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Soit dit en passant

Et que les traîtres soient pendus !

23 Février 2016 , Rédigé par JCD


En dépit du mot culture, devenu un invraisemblable dépotoir, je me demande parfois s’il ne serait pas nécessaire, pour ne pas dire urgent, que les gouverneurs qui nous gouvernent prennent l’initiative d’introduire au sein de leur assemblée une sorte de ministre chargé de s’intéresser d’assez près – façon de parler évidemment en raison de possibles pestilences – à tout ce qui touche à ladite culture. Je n’ignore certes pas combien la tâche est considérable, les moyens prétendument dérisoires mais l’ambition ne manque guère et l’œuvre à accomplir est plus que jamais terriblement exaltante.
Choisi en fonction de son incompétence notoire, l’individu de type mâle ou femelle – nul ne peut ici prétendre à une quelconque priorité au motif qu’il ou elle serait réputé(e) pour ses performances sexuelles plus ou moins ahurissantes – ledit individu donc devra s’avérer incapable de distinguer une peinture de Soutine d’un bronze de Zadkine (ce sont là deux exemples pris au hasard et l’on peut tout à fait en choisir d’autres) mais, en revanche, disposer du vocabulaire adéquat afin d’être en mesure de prononcer un discours qui se réfère à la démarche de tel plasticien dont on honorera l’œuvre que son acquisition par l’État a permis d’intégrer dans le patrimoine commun dans le but ô combien louable d’encourager l’édification des masses de moins en moins laborieuses, mais souvent hélas douloureusement incultes. La complexité est indissociable du travail hautement conceptuel de l’artiste qui, hier encore ignorant tout du nombre d’or et de la différence qui existe entre un format vingt F et un vingt M, sait désormais s’exprimer dans la langue des sociologues de l’art et élaborer en douze à dix-huit feuillets le projet dont il entend faire profiter l’humanité dès l’instant où celle-ci aura résolu quelques problèmes, annexes certes mais pour elle importants voire essentiels. Et où il aura, lui l’artiste, le créateur, déniché les manœuvres capables de se coltiner le boulot à sa place.
On l’aura compris, n’est pas ministre de la culture qui veut, d’autant que ce dernier – ou cette dernière, car je tiens à le répéter, le machisme a beau faire partie intégrante de notre culture il ne saurait s’afficher dans les règlements administratifs rédigés sous le regard bienveillant mais attentif du ministre de la discrimination, qui d’ailleurs est lui-même une femme, c’est du moins ce qui se laisse entendre. N’est pas ministre de la culture qui veut car son incompétence doit pouvoir s’étendre au-delà de ce que l’on nomme les arts plastiques puisqu’il lui faudra également être à même de citer trois ou quatre écrivains notoirement célèbres en raison de leur présence régulière sur les plateaux de télévision, le risque étant toutefois qu’un quelconque hurluberlu ait l’inconscience de prononcer les noms de Flaubert ou Proust sans qu’une assistante imbécile ait songé à rédiger une fiche où figurent quelques-uns de ces défunts oubliés et le titre d’une ou deux de leurs œuvres. C’est qu’il s’agit ici d’un vaste domaine et il convient de donner l’illusion que l’on n’ignore rien du Who’s Who grâce à l’apprentissage intensif de quelques formules absconses opportunément extraites de la presse spécialisée (j’évoque en l’occurrence ces magazines que l’on dit people consacrant quelques pages aux exploits carrément panthéistes de l’élite du spectacle). Il devra également étendre son savoir au-delà de ce que l’on nommait jadis la musique car c’est dorénavant un secteur où le consommable-jetable a su acquérir une audience que l’on ne saurait négliger, quand bien même nous le souhaiterions. C’est qu’il y a là un gigantesque tas de compost d’où, tels les asticots, surgissent quotidiennement de nouveaux génies sur lesquels nous ne pouvons, bon gré mal gré, faire l’impasse mais qui seront dans la plupart des cas remplacés, satisfaction relative, dès la semaine suivante.
D’aucuns ne manqueront certainement pas de se réjouir d’un processus d’acculturation comparable à celui qui permet à chacun désormais de déguster un véritable cassoulet de Castelnaudary le lundi à Bangkok et le mardi à Reykjavik ou Oulan Bator. On peut d’ailleurs se laisser tenter par un genre de performance analogue avec le spectacle unique donné au World Trade Center en 2001 et ceux à Paris en 2015, en dépit du fait qu’il est toujours difficile d’égaler l’effet de surprise, surtout lorsque les moyens mis en œuvre sont inférieurs. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’il s’agit ici de cultures différentes dont les publics new-yorkais et parisiens, si proches soient-ils l’un de l’autre, n’ont sans doute pas saisi tout le caractère festif, compte tenu de l’absence totale de répétitions de la part des intervenants. Toujours, l’improvisation nécessite, exige que le texte soit correctement écrit afin qu’il serve de garde-fou à l’acteur pour que son interprétation se libère et qu’il explose. Pour la joie de tous.
Non, décidément, les arts s’accommodent assez mal de la mondialisation, chacun conservant au fond de lui un attachement à ses racines et à sa propre culture. Observons combien nous sommes de fidèles amoureux, en dépit des tentatives malsaines de sagouins sans scrupules, à notre langue et constatons l’échec patent des espéranto et autres volapuk. Nous concluerons donc sur une célèbre paronomase : traduttore, traditore. Et que les traîtres soient pendus !
février 2016

