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Soit dit en passant

Debout les mous !

28 Juin 2016 , Rédigé par JCD

L’apathie – je ne parle pas ici de cet individu qui se dit journaliste et sévit à ce titre dans les médias les moins exigeants, et pourquoi donc faudrait-il qu’ils le fussent ? – l’apathie donc serait-elle l’une de ces infirmités dont les hommes et les femmes (parce qu’il n’y a pas de raison !) de ce foutu siècle seraient les victimes consentantes ? Bonne question, me rétorquerez-vous, et tu t’es regardé ? Holà, holà ! Moi, je m’énerve – comme dirait Georges Picard –, tout m’énerve et je ne me gêne pas pour le dire et le répéter, et le fait que tout le monde s’en contrefout m’inciterait plutôt à m’énerver encore davantage. Et à quoi ça sert tes énervements, dubitative l’autre andouille, tellement andouille que je lui refuse le point d’interrogation qui, d’ailleurs est un signe de ponctuation convenant de manière idoine aux ignorants et aux lâches dont on se demande bien qui a eu l’idée pour le moins saugrenue de mettre de tels spécimens de laboratoire en circulation. Avec la faculté de se reproduire.
Ça sert à me désenfler les glandes, à me désengorger la vésicule pour mieux me récurer le duodénum, momentanément certes certes parce que, bien sûr, moins de cinq minutes plus tard, un autre nazi s’illustre brillamment en témoignant de sa capacité à nuire. Et ils sont tous là, les apathiques viscéraux, à émettre leurs lieux communs les plus stupides, du genre il faut de tout pour faire un monde, les goûts et les couleurs ça se discute, toutes les opinions se valent (à tel point qu’ils se revendiquent apolitiques), et qu’est-ce qu’on peut y faire – sans point d’interrogation évidemment puisque la question ne se pose même pas.
Si toutes les opinions se valent pourquoi choisissez-vous toujours la plus immonde, vous qui aimez vous retrancher derrière la belle et noble neutralité ? La neutralité est un concept suranné et celui, ô combien célèbre, des banques suisses dans les années quarante éclaire fort joliment le fait qu’il est préférable de choisir pour camp celui du vainqueur, au risque de se tromper, car pour rester dans les lieux communs, l’argent n’a pas d’odeur. Résistant ou collabo ? D’aucuns ont démontré qu’on pouvait être les deux, selon la vitesse du vent que vous reniflez mieux que personne et en tenant compte d’où il vient. Quitte à tondre, en public et au dernier moment, quelque salope vendue à l’ennemi.
Apathiques, léthargiques, votre sacro-sainte prudence me pue au nez, et ce que vous tentez de faire passer pour de l’indifférence superbe diffuse les aigreurs rances de la trouille la plus nauséabonde. En toute circonstance votre mollesse ferait pâlir d’envie le plus virtuose diplomate. D’aucuns vont jusqu’à confondre votre état larvaire avec la paresse dont ils ignorent pourtant ce qu’elle exige de détermination. À force de toujours vous agenouiller, votre trou du cul est si distendu qu’on pourrait y enfourner les œuvres complètes de Paul Bourget en édition trilingue – plutôt que de plonger dans le marigot littéraire contemporain dont vous faites éventuellement vos choux gras, je choisis ici d’illustrer mon propos avec un cadavre bien faisandé dont la prose est probablement désormais introuvable, sauf peut-être dans le grenier de quelque trisaïeule d’Alain Decaux.
Je pourrais admettre et partager une certaine lassitude à l’égard de l’époque, voire un absolu dégoût pour l’organisation mafieuse qui s’est appropriée tous les pouvoirs, avec votre complaisance d’ailleurs, mais renoncer comme vous le faites ce serait accepter que l’on vous châtre quand vous l’avez fait vous-même et qu’il n’y a plus rien dont on pût vous amputer. Souvent les mots et les gestes sont vains, je vous l’accorde, et se taire est reposant. Pourtant, s’énerver est nécessaire à la circulation du sang et avoir envie de trancher la gorge à une crapule institutionnelle chaque matin au réveil est une manière élégante et revigorante de bien débuter sa journée. Il est vrai que l’écart est parfois trop important entre l’intention et le passage à l’acte, mais il faut tenter malgré tout d’aimer son prochain. La principale difficulté naît au moment de choisir, lorsqu’on se demande par qui commencer.
juin 2016

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Ça ne peut pas durer indéfiniment

