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Soit dit en passant

Il y a des limites à l’indécence

10 Janvier 2015 , Rédigé par JCD

Je trouve, Mesdames et Messieurs les Nantis qui décidez de ce qui est bon pour nous lorsque vous avez au préalable mis de côté ce qui est bon pour vous, je trouve que vous ne manquez vraiment pas de culot en osant – alors même que leur sang est loin d’avoir séché sur les bureaux où travaillaient ces dessinateurs et auteurs assassinés au nom d’un dieu que nul n’a jamais croisé ailleurs que dans les imprécations de théologiens imaginatifs – en osant, oui, en osant prétendre défiler en tête de ce cortège d’anonymes avec pour objectif, dites-vous, de rassembler le plus largement possible une population que vous vous obstinez depuis des dizaines d’années à diviser pour mieux l’empêcher de vous tenir tête. Ah ! le joli mot de rassemblement, là où d’autres ont parlé de réconciliation nationale, vous n’avez vraiment pas le sentiment de vous foutre du monde parce que, soudain, l’actualité vous offre un formidable prétexte ?
Vous ne manquez décidément pas de culot lorsque vous vous proposez de vous afficher en défenseurs d’une liberté à laquelle vous avez pourtant fixé vos limites, vous êtes des récupérateurs de cadavres, pires que des hyènes puisqu’il ne s’agit pas pour vous de vous nourrir de la chair de la bête morte mais seulement d’élargir un peu plus votre pouvoir, du moins le croyez-vous. J’espère que vous avez prévu d’emmener Gattaz avec vous, quand on rassemble il faut le faire largement et que les chefs soient omniprésents. Et n’oubliez pas de rappeler à vos ministres de l’Intérieur de veiller à garantir l’absence de Roms aux abords des avenues dédiées à l’élite.
Vous ne manquez pas de culot quand vous employez à tort et à travers et parce que l’occasion le justifie les mots de liberté et de justice alors que des millions de vos chers concitoyens ne mangent pas à leur faim ni ne dorment sous un toit parce que vous avez décidé que l’augmentation du nombre de chômeurs, et plus globalement de pauvres, était le bon moyen d’obtenir une main-d’œuvre à bas prix, à très bas prix afin que nous soyons enfin compétitifs ; alors qu’ils sont des milliers qui dorment dans les rues, y meurent sans que jamais cela ne vous fasse sursauter, tandis que vous êtes bien au chaud blottis au creux de vos maîtresses coutumières et que vous vous demandiez juste, entre la figue et le fromage, s’il n’existerait pas un moyen inattendu pour obtenir cette belle cohésion nationale grâce à quoi vous pourriez, demain, les entuber encore davantage.
C’est que vous êtes vraiment très forts, au point de faire sonner les cloches de Notre-Dame de Paris, et peut-être d’ailleurs, parce qu’une poignée d’hérétiques conchieurs de religions en tout genre vient tout juste de se faire trucider sauvagement tandis que vous élaboriez un nouveau plan de survie des banques et des entreprises du Cag 40. Mais savez-vous, oui vous le savez sans doute, que les religions, toutes les religions, ne diffèrent en rien de cet autre pouvoir auquel vous avez fait, de bon cœur, allégeance, le sacro-saint fric pour qui vous seriez prêts à (faire) tuer autant de gens qu’il serait nécessaire et vous l’avez déjà prouvé. On ne change pas une équipe qui gagne, dit-on à tort lorsqu’elles sont interchangeables, et pour ce qui est de gagner on peut compter sur elles, elles gagnent. Les perdants, ce ne sont jamais eux.
Et vous, les journalistes, ou prétendus tels, qui vous découvrez soudainement une aptitude à la solidarité quand vos employeurs sont, éventuellement, en train de négocier quelque vente d’armes avec un émir qui, il y a peu, rachetait pour pas cher du tout, le port du Pirée parce que les Grecs à genoux étaient à vendre pour avoir osé vouloir devenir européens. Ils le sont, et on solde. Et vous, vous obéissez et faites là où on vous a dit de faire, et tout le monde est content, puisque l’audience est plus que bonne, et donc les chiffres de la pub. Un massacre de cette qualité, on ne peut pas rêver mieux.
Quant à vous, les potes, les Tignous, Cabu, Charb, Wolinski, Honoré ainsi que les obscurs dont le nom ne fait pas vendre, on vous traite maintenant de héros, vous n’aviez pourtant rien demandé de tel, juste le droit de penser seuls, sans l’aide de quelque directeur de conscience que ce soit. Je vous salue, fraternellement.
Mais je refuse de voir se mêler à nous dans cet adieu les hypocrites, les menteurs, les escrocs, les traîtres, les assassins par procuration, les professionnels de la récupération déposés par leur chauffeur de limousine à cocarde et qui seront venus profiter de l’aubaine, sans vergogne, sans le moindre soupçon de pudeur. À ceux-là, je crache à la gueule.
JCD, 10 janvier 2015

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