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Soit dit en passant

Pas même une lettre de ce rigolo d’Emmanuel !

22 Janvier 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

Mais que se passe-t-il donc dans ce pays voué à la chienlit (je parle ici, bien entendu de ces contrées abandonnées du progrès et de la science en marche où végètent les derniers êtres plus ou moins humains, survivants pitoyables dont on disait jadis en se gaussant qu’ils devaient être ravitaillés par les corbeaux. Des corbeaux c’est à peine s’il en reste un ou deux, attendant d’être empoisonnés au glyphosate ou quelque autre saloperie ? Oui, que se passe-t-il donc quand, au fil des semaines, nul courrier ne me parvient plus ? Aurait-on converti les tout derniers facteurs au cdd de six mois obligatoire et non renouvelable afin de permettre aux chomistes de traverser la rue pour trouver un emploi, temporaire, aurait-on ? Pas même une facture par ci par là – c’est vrai que les administrations ont décidé de procéder à de sévères économies en nous contraignant à imprimer nous-mêmes, après le prélèvement automatique, lesdites factures.
Les quelques rares amis qui, jusqu’ici, m’envoyaient quelque missive pour me tenir informé de la progression de leur torticolis (il est des mots que l’on ne prononce pas) ont sans doute préféré s’abstenir afin de m’épargner l’énumération d’horribles détails. Et ceux-là – celles-là quelquefois – qui prenaient la plume pour me dire à quel point mon talent n’en finit pas de grandir et combien seront sinistrement ridicules les gougnafiers qui l’auront ignoré, définitivement muets, eux aussi ? Les sincères comme les flagorneurs, les hypocrites comme les menteurs bien élevés.
Chaque jour, en fin de matinée, je descends le chemin jusqu’à la boîte aux lettres pour constater le vide, l’absence. Trois prospectus pour me vanter les dernières insanités que l’on se propose de me vendre si je condescends à me rendre jusqu’à l’un ou l’autre de ces entrepôts de la boustifaille alors que je ne n’y vais uniquement que pour renouveler ma provision de whisky, et encore pas toujours car je pourrais fort bien me laisser mourir d’inanition quand la morosité m’empoigne.
Aussi me demandai-je s’il n’y aurait pas dans cette campagne de l’ignorance programmée à mon égard une volonté de me pousser au suicide alors que chacun sait que je n’ai pas les moyens d’une telle ambition, qu’il faut s’équiper au préalable sinon on court à l’échec et rien n’est plus désespérant que de rater sa mort et cette idée ne m’agrée guère, moi qui le suis bien peu, si j’ose dire.
Mais voilà donc que tout à coup j’y songe. À moins, à moins que je ne sois déjà refroidi, sans même m’en être rendu compte puisque je me détériore chaque jour un peu plus, ce serait, si tel était le cas, plutôt déprimant car je soutiens que les actions les plus dérisoires ne supportent pas davantage qu’un grand opéra la médiocrité, du travail bâclé en regardant ailleurs comme si on s’en désintéressait. Par-dessus la jambe en quelque sorte.
Il me va donc falloir investiguer et commencer par vérifier ma rigidité, afin de déterminer si oui ou non elle est cadavérique, ensuite me renseigner auprès des touristes de passage, chercher à savoir si l’on m’a aperçu grimpant dans les arbres, courant le cent mètres en moins de dix secondes départ arrêté, voire repéré tandis que je m’apprêtais à soudoyer quelque gilet jaune, vrai ou faux, pour obtenir de lui l’autorisation d’aller mettre le feu à la sous-préfecture après avoir dévalisé l’agence locale du Crédit agricole, récupéré cent quarante-trois euros de menue monnaie et tagué sur les murs de la mairie Mort aux cons ! Comprenne qui pourra.

Ce matin, alors que mon médecin m’a prescrit de doubler les doses de mes médicaments contre l’hypertension et que je m’apprête à terminer ma bouteille de blanc d’Oingt je constate que je ne suis probablement pas mort, ce qui ne solutionne pas pour autant la question du courrier. Il faudra que j’en parle à mon cheval.