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Et dire que nous aurions pu rater ça !

21 Février 2016 , Rédigé par JCD

Prenons le temps de réfléchir à la chance qui est aujourd’hui la nôtre alors même que ce siècle vient à peine de succéder au précédent, lequel méritera certes que nous lui réservions une place à part dans nos souvenirs inoubliables mais dont nous sommes en mesure de penser qu’il sera enfoncé par son suivant si celui-ci tient toutes ses promesses. Et pourquoi ne les tiendrait-il pas ? Nul ne peut sans outrecuidance prétendre faire l’impasse sur les événements, exemplaires à plus d’un titre, qui firent de ce vingtième siècle un incomparable concentré de bêtise, de méchanceté et d’ignominie, pourtant rien ne nous autorise à relativiser les performances envisageables du vingt et unième, alors qu’il vient tout juste de fêter ses seize ans, ce qui est, reconnaissons-le, extrêmement encourageant si l’on considère avec objectivité ce qu’en si peu de temps nous lui devons déjà. Alors qu’il nous reste encore tant de progrès à accomplir, tant d’expérimentations à tenter et tant d’absurdités à ne pas reporter jusqu’au suivant sous le prétexte fallacieux que nous avons toute la vie devant nous et que d’immenses espoirs sont permis. S’il existe jamais, le vingt-deuxième peut tout à fait combler les attentes de ceux-là mêmes qui auront survécu à celui qui nous occupe en ce moment et dont nous ne connaîtrons qu’une infime partie des possibilités. Ayons néanmoins confiance, tout est possible.
Bien sûr, lorsque nos scientifiques auront enfin vaincu le virus du sida, un autre surgira mais c’est précisément là que s’épanouira, une fois de plus, le génie humain. Songeons à toutes ces années, à ces siècles même, où nos ancêtres ont dû vivre tant bien que mal, privés de radio ou de télévision, ignorant l’atome destiné à exterminer, à plus ou moins long terme il est vrai, les populations persuadées de pouvoir nous vaincre sans beaucoup de difficultés –j’évoque ici le nucléaire quand ils n’avaient pas seulement à disposition la bombe à fragmentation ni davantage le lance-flamme qui n’a fait ses preuves que bien tardivement alors qu’il est aujourd’hui complètement dépassé ; songeons aux drames qu’ont dû vivre ces pauvres guerriers qui durent convaincre l’adversaire avec pour tout argument des lances, des sabres, des arcs et des flèches, voire de simples canifs, on croit rêver ! Efforçons-nous d’imaginer l’existence pitoyable de ces hommes et de ces femmes, voire de ces enfants qui n’ont pas connu la boîte de vitesses séquentielle, le moteur à injection, Orelsan et Houellebecq sans oublier Madame Angot afin de n’être pas taxé de sexisme, les autoroutes à péage gratuit le jour de manif des agriculteurs, le parking payant, Lara Fabian également, le bidet à jet rotatif, le Tour de France, le préservatif percé, les socialistes au pouvoir et le fast-food pour nains destinés à assurer la perpétuation de l’espèce…
On voit par là combien ce vingtième siècle défunt fut riche d’innovations – je cite en complément pour mémoire deux très belles guerres menées avec des moyens en constante évolution, Tchernobyl, Fukushima, le cancer mis à la portée des plus humbles – et combien nous lui devons en termes de découvertes généralement inopinées, en surprises croquignolesques et en audaces politico-économiques. C’est dire à quel point nous devons nous défier des pessimistes scandaleux qui se refusent hypocritement à voir ce que nous promet ce vingt et unième ambitieux et seront les premiers à en jouir, tels des enfants comblés au soir de Noël. Chaque jour de généreux scientifiques, assistés de militaires courageux, cherchent, innovent, créent, inventent et perfectionnent les outils de demain, ils osent parier sur l’inédit, l’imprévisible et faire l’impasse sur leur propre sécurité au nom même de la sécurité de tous, un tel dévouement ne mériterait-il pas notre admiration, voire notre vénération ?
J’apprends aujourd’hui qu’un supermarché britannique vient de renoncer à proposer à sa clientèle les croissants courbes traditionnels, trop difficiles à tartiner, au profit du modèle droit. N’y-a-t-il pas dans cette décision de pur bon-sens pratique l’illustration, certes anecdotique, des avancées qu’il convient de développer, d’encourager pour que le monde soit à même d’en tirer profit afin que, sans attendre un hypothétique futur, notre société ne se dérobe encore face à l’avenir ?
février 2015

