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Soit dit en passant

L'obéissance serait donc une vertu,républicaine de surcroît !

28 Mai 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 

Depuis quelque temps déjà la vie est devenue extraordinairement confortable, des hommes et des femmes, dévoué(e)s, pensent pour nous et nous facilitent l’existence jusque dans ses futilités les plus ennuyeuses. Certes certes j’en conviens, nous ne sommes nullement sous l’emprise d’un quelconque régime autoritaire, il ferait beau voir que nous ayons cédé devant le communisme honni dont on nous a depuis longtemps décrit les horreurs les plus effroyables. Car nous sommes encore libres de voter pour à peu près n’importe qui, ou quoi, et nous le faisons. Non, nous n’avons point sombré dans la démagogie révolutionnaire qui veut que ce soit le peuple qui choisisse et décide de qui il veut pour maître, non, nous sommes adultes en quelque sorte et savons, de Marseille ou d’ailleurs, combien l’Ordre exige d’être respecté, toutes les démocraties vous le diront. La liberté ce n’est pas la chienlit, on vous l’a assez répété. Pourquoi pas l’anarchie, tant que vous y êtes ! Voilà pourquoi des hommes et des femmes, dévoué(e)s, se soucient de votre emploi du temps, de l’usage que vous faites de vos revenus, de vos économies, à quel endroit et avec qui vous partez en vacances puisque vous pouvez bénéficier de ce privilège inestimable auquel vous donne accès le fait de travailler sous la tutelle bienveillante d’un employeur dont l’autorité vous garantit sa parfaite indépendance vis-à-vis des tentations possiblement frauduleuses.
C’est donc au nom de cette exigence que nous avons choisi de confier la charge du maintien de l’Ordre précieux à des hommes et des femmes, dévoué(e)s, dont la mission est de veiller au respect des droits et des biens de chacun, en dehors de toute discrimation, quelle qu’elle soit et aussi légitime fût-elle.
Cela me fait souvenir d’un joli petit film, peu connu et intitulé Compliance, œuvre d’un cinéaste peu connu lui aussi, nommé Craig Zobel et interprété notamment par Dreama Walker dans le rôle de la jeune employée d’un fast-food qu’un policier désigne comme étant la voleuse d’une quantité d’argent dans le sac d’une cliente. Sandra, la gérante de l’établissement (Ann Dowd), doit répondre aux accusations téléphoniques du flic en menant l’enquête avec l’aide de ses autres employées, dévouées elles aussi. J’ai évidemment cherché à connaître le sens de ce mot compliance qui n’existe pas dans la langue française et qui signifie obéissance, docilité, ce qui conduit Sandra, modèle d’honnêteté victime de son sens du devoir, à se soumettre totalement aux exigences du flic, même les plus ignobles (interrogatoire, enfermement, fouille au corps…) Nous sommes là en présence de ce à quoi chacun de nous peut être confronté, devenir le jouet, l’intermédiaire et l’exécutant des obsessions d’une autorité supérieure. L’Ordre placé au service du Bien pour combattre le Mal, ainsi qu’il est prescrit notamment dans la morale chrétienne et, par voie de conséquence dans la législation républicaine, ô combien respectueuse de la laïcité . Je crois d’ailleurs me rappeler que Sartre avait lui-même évoqué l’idée selon laquelle une putain pouvait s’avérer respectueuse mais c’est une histoire qui n’a évidemment rien à voir avec notre gérante de supérette.
Ce film, adaptation d’un fait-divers qui s’est effectivement produit aux Etats-Unis, peut sans doute nous conduire à nous interroger sur la manière dont nous nous comporterions dans de semblables circonstances, sur ce que pourraient être les conséquences de nos actes sous l’influence d’une autorité plus ou moins malveillante, à l’heure même où nous affichons une passion plus que douteuse pour l’art de la délation dont chacun sait qu’il est un art national, et ce depuis lurette.
Mais sachons demeurer dignes de qui nous gouverne et ne remuons point le passé, même récent, aussi pittoresque soit-il.

28 mai 2020

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Comme disait fort justement Lénine…