24 Juin 2016 , Rédigé par JCD


Nous vivons une époque formidable, se plaît à souligner à tout propos en ricanant un de mes collègues de bureau lorsque nous attaquons notre troisième bouteille de blanc d’Oingt, tandis que les grenouilles entreprennent depuis leur marécage de commenter la situation politique du moment et que la fraîcheur de cette fin d’après-midi justifie à elle seule que l’on se repose un instant des premières chaleurs de ce mois de juin qui n’annonce rien de bon pour les temps à venir.
Quitte à l’estimer formidable cette foutue époque, allons-y, ne lésinons point sur l’épithète et osons l’exceptionnel. Car elle est en vérité unique et il serait prétentieux de prétendre surpasser semblable performance. J’admets qu’il y eut jadis des moments paroxystiques difficilement égalables mais qui avaient pour eux l’excuse de la guerre et il est incontestable que dans ce secteur d’activités particulières nous avons su nous montrer exemplaires et brillamment compétitifs, quitte à traverser océans et continents à seule fin de démontrer aux obtus de toutes sortes plus ou moins joliment bigarrés qu’à notre palmarès figurait quand même la plus célèbre qui dura rien moins que cent ans. C’est dire combien nous fûmes opiniâtres alors même que tout restait à faire en matière d’innovation technologique puisque Serge Dassault n’était même pas encore né.
Renonçons toutefois à nous réfugier dans l’histoire au pittoresque rassis et intéressons-nous de plus près à ce temps présent qui nous file entre les doigts pour mieux se transformer en passé sans que nous n’ayons eu le loisir d’en découvrir toutes les beautés souvent cachées. Et elles sont sans nul doute considérables, sans même anticiper sur les catastrophes que l’on nous prépare. Rien que ces jours-ci il y aurait largement matière à nous réjouir de n’avoir pas opté volontairement pour la nationalité française alors même qu’il n’y a plus guère d’avantages à appartenir à la même patrie qui fit se rencontrer André Frossard et Dieu, mais je pourrais bien sûr dénoncer d’autres sommités de moindre ou égale importance qui se targuent de fréquentations pareillement excentriques. Certes, n’avoir pas opté volontairement ne nous dédouane nullement d’être néanmoins assimilé à n’importe quel imbécile bruyamment adorateur de nos télégéniques pousseurs de baballe qui font la fierté de chaque instituteur laïc interrogeant ses morveux du cours élémentaire sur les grands hommes de ce pays qui vit naître Michel Sardou. Patrice et Mario symbolisant plutôt le siècle précédant.
Réjouissons-nous donc de pouvoir vivre cette époque à peine épique sous le règne en quelque sorte œcuménique d’un monarque se disant socialiste qui, certes, ne sera pas parvenu à nous faire oublier Léon Blum mais dont les ambitions sont en revanche nettement plus modestes puisque conformes à ses obligations d’allégeance. Il y a d’ailleurs un immense mérite à suivre un programme diamétralement opposé aux engagements avancés afin d’être démocratiquement élu et c’est là une sorte d’innovation, élaborée et conduite avec le succès que l’on sait sans que la population goulûment anesthésiée y trouvât beaucoup à redire. Bien entendu, l’abolition de la peine de mort n’est sans doute pas étrangère à l’apparente sérénité dudit monarque, convaincu qu’il est de jouir d’une sorte d’impunité due à sa trompeuse bonhomie qui n’est pas sans évoquer Louis le seizième, dont la toute fin de règne ne fut pas exempte de radicalité.
Gobergeons-nous dans la modernité qui nous est offerte pour presque rien, en prime pourrait-on dire, et admirons la fulgurante audace architecturale de ces zones commerciales vers où filent des milliers de kilomètres d’autoroutes saccageant les derniers restes de prairies pour que s’épanouissent les dortoirs modulaires qu’illumine parfois et même souvent la lueur bleuâtre du rectangle cathodique déversant la culture jusque chez les plus déshérités des électeurs, finalement désabusés. Un beau jour (!) celui-ci zigouille méthodiquement sa petite famille et s’achève sans regrets comme on éteint la lumière avant de sortir, pour lutter contre le gaspillage. En se disant peut-être qu’il eût été dommage de manquer ça.
juin 2016

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Dali lui-même se prétendait génie, c’est assez dire !