22 janvier 2019

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Modestes prolégomènes en vue d’une fin de siècle sereine, ou peut-être pas

20 Janvier 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans


Votre Altesse consentirait-elle à ce qu’un quelconque de ses laquais déposât dans l’ombre de ses augustes pieds les cahiers de doléances que quelques faquins auront plus ou moins (car le mot est peut-être quelque peu ambitieux) rédigés afin de porter à votre connaissance ô combien clairvoyante les maux dont souffrent – du moins le prétendent-ils – une ou deux poignées de gueux probablement dévorés d’une jalousie malsaine qui les fait s’imaginer dignes et aptes qui plus est à en jouir, sans nul doute bestialement.  J’ose espérer que Votre Altesse a d’autres chats à fouetter, voire à caresser d’un pénis distrait tandis que ses conseillers – qui ne sont pas toujours bien inspirés quant à la teneur de leurs ragots – vaquent à l’ordinaire et s’en glorifient outrancièrement. Que point ne s’offusque Votre Majesté de mon audace à Lui faire connaître, un peu abruptement j’en conviens, ma décision de ne pas participer à ce jeu de dupes pour lequel je n’ai nul appétit, préférant m’abstenir en silence en attendant d’adresser à Votre Veuve mes condoléances réjouies plutôt que ces doléances à peine cocasses. Je n’ai en effet rien à espérer (quelle sottise !) d’un monarque fabriqué de bric et de broc dans le seul but de livrer à ses experts en finances un royaume dont il ne reste pas grand-chose encore à piller, les gueux eux-mêmes ne valant pas tripette à la foire aux bestiaux. Je pourrais bien évidemment courber l’échine davantage que ne le font déjà vos serviteurs les mieux appointés mais il me plaît ici-bas de vous dire combien je vous compisse et vous conchie  allègrement et n’ai que faire de ces simagrées dont chacun s’efforce de rivaliser en cherchant à ignorer le ridicule de la situation. Vos pantomimes destinées à valider, croyez-vous, un simulacre de débat dont vous avez déjà tiré les conclusions bien avant que la populace ne se soit permis d’émettre un souhait ou deux, vos pantomimes sont grotesques, je pourrais aller jusqu’à les qualifier de croquignolesques si elles n’étaient à ce point consternantes. Certes certes, vous me rétorquerez qu’il faut bien se divertir quelque peu quand la vacuité des journées vous lasse et que les jeux du cirque ne vous tirent pas même un sourire, fut-il médiocre. Je crains juste que Votre Grandeur ne s’étiole et il est à craindre que la durée d’un quinquennat à la longue ne vous rapetisse encore et que l’on vous confondît avec le moindre de vos bouffons. Oui, je sais combien vous avez su vous prémunir contre toute interprétation tendancieuse d’un éventuel démocratisme aberrant et je sais qu’il n’en est rien, vous dites entendre ces fameuses doléances en réaffirmant les choix que vous fîtes lors de votre accession au trône, à savoir que vous avez décidé une fois pour toutes du nombre de dents autorisé pour la plupart des pauvres afin qu’il restât suffisamment à manger pour les riches et les parvenus qu’ils adoubent ; vos pensées sont des ordres et c’est ainsi que fonctionne un monde bien fait, n’est-il pas, et j’ai bien noté qu’il ne s’agit point d’une question.
Un de vos prédécesseurs ayant déjà usé du stratagème de la résurrection, nous vous demandons humblement de ne rien tenter pour revenir. Merci.

20 janvier 2019

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et si on parlait d’autre chose ?

12 Janvier 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans


– Tiens, salut ! Qu’est-ce que tu deviens , et la santé comment ça va ?
– Oh ! à nos âges il faut se persuader que ça va, d’ailleurs à l’époque de la monarchie d’antan, celle qui n’était pas encore prétendument démocratique, quand un courtisan posait cette question à son Altesse c’était alors une manière courtoise (c’est bien le moins pour un courtisan) de lui demander s’il était bien allé à la selle ce matin. Aujourd’hui c’est devenu un détail secondaire qui ne nécessite nullement que l’on s’inquiète des caractéristiques de la chose, sauf si la situation s’est aggravée de ce côté-là. Et ton cancer, alors ?
– Eh bien, faut faire avec puisqu’on ne peut pas faire sans…
– Oui mais, pour en revenir à l’épisode précédent, l’important ce n’est pas avec ou sans, il, s’agit avant tout de faire…
– Justement, excuse-moi de te couper, faire c’est bien joli à cette différence près toutefois qu’il arrive un jour où il faut faire avec. Lorsqu’on y a goûté on arrive difficilement à s’en passer. Le colorectal c’est peut-être moins commun que celui des poumons qui est vraiment à la portée de tout le monde pour peu que tu aies fumé tes deux deux paquets de Gauldos chaque jour avant même de s’être épanoui la sexualité, tandis que le cancer du duodénum ça sonne autrement scientifique. Il n’est pas impossible que ça puisse faire envie, histoire de voir. La curiosité n’est pas qu’un vilain défaut et il n’y a pas d’âge pour apprendre. Est-ce que tu te rends compte que ça pourrait te permettre d’avoir des places gratos pour le concert de Johnny… s’il avait pas eu le cancer.
Tu prends deux clampins ordinaires à la sortie du métro Botzaris et tu leur demandes, ils se révèlent aussi infoutus l’un que l’autre de te situer le duodénum alors qu’ils savent parfaitement où il faut changer pour aller à Mairie des Lilas. Le duodénum c’est plus mystérieux, donc plus original, donc chic.