12 Mai 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans


Tous les pécores des environs n’ayant pas encore été totalement décimés par le glyphosate il m’arrive
quelquefois de découvrir l’un d’eux en glissant un œil, certes indiscret je l’avoue, par la fenêtre entrouverte de sa salle à manger. Je n’ignore bien entendu pas combien semblable procédé pourrait être condamnable mais je n’hésite néanmoins pas à y ajouter le supplément de la délation dont nul n’oserait prétendre qu’il s’agisse d’une pratique révolue appartenant à un passé aujourd’hui volontairement oublié. Il est des coutumes dont on rechigne à se débarrasser tant elles nous réjouissent dans l’instant et gagnent en prestige avec le temps lorsqu’en surviennent les conséquences. Dénoncer les tares d’autrui n’est en vérité que lui rendre service, quand bien même ce serait malgré lui mais la mesquinerie, enrichie par la jalousie peut parfois se retourner contre le bienfaiteur. L’ingratitude est l’une des vertus essentielles de l’être humain. Je la connais bien mais ce n’est pas une raison pour se vanter.
Nous vivons une époque vraiment formidable où les pauvres enfants se voient privés de regarder à longueur de journées d’indigentes séries télévisées parce que le père, soucieux de l’éducation de sa progéniture, a décidé de lui inculquer de ses propres mains les rudiments élémentaires de la table de multiplication par sept afin que ces andouilles ne meurent pas totalement idiots l’année prochaine, si
tout va bien. Du coup le pauvre homme, déjà privé des joies ineffables que lui procurait son employeur,
gérant d’une entreprise de pompes funèbres, en est réduit à se soumettre, bien à contrecœur, au télétravail afin de bénéficier de la rente que lui servira un chômage partiel libéralement économique et mondialisé.
Les journées s’avèrent harassantes tant il est vrai qu’il n’a jamais été une pointure en termes de calcul
mental et qu’il lui faut néanmoins donner l’impression de maîtriser son sujet car il ne saurait accepter de passer pour un vrai con devant ses morveux qui sont évidemment des cadors de l’aïephone sans lequel l’existence de l’homme vraiment moderne est totalement impensable et prête à rire.
Fort heureusement – car il faut savoir se réjouir des imperfections de la démocratie monarchiste Eusèbe Quandiraton vint à passer dans le champ de la caméra sans même respecter les fameux gestes barrière qui firent il y a peu la gloire de Louis Philippe à moins que ce ne fut l’un de ses descendants. Le preneur de son, qui n’était pas un débutant puisqu’il avait déjà salopé nombre de films éventuellement honorés aux César, se souvint in extremis de ce qu’il devait faire de ses micros s’il voulait toucher son salaire augmenté des primes de risque. Il avait parfaitement conscience du fait que nombre de ces acteurs et actrices, faute d’avoir débuté au théâtre, ignoraient ou s’efforçaient d’ignorer la nécessité d’articuler afin de se faire distinctement comprendre des spectateurs assis aux rangs les plus éloignés de lui et non loin de la porte des toilettes. Mais il se moquait de ces arguments ineptes et complètement démodés car il était ingénieur du son et donc pas plus con que n’importe quel ingénieur, fût-il diplômé.
Nous vivons donc une époque vraiment formidable et je me demande si chacun d’entre nous se rend bien compte de la chance qui est la nôtre. D’aucuns se lamentent voire même s’insurgent dès lors qu’ils
s’estiment injustement frappés de confinement. Pourtant, n’y-a-t-il point là une incitation merveilleuse à ne rien faire, de jour comme de nuit et à passer le plus clair de son temps à contempler l’absence de préoccupations d’une multitude d’animaux privés de maître à penser et libres de se consacrer à des actions, voire des gestes délicieusement frivoles.
Ce lundi onze la vraie vie reprend, le crétin ordinaire – car il en existe de qualité supérieure – va denouveau pouvoir s’épanouir en achetant tout et n’importe quoi car c’est un luxe dont il était privé depuis de longs mois au motif que quelques-uns d’entre eux (je parle des crétins authentiques) se seraient amusés à postillonner à la face de quiconque se trouvait là, dans l’attente d’une révélation et allait découvrir les bienfaits de l’hospitalisation prioritaire, au détriment des cancéreux tout aussi ordinaires invités à s’effacer devant l’urgence. Car le glaviot bien maîtrisé peut tuer plus sûrement que la cigarette. Mon oncologue préféré m’a garantit un trépas d’une exceptionnelle rapidité avec le covid 19 (depuis peu ledit covid 19 est devenu féminin, ce qui est bien la moindre des choses quand les féministes outragées se battent pour une égalité réellement efficace et conforme aux aspirations légitimes de toute une chacune. On voit ici combien l’écriture inclusive peut changer ce monde où règnent sans partage les dictateurs horriblement mâles quand leurs femelles sont confinées et doivent passer leurs journées à regarder d’ignobles séries télévisées afin de s’instruire quelque peu).
Nous venons de vivre des heures d’une intensité inouïe, tendus anxieux dans l’attente des chiffres que nous communique quotidiennement le comptable assermenté qui jusqu’ici s’ennuyait ferme dans son petit bureau de l’Institut Médico-Légal de Paris, avec vue imprenable sur le bien nommé Quai de la Rapée. L’heureux temps où chacun pouvait se dépenser sans compter dans l’exercice salutaire et solidaire du confinement, ce temps, si épanouissant fut-il, est aujourd’hui aboli. Les hommes et les femmes vont retrouver leur emploi précaire sous la surveillance affûtée d’un chef de service ou de chantier afin que l’économie enfin redémarre et que la nation soit tout entière tendue vers cet objectif sacré : redevenir les premiers de cordée et donner l’exemple aux peuples de la planète, avec pour seul
souci, le profit. On ne peut pas passer sa vie à ne rien faire, le corps et le cerveau s’étiolent et finissent
par mourir, il convient donc de rendre hommage au travail qui est en vérité la seule raison de vivre
de l’être humain et c’est d’ailleurs ce qui le différencie de l’animal à l’état sauvage.

Lénine l’avait bien dit !


12 mai 2020

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