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Noirmoutier, pour quoi faire ?

15 Février 2016 , Rédigé par JCD


Non seulement je n’obtiendrai jamais d’être déchu de ma nationalité puisque nous sommes trop peu nombreux à en avoir sollicité le privilège mais, cerise sur le strudel, il me faudra continuer de surcroît à être européen, de gré ou de force. Ce n’est pas qu’en soi l’idée soit rédhibitoire puisqu’elle nous dispense, paraît-il, de nous foutre sur la gueule pour un oui pour un non avec nos voisins germains. Désormais obsolètes les lignes Maginot et Siegfried puisque nous pouvons maintenant nous rendre de Bordeaux à Berlin sans passer par Pithiviers ou Drancy et sans l’aide bienveillante de Maurice Papon. Reconnaissons là un réel progrès, sans compter qu’il n’est plus dorénavant nécessaire de changer nos pauvres francs contre des deutsche marks lorsqu’on souhaite rapporter du voyage quelque souvenir forcément émouvant – non, je ne citerai pas d’exemple.
Jadis nos chers bambins à tête blonde avaient la chance de pouvoir s’ouvrir très tôt à la pensée des plus grands philosophes, dont Ernst Jünger fut sans doute le plus brillant exégète de la force brutale mise au service de la future réconciliation franco-allemande, prélude à la création de l’actuelle communauté européenne à qui nous devons le non moins actuel marasme économique, dont un certain nombre se tire très bien et avec les honneurs.
Fort heureusement nous avions alors nous aussi d’exemplaires philosophes qui ne dépareraient nullement parmi les membres de l’intelligentsia nationale du moment, laquelle s’est accaparée l’audience médiatique et répand sa glaire cervicale aux heures digestives avec une générosité et un aplomb qu’on ne rencontre plus guère qu’au sein des prêchoirs où s’en vient pérorer entre deux somnolences l’élite politique. On a dit pis que pendre de Barrès par exemple pour mieux exalter la noblesse et la quasi-pureté d’un certain Alain, né Émile-Auguste Chartier, lequel fut tour à tour pacifiste, engagé volontaire dès le début de la guerre de 14-18, antifasciste, soutenant les accords de Munich et signant le tract de l’anarchiste Louis Lecoin. Il accepte néanmoins pour finir la collaboration pétainiste.
Je me souviens avoir noté dans les pages de Contrebande d’André Blanchard cette citation croustillante, datée de juillet 1940 et empruntée à notre illustre penseur : J’espère que l’Allemagne vaincra ; car il ne faut pas que le genre de Gaulle l’emporte chez nous. En 1940, voilà qui laisse pantois. J’entends bien que tout honnête homme doit savoir s’orienter en fonction d’où vient le vent et que la sérénité n’est permise qu’à quiconque n’a pas d’opinion, toutefois, quand bien même il peut m’arriver d’être tenté par l’envie certes absurde d’aller voir un jour Noirmoutier il est vrai que, d’une manière assez constante et ce depuis fort longtemps, je préfère rester chez moi.
Alors que je n’étais encore qu’adolescent, en me désignant du menton ma mère disait : Celui-là, quand il a une idée en tête il ne l’a pas ailleurs. Mais bon, sachons demeurer modeste !
février 2016