– C’est encore heureux qu’il fasse beau ces jours-ci, t’imagines les gilets jaunes sous des trombes d’eau…
Et, à propos, toi qui fréquentes les couches supérieures de l’intelligentsia nationale, aurais-tu des nouvelles de ce pauvre Plagnol ?
– Je me suis laissé dire que bénéficiant de relations privilégiées avec le sinistre de l’Intérieur il aurait été nommé chef de service du département des Eaux usées au ministère de la Culture, mais c’est sous réserve puisque cela n’a pas été confirmé en haut lieu.
– Bon, allez salut, à la prochaine et fais attention en traversant la rue…

12 janvier 2019

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Ah merde, du caca !

3 Janvier 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans


Hier soir, tandis que quelques bienheureux profitaient de la fin de cette deuxième journée de l’année pour se coucher de bonne heure et ainsi récupérer quelques miettes de leur bonne humeur après l’inexorable déferlement de ces festivités obligatoires que l’on dit de fin d’année, ma tendre épouse me mit le marché en mains : ou bien on regarde le film à la télévision après une omelette aux truffes et du foie gras ou bien tu vas te coucher sans manger et je regarderai seule le produit filmique annoncé. Que ne ferait-on pas quand son estomac crie famine, quitte à céder devant le chantage qui, parfois, peut s’avérer ignoble car j’avais omis de consulter les programmes et ignorais donc jusqu’au titre du chef-d’œuvre promis. Pensez donc, cinq oscars, six César et prix d’interprétation pour cette comédie dramatique franco-belge nous narrant les aventures d’un acteur, vedette du cinéma muet qui sombre dans l’oubli quand tout à coup survient le parlant et qu’une ancienne figurante commence à connaître le succès. Les producteurs, les distributeurs ou peut-être même le brillant réalisateur Michel Hanounavicius, ont choisi d’intituler  leur projet The Artist en toute modestie afin que le doute ne puisse s’insinuer dans le cerveau du pauvre spectateur qui vient de payer d’avance alors même qu’il ignore qu’il s’agit d’un film muet en noir et blanc et que c’est précisément là où se situe son extrême originalité. L’artiste en question n’est autre que l’incontournable Jean Dujardin, c’est assez dire à quel point la soirée risque fort de s’avérer interminable et affligeante. Et elle le fut. Je m’étais jusque là toujours refusé à contempler pendant plus d’une heure et demie cet individu qui m’avait déjà si souverainement ennuyé dans un relativement récent film de Bertrand Blier où il avait fort heureusement pour partenaire l’excellent Albert Dupontel qui est, lui, un véritable acteur. Et puis Blier est un cinéaste car tous les métiers s’apprennent, mais le talent n’est pas donné à tout le monde.
J’ai somnolé à plusieurs reprises je l’avoue, à moins que je ne me sois échappé de ma léthargie quelques courts instants, subrepticement en quelque sorte, le temps nécessaire pour constater l’ampleur de ma consternation. Car l’histoire elle-même ne m’est pas complètement inconnue puisque c’est en effet, à quelques nuances près mais elles sont de taille celle de Singin’in the Rain (Chantons sous la pluie) que je venais de revoir la veille pour la deux-cent-soixante-huitième fois avec toujours le même émerveillement et une joie admirative inégalable. Je me suis déjà exprimé à propos du remake qui n’est pas, a priori, une mauvaise action à ceci près toutefois qu’il exige davantage de talent que n’en aurait celui dont on s’inspire. Or, il semble patent que le fabricant de cet objet achevé, c’est le cas de le dire, en l’an 2011 n’est pas le fils adoptif de Stanley Donen, pas plus que ce pitoyable Dujardin n’ait à se prétendre l’héritier de Gene Kelly car nous sommes loin du compte. J’en viens donc à m’interroger sur l’opportunité qu’il y aurait à interdire purement et simplement ce type de malversations (j’hésitais à employer le terme d’escroquerie), une mesure de salubrité publique en somme. Certes, j’admets que l’on me rétorque qu’il faut bien que tout un chacun puisse vivre, quoique cela puisse se discuter et contester dans certains cas particuliers, je pense notamment à certaines éminences, peut-être un peu grises, à qui l’on attribue des pouvoirs trop grands pour elles et les gênent pour marcher normalement.
Oui oui, je sais, il ne s’agit que d’un film mais est-ce une excuse suffisante pour tolérer semblable défécation en public alors qu’un minimum de retenue s’impose lorsque le président de la République lui-même hésite à nous faire partager sa pensée ?

3 janvier 2019

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