Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Soit dit en passant

Aux abris, les enfants !

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Nous sommes à la mi-mars, autant dire que le printemps se profile à l’horizon. J’ai donc décidé qu’il était opportun de reprendre possession de mon banc sous les robiniers. Avec la nécessaire modération qui sied à pareille entreprise délibérée d’inertie, afin de ne pas décourager complètement mes appétits de plumitif, dont la totale disparition, je le subodore, ne navrerait pourtant personne dès lors que l’anonymat me va idéalement au teint et ne contrarie quiconque dans le monde bien élevé de l’écriture et de l’édition où il est préférable que l’on reste entre confrères authentifiés et notoirement surdoués. C’est donc sans le moindre complexe que je suis allé m’asseoir face à l’érable negundo où, depuis quelques jours, bourdonne en continu — sauf durant la nuit puisqu’il faut bien que chacun se repose comme il peut et à ce propos je me demande s’il arrive que certains insectes hyménoptères soient eux aussi insomniaques — bourdonne en continu, disais-je, une profusion d’abeilles besogneuses affichant visiblement le plus grand mépris pour l’insolent forsythia qui parade à dix mètres de là tout ensoleillé de jaune éclatant sans qu’une seule de ces butineuses compulsives ne se risque à venir lui pomper le suc. Et puis sont passés quelques engins automobiles dont les propriétaires avaient manifestement à cœur de tester, voire confirmer, les performances, justifiant ainsi le prix exorbitant du véhicule lui-même et de l’hydrocarbure indispensable à son déplacement sur des routes où certains spécimens déjà inscrits au tableau des espèces en voie de disparition vivent en ce moment-même leurs dernières émotions, le piéton étant notamment l’une d’elles, cela dit sans vouloir discréditer le hérisson, le lapin de garenne et son collègue le lièvre, le chat, le chien qui paient quotidiennement un lourd tribut à l’exactitude de l’ivrogne pressé de s’accouder au comptoir où tiédit son pastis dont sont déjà à moitié fondus les deux glaçons. Le temps c’est de l’argent, disent les automobilistes alcooliques et les traders que turlupine les fluctuations du cours des matières premières grâce à quoi on peut combattre efficacement la surpopulation des loqueteux en économisant sur les munitions, ce qui, bien sûr, ne cesse d’inquiéter ces autres traders qui avaient misé gros sur la demande en armement. C’est véritablement incroyable tout ce que l’on peut être amené à voir depuis un banc de bois installé à quelques pas d’un érable negundo. Est-ce pour cette raison que l’Institut national de la recherche agronomique — qui est à l’agriculture ce que le Centre national de la recherche scientifique est à la paix dans le monde — a mis en place au début de l’année 2009 un chantier d’éradication de l’érable negundo. En conjuguant leurs efforts et en s’associant avec des entreprises performantes détenant le leadership dans le domaine privilégié des poisons phytosanitaires, ces deux organismes de pointe ambitionnent d’obtenir, à plus ou moins long terme, la disparition programmée de diverses espèces animales nuisibles pour l’évolution des couches élevées de l’humanité telles que l’abeille, le hérisson, le lapin et son collègue le lièvre, le chat, le chien et le piéton, sous réserve d’extension du domaine de la lutte, comme dit l’un des brillants héritiers auto-revendiqués de Flaubert, Balzac et Stendhal sans que ceux-ci aient à ce jour approuvé ni même reconnu une telle paternité. Nous sommes à la mi-mars, si les conditions climatiques s’annoncent des plus favorables, et quand bien même elles ne le seraient pas, il nous faut désormais nous attendre sous peu au déferlement des premières vagues d’enshortés, par relativement discrets groupuscules pour commencer — les sujets se mouvant à l’unité sont rares, sans doute par crainte de l’ours mal léché dont on dit qu’il pourrait être un loup pour l’homme — avant que ne s’abatte le grand tsunami estival qui est tellement profitable pour le petit commerce local. L’hiver prochain est encore bien loin, hélas !