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Servir

14 Février 2016 , Rédigé par JCD

Parmi la vingtaine de lecteurs de ce recueil de broutilles qu’il me fut donné de publier à l’automne dernier quelques-uns, peu nombreux certes, daignèrent brièvement me faire connaître leur jugement – aussi péremptoire pût-il être parfois – et je me souviens aujourd’hui (pourquoi donc aujourd’hui ?) que l’un de mes admirateurs enthousiastes m’avait signalé quelques redites, ajoutant fort obligeamment qu’elles étaient sans gravité. Et ce matin me revient cette phrase de Gide soutenant qu’il ne faut pas craindre de se répéter car le public est fort distrait. Ouf ! Avec l’aval d’un tel auteur je peux donc tout me permettre – du moins dans le domaine du rabâchage –, je suis couvert. Et puis, tentons de nous montrer objectif : sur environ trois cent quatre-vingt textaillons écrits entre mars 2011 et octobre 2015, ne suis-je pas autorisé à revenir, fut-ce un peu lourdement diront d’aucuns, sur certains sujets sans avoir spectaculairement changé d’avis à leur propos ? D’ailleurs, est-ce que je vous demande votre avis concernant les criminels chargés de fabriquer ce produit que l’on nomme, le plus souvent improprement, du pain ? Non, bien sûr que non. Pourtant, il y aurait beaucoup à dire et je ne serais pas hostile à un recensement complet de la population – sans discrimination à l’égard des juifs, des arabes et des socialistes – des prétendus boulangers titularisés sous cette étiquette, avec contrôle inopiné de la production de chacun et élimination immédiate de tous les usurpateurs et autres faussaires, quitte à tenter le recyclage des simples incapables dans la confection du béton chez l’un ou l’autre de ces paysagistes néo-staliniens ou dans le remuement du fumier chez quelque exploitant agricole non encore reconverti dans l’élevage hors sol.
Il existe ainsi quantité de menus faits et événements, que l’on jugera ou non simplement anecdotiques et qui ont le pouvoir de me gâcher plus ou moins quotidiennement la journée. Je reconnais chez moi une assez remarquable prédisposition à dénicher, sans beaucoup finasser, l’exploit, même modeste, qui illustrera à merveille la tragique aptitude de mes congénères à m’empuantir l’existence, avec pour unique objectif final celui de nuire, y compris férocement à eux-mêmes – ce qui démontre sans la moindre ambiguïté l’invraisemblable perversion d’une humanité fille putative de Joseph Mengele. Je n’ignore certes pas que c’est là quelque chose qui s’apprend, sans nier pour autant qu’il existe des individus nettement plus doués que d’autres ; reconnaissons qu’atteindre un tel niveau d’excellence signale parfois d’authentiques génies qui mériteraient qu’on les transformât en compost ou en nourriture pour animaux afin qu’une fois dans leur vie, ou un peu au-delà, ils soient enfin utiles à quelque chose. Pour tout nuisible existe un prédateur.
Cela dit sans aucunement remettre en question ma préférence et mes choix en faveur de l’inutile dont je m’emploie chaque jour à saluer – discrètement afin de ne point contrarier les imbéciles – l’indiscutable nécessité, principalement lorsque c’est moi-même qui y consacre le meilleur de mon temps et l’essentiel de mon humble talent. Aussi ai-je décidé de m’autoriser à répéter, autant de fois qu’il m’agrée, la crème de mes exécrations, ne serait-ce que dans le but d’exciter la haine de mes détestateurs. Quant aux indifférents, abandonnons-les à leur ignorance et qu’à jamais pourrissent les racines de leur suffisance rance.
En choisissant de ne servir à rien je suis intouchable.
février 2016

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Vainquons !

