dans conservateur il y a…) et n’ai jamais affiché une quelconque passion pour les prestidigitateurs dont les numéros ne m’émeuvent pas. En littérature ou en musique les performances des génies du jour ne m’impressionnent pas davantage, je demeure très attaché à la mélodie comme aux mots et à leur sens.
Quelques penseurs d’un siècle lui aussi pourtant défunt nous avaient en effet clairement indiqué de quelle manière nous devons procéder : Du passé faisons table rase ! Les marxistes du jour se sont convertis en chantres enthousiastes de l’ultra-libéralisme, les adeptes du chauffage au charbon constituent une arrière-garde nostalgique alors même que l’atome se révèle tellement plus propre, le bois lui-même pourrait être malsain pour l’homme, et d’ailleurs combien de vaillants écologistes soucieux de progrès ne se sont-ils point élevés contre ce gaspillage insensé d’espaces où l’on pourrait construire des routes et des ponts qui permettraient à l’honnête ouvrier de quitter chaque fin de mois son usine bientôt délocalisée pour regagner son ensemble immobilier à loyer modéré au volant de son antomobile électrique, donc nucléaire. Il faut vivre avec son temps, ne nous l’a-t-on suffisamment répété ? L’avenir c’est droit devant, certainement pas derrière, sombres crétins que nous fûmes (j’opte ici pour le passé pour faire couleur locale), l’avenir droit devant.
On découvre quelquefois un mur qui n’y était pas la veille, il faut savoir anticiper !

1er juin 2019 

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