mars 2014

Lire la suite

Ami, entends-tu…

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Considérant le mépris où me tient la quasi-totalité des éditeurs à qui j’ai eu l’audace de proposer mes peu romanesques textaillons, je me suis sans attendre davantage fait à l’idée de vivre dans la plus irréprochable clandestinité. Certes ce n’est pas la guerre, non, mais c’est quand même l’Occupation puisqu’ils sont disons… quelques centaines de plumitifs éventuellement notoires à avoir investi les hauts-lieux de l’édition et, par voie de conséquence, les librairies, la presse vaguement spécialisée et les ondes, aussi bien radiophoniques que cathodiques. Est-ce à dire que tout ce papier imprimé et broché, destiné à nous narrer des histoires plus ou moins édifiantes est l’œuvre de collabos et qu’à l’occasion de ces fameux cocktails de lancement on ne boirait que du monbrasillach, qui manque quand même quelque peu de cette indispensable acidité ? C’est après tout possible puisque l’important a toujours été de savoir choisir son camp – celui du vainqueur présumé – et d’en changer si nécessaire, au moment opportun. Winner ou loser, tout est affaire d’aptitudes, de bonnes dispositions.
Je pourrais bien sûr affirmer que j’ai choisi la clandestinité, ce qui serait manifestement assez héroïque et mériterait même quelque décoration, naturellement pendante et à titre posthume cela va de soi ; mais non, je n’ai pas choisi, on l’a fait pour moi. En vertu de quoi, j’assume. Avec humilité, car dans la clandestinité il faut savoir se montrer discret, par obligation, afin de s’épargner le ridicule d’une gloriole déplacée et le plus souvent fatale. Si, au nom de consensus après tout éminemment respectables puisque consensuels, les collabos toujours ont raison contre les clandos, c’est donc que le conforme inexorablement, incontestablement, l’emporte sur le plus ou moins non-conforme. Cela dit, ou écrit, sans la moindre prétention à la nouveauté qui est, je l’admets, le critère d’élection premier en matière de production d’un produit a priori commercialisable. Car le verdict est sans appel, je ne suis pas un écriveur bankable, on ne tirera rien de ma prose, pas même de quoi payer le salaire — pendant deux mois et sans compter les charges sociales — à peine convenable d’une secrétaire de direction, occasionnellement dévouée.
On peut tout à fait déplorer que tel ouvrage éminemment contemporain nous contant, dans un style ébouriffant et tellement actuel les amours contrariées d’une paire de bobos évoluant au sein de l’aristocratie du spectacle en tous genres, on peut en effet déplorer que ce bel ouvrage dont la couverture arbore fièrement la photographie très avantageuse de l’auteur n’ait pas réussi à atteindre le chiffre escompté de quatre cent mille exemplaires vendus, on peut le déplorer pour le nombre d’arbres abattus dans cet espoir mais s’en réjouir néanmoins puisque le papier est désormais recyclable et, à l’exception des exemplaires déposés à la Bibliothèque nationale et de ceux récupérés par des collectionneurs fétichistes, permettra ainsi l’impression à moindres frais de dépliants en couleur vantant les articles en promotion dans les hypermarchés nationaux, et même ultra-nationaux des environs d’Hénin-Beaumont ou Béziers.
Ma clandestinité certes m’honore mais il n’empêche que je ne parviens pas à m’en réjouir, car même si j’ai beau y voir une certaine forme de reconnaissance à l’envers il se trouve que je ne suis guère différent de la plupart de mes congénères, attendris par le produit encore balbutiant de leurs génitoires quand ils ne sont pas tout épanouis devant l’opulence de leurs propres selles. Que d’aucuns estiment démesurée voire déplacée la fierté pourtant modeste que j’affiche — en très petit comité, j’insiste — à l’égard de mes devoirs d’écriture me semble témoigner d’une forme de jalousie excessivement mesquine et j’ai le regret de leur dire combien une telle attitude manque singulièrement d’ouverture et d’empathie. Et j’ajoute que ce n’est pas joli joli.

mars 2014

Lire la suite

Amputons, il en restera forcément quelque chose !

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Heureux les ambidextres ! me dis-je ce matin même au moment de me brosser les dents. Car j’ai la faiblesse de n’être que droitier et quand, du jour au lendemain, le droitier qui jamais n’a cédé devant l’éventualité du compromis se retrouve temporairement handicapé de son bras primordial, il lui faut bien admettre que son intransigeance à refuser toute concession en faveur d’un apprentissage de la main gauche lui ouvrirait à cet instant les portes de la béatitude, fût-elle toute relative. L’ambidextre n’est le plus souvent qu’un gaucher contrarié, ses débuts dans la vie scolaire ont généralement été gâchés par le règlement selon lequel tout gaucher est un anormal qu’il convient de faire rentrer dans le rang de la normalité en le contraignant à se conformer aux usages édictés par des tortionnaires en blouse grise et lunettes d’écaille que leur apostolat rémunère afin qu’ils militent en faveur de la soumission au dogme dès lors que l’ignorant est tenu de se plier aux diktats de celui qui sait et a forcément raison. L’imparfait du début est ici de rigueur puisque désormais l’écriture n’est plus considérée qu’en tant qu’accessoire occasionnel tandis que la pratique du jeu vidéo dès la plus tendre enfance développe, sans effort semble-t-il, une spectaculaire indépendance manuelle, réduisant à néant là aussi l’opposition droite-gauche, sans qu’il soit toutefois nécessaire de prétendre transformer le jeune crétin imberbe en virtuose du piano massacrant avec un large sourire de contentement la fameuse sonate à Élise de ce pauvre Ludwig van. Ce qui parfois peut justifier la surdité, voire encourager au trépas.
Heureux les ambidextres qui, d’une main ou de l’autre tenant l’opinel, éventrent avec la même talentueuse dextérité le tendre agneau qui appelle en vain sa mère au secours ; heureux les ambidextres en chef dont réconfortante est la capacité à contresigner de la main gauche le licenciement de deux cent quarante-huit personnes et donner son aval de la main droite pour l’achat de trois hôtels particuliers afin d’y loger dignement ses derniers enfants nés d’un cinquième mariage plus ou moins consanguin ; heureux ce grand chirurgien ambidextre — car il est le seul à y parvenir — qui, d’une seule main débarrasse de son emballage doré un rocher d’ambassadeur, se l’enfourne en bouche et de l’autre pratique en expert un toucher rectal tout en écoutant — il affirme qu’il trouve en cela une aide appréciable — Dario Moreno dans ses œuvres immortelles ; heureux ces merveilleux altruistes ambidextres volontiers généreux d’un côté et prompts de l’autre à ne surtout pas encourager l’assistanat, coutume néfaste au plein épanouissement des héros ; heureux les ambidextres qui n’ont pas les deux pieds dans le même sabot et soutiennent ainsi le plein emploi…
Mon incapacité, certes temporaire, à contribuer efficacement à l’essor de l’humanité est telle qu’il me semble plus raisonnable de m’abstenir. Je demande que l’on respecte mon handicap et regagne de ce pas mon lit encore tiède.