8 Février 2016 , Rédigé par JCD


Il fallait s’y attendre ! J’écris hier ou avant-hier une broutille, je la transfère sur mon blog afin que les masses en partagent l’enivrant fumet et patatras ! Surgit sous mes fenêtres la révolution orthographique. Il existe certes des choses plus importantes, ou plus graves, mais qu’un conglomérat de crétins infatués d’eux-mêmes déclare obsolète telle ponctuation (par exemple le trait d’union qui fut introduit en 1530 par l’imprimeur Charles Estienne, probablement par pur caprice et sans nul doute pour compliquer l’existence future de Big Jim [Raoul Marcel pour l’état civil] Durand, poète sur SMS) perturbe quelque peu la dégustation de mon premier ballon de blanc de la journée. S’il faut à tout prix simplifier allons-y et supprimons sans atermoyer ni pinailler toutes les règles, sans aucune exception, et que chacun parle et écrive comme bon lui semble. Simplifions, que diable, et admirons sans réserve le résultat, simplifié évidemment, des travaux de ces autres crétins qui ont rédigé le projet de constitution européenne que plusieurs millions de crétins ont refusé d’avaliser parce qu’ils le jugeait, à raison, assez peu compréhensible. Simplifions le code de la route : lorsque je passe, les autres s’arrêtent. Facile ! Le vocabulaire, la grammaire, bazardons tout cela dans la grande poubelle, ne conservons que le calcul – pas le mental, évitons les gros mots, et puis existe la calculette, fleuron de notre génie – car le calcul est vraiment l’essentiel de toute une vie et les chiffres l’unique alphabet de l’homme moderne. Cessons de nous détériorer l’existence avec des problèmes qui n’en sont pas, n’est-il pas ! La simplification la plus radicale c’est lorsqu’il ne reste rien, quelque chose comme l’emplacement désert où s’élevait, avant son démontage, l’installation d’un illustre artiste contemporain intitulée Sans titre. Dispensons-nous des mots puisqu’ils encombrent et perturbent l’intellect de celui-là dont il faut préserver l’innocence, cent soixante caractères ne sont-ils pas amplement suffisants pour communiquer l’essentiel de notre pensée, épurons, la sobriété, la concision, la clarté sont au bout d’une démarche qui conduit tout droit et sans effort vers le nirvana de l’idiot.
Alors que le soleil hésitait encore à saluer mon réveil en l’honorant de son lever solennel, je les entends déjà qui bougonnent, ronchonnent, fulminent et même vocifèrent, se rapprochent, bientôt disposés à mener l’assaut et conduire jusqu’à sa fatale conclusion cette bataille afin que triomphât leur vérité, celle inexorable du progrès sans lequel l’homme régresse. Seul face à mon petit déjeuner, je les entends qui hurlent, braillent et me couvrent d’injures, me traitant de conservateur, passéiste, rétrograde, réactionnaire, on comprend qu’ils ont de la culture, enfin, je veux dire qu’ils ont sûrement vu Finkielkraut à la télé… alors que quand même ! Quelques pierres lancées depuis le chemin font se briser les vitres au rez-de-chaussée, je devine les plus excités tentés par l’idée de foutre le feu qui purifie tout et regretter l’absence de grenades en vente libre dans le supermarché de la ville. S’ils osaient ils opteraient volontiers pour le nucléaire mais c’est une chose qui leur fait encore un peu peur, alors ils se contenteront du couteau, ou du fusil de chasse et puis trimballeront ma dépouille ensanglantée à travers les rues du village avec un écriteau planté dans le bide : Mort pour que l’ortografe modern trionffe !
Trionffe avec deux f, on se demande bien pourquoi. Y-aurait-il encore des obsédés de la complexité ?
février 2016