7 Juin 2016 , Rédigé par JCD

S’il est une constatation hélas bien amère, particulièrement en ces temps que l’on dit follement créatifs, c’est bien celle qui s’est imposée à moi concernant les maigres probabilités que je fusse dans un plus ou moins proche avenir déclaré et reconnu appartenir à la corporation des génies. J’observe pourtant que le nombre de ces bienheureux ne cesse de croître et d’embellir au fil des jours sans que, le plus souvent, l’évidence de cette qualification ne saute aux yeux. En tout cas pas aux miens. En vérité, ce n’est pas le fait de n’en être point un qui m’afflige, ni a fortiori celui de me voir consacré seul et unique génie de ce siècle, acceptant ainsi que l’on fit l’impasse sur mon éviction lors du précédent, dès lors que le vingtième peut légitimement s’enorgueillir d’un impressionnant catalogue de génies en tous genres dont on chercherait en vain l’équivalent, même modeste, dans l’actuel annuaire professionnel édité par le ministère de la Culture. Car j’entends limiter mes recherches à ce seul secteur, écartant d’office les prétendus génies ayant fait carrière dans l’industrie, la finance, voire dans la politique ou le domaine scientifique. Pourquoi pas dans le sport, l’armée ou la police si l’on tient à tout prix à discréditer l’appellation. Efforçons-nous de demeurer sérieux lorsqu’il s’agit de déterminer avec un minimum d’objectivité qui pourrait mériter de son vivant le titre de génie – car l’usage longtemps voulut que l’on privilégiât pour cet emploi des cadavres bien froids dont on espérait qu’ainsi confits ils ne vinssent point posthumément réclamer honneurs et émoluments possiblement exorbitants avec effet rétroactif.
Génie n’est pas une option à la portée du premier venu. On peut certes se prétendre tel mais la reconnaissance n’en est alors que confidentielle et l’emploi du titre généralement limité au seul prétendant lui-même. Critiques spécialisés se gardent bien d’ailleurs d’y faire référence, choisissant d’écarter l’œuvre d’un semblable minus – la principale tare du minus est d’être inconnu de tous, sauf peut-être de ses parents qui persistent à s’imaginer qu’il sera un jour chef de service au centre des impôts de Bourg-la-Reine – minus donc qu’il est préférable d’ignorer quand l’élite intellectuelle a déjà fait ses choix et sacré les vainqueurs de la compétition. Voilà pourquoi mes chances sont bien minces quand les génies d’aujourd’hui sont parfois encore enduits d’acné tandis qu’ils interprètent à la TSF le titre phare de leur dernier album qui s’est déjà vendu à six millions d’exemplaires, hors Îles Caïmans. D’aucuns décident de dédier les conséquences de leur anormalité créatrice à l’humanité tout entière : ils seront architectes, écrivains, cinéastes, dramaturges, plasticiens ou plus rarement compositeurs de musique de films pour Claude Lelouch et produiront des œuvres dont on saluera l’audace, l’originalité puisque, en tant que génies, ils offrent au monde entier ce dont nul autre avant eux n’avait eu seulement l’idée. Bien sûr que la performance est remarquable mais ce qui est plus sidérant encore c’est qu’ils aient la capacité proprement surhumaine, voire inhumaine, de rééditer l’exploit autant de fois que nécessaire afin que nul n’en ignore et puisse en jouir à son tour, quand bien même le nul en question serait épépineur de tomates dans la banlieue d’Oulan-Bator. Certains spécialistes internationaux du remix sont désormais en capacité de ridiculiser un type comme ce vieux ringard de Wolfgang-Amadeus – dont les modestes quarante et une symphonies prêtent hélas à sourire – en fournissant sans barguigner et en moins de quarante-huit heures un matériel sonore susceptible d’enrichir en continu l’ambiance commerçante de tous les super et hypermarchés d’Europe, à l’exception toutefois de la Grèce qui n’en a plus les moyens économiques, bien que ce soit réglable en cent-trente-six mensualités. Le génie, porté à un tel point d’incandescence, me laisse coi.
Quel auteur, fut-il romancier, s’en irait de nos jours suer sang et eau au motif qu’il est tenu par contrat de fournir dans les délais requis son chef-d’œuvre annuel ? Seul le génie peut se confronter à semblable gageure et l’exploit est d’autant plus admirable que le résultat sera conforme aux exigences du marché, et donc à celles supposées de cet imbécile de lecteur : intrigue classique et simple, exotisme nécessaire et une pointe d’érotisme de bon aloi, phrases courtes, sujet-verbe-complément, fin qui laisse deviner une possible suite si le premier se vend bien. Le génie peut être décrété par et réservé à une élite, mais il peut tout à fait s’avérer populaire, il suffit de le décider au préalable, dans tous les cas de figure ceux qui encaisseront les dividendes sont les mêmes.
On peut être un génie ou avoir du génie. Dans le second cas il s’agit d’une manifestation occasionnelle et le caractère restrictif appliqué au verbe avoir tend à relativiser l’ampleur du génie alors qu’être un génie suppose une globalité que l’on pourrait supposer intemporelle. À jamais définitive quoique soumise aux aléas de la mode, comme ne cessent de le constater nombre de nos créateurs contemporains. Peut-être est-ce là que se situe la différence entre Rembrandt, Van Gogh ou Picasso et Courrèges (je me garde ici d’établir une quelconque comparaison entre les trois artistes cités et l’un, quelconque lui aussi, de ces plasticiens que l’on nous dit être les génies de ce siècle dans la spécialité qui est la leur et qu’il serait indécent, voire désobligeant, de nommer).
Tant pis, je renonce à concourir, d’autres se donnent un tel mal de chien qui méritent bien de gagner. Et puis, lorsqu’on voit ce qu’on voit et qu’on sait ce qu’on sait…
juin 2016

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