mars 2014

Lire la suite

Un bon souvenir

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Pour les pragmatiques inébranlables le seul fait de vieillir justifie la plupart des maux, au moins les plus physiques d’entre eux, dont nous avons à souffrir. Lorsque nous constatons, un peu amèrement il est vrai, que le corps humain auquel nous sommes attaché depuis déjà fort longtemps tend à se livrer à d’ignobles trahisons dont nous sommes évidemment le premier à subir les conséquences, il est alors plus que temps d’interroger l’homme de l’art dont c’est la vocation de veiller à la conservation et au rétablissement de la santé qui nous est particulièrement chère, la nôtre. Voilà sans doute pourquoi chaque docteur en médecine consulté ne manque jamais de nous asséner, avec un sourire de feinte complicité dont nous ne sommes évidemment pas dupe puisqu’il est, lui, scandaleusement bien portant, cette conclusion en forme d’explication : Oui, mais à votre âge… Il nous est alors quelque peu difficile d’afficher en retour une bonhomie un peu navrée qui soit, ne serait-ce que par courtoisie, égale à la sienne. L’homme, quelquefois, est affable, éventuellement compatissant mais il n’empêche qu’il nous a, probablement sans méchanceté aucune, sévèrement verglacé l’humeur, selon la jolie formule d’André Blanchard. Je reconnais certes que mon humeur courante n’est guère d’inspiration primesautière et qu’il n’est pas nécessaire de me promettre un monstrueux cancer généralisé pour que mes détestations les plus spontanées l’emportent sur l’amour que je devrais manifester, en temps normal et par ailleurs, à l’endroit de Scarlett Johansson. Ou à l’envers, pourquoi pas. Oui, mais à votre âge… répète l’autre. Dès lors, tout devient excusable, ceci explique cela et ne venez pas vous plaindre quand la mécanique vous lâchera, c’était inscrit dans le contrat. Sauf que moi, Monsieur, je n’avais rien demandé et que, peut-être, allez savoir, si des personnes indépendantes, des étrangers en quelque sorte, m’avaient informé de ce qui me pendait au nez, eh bien peut-être en effet que j’aurais préféré demeurer à jamais, ou plutôt temporairement, spermatozoïde et finir, ni vu ni connu, dans la tinette d’un petit appartement du onzième arrondissement. Oui oui, je sais, la joie des parents, et comme il est mignon ce joli petit garçon ! Et puis quand c’est parti il faut assumer et aller jusqu’au bout, eh bien c’est précisément ce qui fait problème, cet aller jusqu’au bout, parce que le bout il est moche, sans parler du fait que, à peine sorti j’étais déjà confronté à l’inexorable avancée de l’envahisseur teuton qui, venant tout juste d’enjamber la ligne Maginot, projetait de brûler Paris et l’école où il était prévu que j’irais apprendre à lire Proust et Céline avant que d’entreprendre l’écriture d’une œuvre immortelle qui me vaudrait de demeurer beaucoup plus notoirement méconnu que Vialatte – ce sont ses propres mots, le concernant, alors que, quand même, le plus méconnu des deux, hein, notoirement… Alors, à mon âge, comme vous dites, après ce qu’on m’en a fait voir, j’aurais bien aimé mourir de mort naturelle, comme on dit de ceux qui, un beau jour, s’endorment sans avoir été torturés en regardant Chantons sous la pluie en dvd. Et, à mon âge, je ne demande pas davantage, juste un peu de considération pour que je laisse un bon souvenir. Oui oui, je sais, dans mon cas ce sera difficile…

mars 2014

Lire la suite