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Déchoir

7 Février 2016 , Rédigé par JCD

J’ai une marotte, celle de toujours chercher à savoir, voire à vérifier, la signification des mots que d’autres emploient, de préférence en prétendant qu’ils ne visent dans leur propos que l’amélioration du sort d’autrui. Déchoir, c’est tomber dans un état inférieur à celui où l’on était. C’est (s’)abaisser, (se) dégrader, descendre, c’est aussi déposséder, priver. Le dernier pouvoir politique a avoir usé avec arrogance de cette mesure discriminatoire fut, en France, celui de Vichy. Déchoir quiconque de sa nationalité n’est possible que vis-à-vis de binationaux puisqu’il ne saurait être question de faire de celui que l’on condamne un apatride. Il y aurait dans une telle attitude quelque chose d’intolérable pour les sages de l’ONU qui s’apparenterait, par exemple et selon eux, à l’emploi d’armes chimiques dont l’utilisation est formellement proscrite, en vertu de la directive N° 0038712992B portant sur le comportement à adopter vis-à-vis de l’ennemi en temps de guerre déclarée unilatéralement, voire en temps de paix mais on n’est jamais vraiment sûr de rien. On voit par là le caractère profondément humain d’un tel processus puisqu’il convient de s’assurer que celui que l’on veut ainsi déchoir dispose d’une autre nationalité, faute de quoi il ne resterait plus alors qu’à l’abandonner très logiquement sur un canot pneumatique au beau milieu des eaux internationales. Lors, il accéderait de plein droit au statut, probablement inédit pour lui, de migrant. Bien sûr, il s’agit là d’une mesure coercitive et l’individu se retrouve donc puni, mais c’est également une mesure exceptionnelle dont on n’use qu’avec circonspection et à l’égard – j’allais bêtement écrire à l’encontre – de concitoyens dont on souhaite ardemment qu’ils ne le soient dorénavant plus. Et ce n’est évidemment, et heureusement, pas le cas pour tout un chacun car, pour les autres – je veux parler des honorables que l’on ne peut déchoir d’une nationalité qui leur est en quelque sorte consubstantielle et unique – on peut les déchoir de mille autres manières, en les abaissant, les humiliant, en faisant en sorte qu’ils n’aient plus que honte et dégoût d’eux-mêmes. Ce qui peut parfois s’avérer fort laborieux car l’honnête homme a généralement tendance à n’être dégoûté que de ses nombreux voisins, eût-il pris l’apéro avec eux la veille au soir. Comme quoi on ne peut se fier à personne, d’où le succès incontestable et incontesté de la dénonciation, si chère au cœur de nos (com)patriotes.
Sans doute conviendrait-il, serait-il urgent, de déchoir de leurs titres et privilèges les imbéciles titularisés qui viennent de décider arbitrairement de libérer la langue française d’un certain nombre d’archaïsmes dont elle se satisfaisait pourtant avec élégance depuis belle et longue lurette. Et que je te débarrasse du trait d’union, de l’accent circonflexe – on suppose que l’accent aigu et le grave seront pour le prochain quinquennat – et du i, parfaitement inutile, de oignon comme du ph de nénuphar alors que nous tous savons, de Marseille à Plougastel-Daoulas, qu’une solution dont le pH est inférieur à 7 est indubitablement acide. Or, il se trouve que la consommation d’acide est réprimée par la loi, d’où cette décision de pur bon sens d’interdire le ph et de le remplacer par le f, infiniment plus sobre puisqu’il permet de gagner de la place sur la copie lors d’une dictée à normale sup. Rappelons néanmoins aux incultes que la graphie de cette plante aquatique était constante avec un f jusqu’au début du siècle précédent et que ce sont les académiciens eux-mêmes qui ont délibérément opté pour le ph en 1935. Ne nous étonnons point trop hâtivement de semblables revirements de la part de sujets quelquefois prompts à passer sans trop d’états d’âme de la collaboration à la résistance, et vice versa.
Nul ne peut imaginer les quantités d’énergies diverses et variées qu’ont dû dépenser ces crétins diplômés pour aboutir à un tel résultat. Tout le personnel extrêmement compétent du ministère de l’Éducation nationale s’est associé au groupuscule de nos dignes académiciens pourtant déjà fort chenus afin de réparer, enfin, les dommages subis au fil des ans par un vocabulaire abandonné à lui-même, sclérosé en dépit de son enrichissement continuel par injection massive d’anglicismes et autres barbarismes destinés à ce qu’il soit enfin vraiment de son temps. Une première charrette de deux mille quatre cents mots doit donc permettre à une partie des attardés mentaux de nationalité française non déchus de se familiariser avec notre noble langue enfin rajeunie et, ainsi instruits, d’entrer à leur tour dans la grande famille des éducateurs du peuple afin d’y prodiguer leur savoir. Les meilleurs d’entre eux accèderont peut-être, je veux dire certainement, à un poste de ministre ou de député afin qu’à leur initiative soit élaborée une prochaine réforme de l’orthographe qui en laissera plus d’un pantois d’admiration. Si l’on table, sans vouloir se targuer d’une ambition démesurée, sur une nouvelle charrette de plus ou moins deux mille quatre cents mots, il n’est pas irréaliste de voir, dans un avenir enfin gorgé de promesses, la langue française redevenir la première du monde et son rayonnement s’étendre ainsi sur les peuples avides de connaissances qui leur permettront désormais de lire et d’écrire tout Flaubert, Balzac, Proust et jusqu’à Céline avec les mots correspondant fidèlement à cette époque ô combien bénie où ils auront la chance de s’épanouir.
Naturellement, il va impérativement falloir s’attaquer à la réécriture de toute cette littérature aujourd’hui terriblement ringardisée, la victoire de l’intelligence sur l’ignorance est à ce prix.
février 2016

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Modus vivendi

6 Février 2016 , Rédigé par JCD


Que n’a-t-on glosé sur les us et coutumes de populations peu enclines à céder aux séductions d’une mode vestimentaire – forcément changeante quitte à se répéter plus ou moins cycliquement – mais qui a le mérite de donner du boulot à des ouvrières bangladaises mal payées et parquées dans des immeubles condamnés à la démolition sans évacuation préalable ; que n’a-t-on glosé et vitupéré contre leur préférence pour le hijab quand, dans nos sociétés hautement évoluées mais n’ayant pas encore découvert les vertus de la jupette à ras l’bonbon ni même celles ô combien époustouflantes du robot batteur à six vitesses, nos propres mères sortaient rarement de chez elles sans s’être couvert la tête d’un foulard Hermès, ou d’un modeste fichu pour les plus humbles d’entre elles. On dit également carré, châle, mantille, pointe – notons au passage que la pointe est triangulaire, contrairement au carré dans la plupart des cas tandis que la mantille se distingue par sa confection uniquement à base de dentelle, avec l’adjonction ou non de castagnettes.
Souvenons-nous de cette époque pas si lointaine où nulle femme convenable ne serait sortie en cheveux, c’est-à-dire tête nue (je précise ici à l’intention des crétins impubères, victimes de l’expérimentation d’une pilule abortive défectueuse), tête nue donc sans qu’il eût fallu pour autant qu’on la rasât puisque cette tendance-là ne fit son apparition qu’aux heures glorieuses de la Libération et que l’égalité ne fut respectée entre les hommes, les femmes et les enfants de tout sexe qu’avec la généralisation du cancer et de la chimiothérapie. Jusqu’à ce qu’intervienne cette normalisation bienvenue encore qu’inéluctable, une femme chauve était la risée de son quartier alors que l’honorabilité de son époux lui était spontanément acquise et saluée dès lors qu’il n’avait plus un poil sur le caillou, ainsi que nous avons l’habitude de dire.
En des temps aujourd’hui heureusement révolus, sauf bien entendu chez nos voisins britanniques qui roulent encore à gauche et se bourrent de pudding, les monarques les plus prestigieux aimaient faire étalage de chevelures postiches particulièrement extravagantes, au risque de se couvrir également de ridicule. On cherchera en vain, hormis à l’occasion de ce que certaines tribus nomment la fashion week, semblables comportements parmi les animaux les plus naturellement grotesques, tel le canichassamémère et admirons l’exceptionnelle et émouvante simplicité vestimentaire du boa constrictor ou de la vipère lubrique. On peut certes s’indigner du procédé pour le moins malhonnête qui encourage certaines personnes de sexe probablement féminin à dissimuler la totalité de leur anatomie sous divers morceaux de textile (niqab, jilbab, tchador, burqua) afin que la surprise fut totale lors d’une partouze entre adultes consentants, certains déviants profitant même de l’opportunité pour se livrer à un exhibitionnisme honteux devant le regard blasé d’enfants occupés à se goinfrer de roudoudous dans la pièce voisine, qui en ont vu d’autres et autrement mieux gaulés.
L’homme véritable reste attaché, quant à lui, au respect de sa dignité dans l’affirmation de sa sobre virilité. Il arbore volontiers différents couvre-chefs dont principalement le chapeau, parfois la casquette, sont à l’image de ce qu’il prétend être en tant qu’individu au plan social, le béret étant tombé quelque peu en désuétude sauf au sein de corporations particulièrement arriérées comme les légionnaires, les parachutistes, les chasseurs alpins et les Basques, dont la tradition est en train de se perdre puisque le maire de Pau lui-même n’en porte que très rarement et uniquement en privé, dit-on.
On voit par là combien, jusque dans nos provinces les plus reculées, est désormais foutu le culte du fichu tandis qu’il s’exacerbe partout ailleurs où des mâles d’un naturel peu partageur contraignent des harems entiers à ignorer durant toute une vie le bonheur que procure le seul fait de séduire en laissant juste deviner. En outre, je ne serais pas tellement surpris d’apprendre qu’un tel gaspillage était déjà condamné par Dieu en personne lorsqu’en sortant du métro à Campo Formio, il aurait déclaré : Merde, pour Mouton-Duvernet il aurait fallu changer à Châtelet !
février 2016

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