Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Soit dit en passant

Soudain l’horreur est à son comble…

24 Mai 2018 , Rédigé par jcd


Je crois avoir entendu pas plus tard qu’hier un cri d’alarme pathétique, déchirant, lancé par je ne sais quel individu probablement soucieux au-delà du raisonnable de la santé publique. Ce sympathique altruiste n’écoutant que son devoir nous annonçait que l’été serait foutu et donc toutes les vacances du même coup en raison d’une nouvelle qui pourrait faire froid dans le dos des honnêtes gens ou qui se croient tels. Le rosé va manquer !
Horreur, psalmodièrent aussitôt les adorateurs de ce précieux liquide que les plus pragmatiques d’entre nous utilisent parfois, sans toutefois en abuser en raison des vapeurs toxiques, pour décaper un vieux carrelage encrassé par des années de négligence, sans compter les restes de vomi et les cacas du chien, du chat  ou du rhinocéros, et je passe sous silence les éclaboussures provoquées par diverses expérimentations prétendument gastronomiques. Une telle perspective en aura glacé d’effroi plus d’un. Comment survivre se lamentait celui-là ? Autant boire du mousseux renchérissait cet autre tandis qu’un troisième parlait de se finir au pastaga, le désespoir gagnait les couches les plus défavorisées de la population où l’on parlait déjà de suicide au point que le terme d’holocauste fut même prononcé par certains esprits excessifs. Prenons garde car les consommateurs effrénés de ce breuvage qu’ils considèrent comme buvable au point de tenter parfois, lorsqu’ils s’imaginent à l’abri de regards indiscrets et potentiellement dangereux, d’en faire avaler à des enfants en bas-âge voire à des nourrissons dont ils empoisonnent les biberons, prenons garde car ces gens-là sont capables, pour abuser de la confiance d’un ami innocent,  de coller sur leur litre étoilé de Kiravi ou de Préfontaines une étiquette de Bourgogne ou de Beaujolais récupérée un soir où ils étaient invités chez des individus normaux. Le rosé va manquer ! et la panique s’empare déjà des esprits les plus détériorés, au point que certains d’entre eux menacent de dénoncer aux forces de police tel voisin dont ils savent qu’il n’a pas voté Macron à la dernière présidentielle. Ces gens-là n’ont aucun scrupule et n’hésitent pas à avaler ce produit (dont la consommation n’est certes toujours pas interdite par la loi) pour accompagner, disent-ils sans vergogne, une douzaine de fines de claire ou un gigot d’agneau aux flageolets. On voit à quel point leur équilibre mental est endommagé quand leurs capacités gustatives s’avèrent altérées au point de ne plus savoir faire la différence entre une portion de Babybel et un morceau d’Époisses. La France transpire d’angoisse, une partie du moins car tous ne sont pas atteints et conservent toute leur lucidité. Quelques médias alarmistes laissent entendre que certains groupuscules pourraient prendre les armes et, pourquoi pas, faire la révolution, d’autres s’expriment chez Hanouna et affirment qu’ils ont le soutien de Monseigneur Lustiger et de Michel Sardou, d’aucuns n’hésitent pas à organiser des convois pour la Roumanie où certains membres du pouvoir détiendraient des stocks de rosé de Bandol jadis détournés par Ceaucescu… Nul ne se soucie plus du millésime.
La confusion est générale lorsque tout à coup le premier ministre, dans une déclaration retransmise sur Radio Monte Carlo, annonce l’arrivée imminente de six tankers de pur rosé produit en Chine, un velours de l’estomac précise-t-on, qui sera vendu aux plus offrants entre le 2 juillet et le 15 août dans certains établissements situés entre Marseille et Menton. Dès le lendemain soir tous les hôtels, campings et chambres d’hôte de la côte n’acceptent plus aucune réservation. Le service des urgences de tous les hôpitaux de la région s’apprête à devenir enfin rentable durant les deux mois d’été. Elle est pas belle la vie ?

23 mai 2018

Lire la suite

France, ton savoir-faire fout le camp !

22 Mai 2018 , Rédigé par jcd


Aimable Castanet (non non, ce n’est ni un lapsus ni une facétie) était boulanger au cœur d’un petit village de Haute-Provence. C’est Giono qui nous conte cette histoire dont Pagnol tirera un film, sorti en 1938 – qui est par ailleurs une excellente année –, avec Raimu comme interprète principal et Ginette Leclerc dans le rôle d’Aurélie, son épouse. Aimable Castanet aimait beaucoup faire son pain. Ce pourrait être une évidence puisque c’était son métier et que, dans bien des cas, les gens qui éprouvent du plaisir à faire ce qu’ils ont choisi de faire le font bien. Aimable possèdait un couple de chats, Pompon et Pomponette, l’un et l’autre chargés d’éloigner les rats de la boulangerie. Un jour funeste la Pomponette disparaît, séduite par un greffier probablement étranger au village tandis que la jeune Aurélie fait de même en compagnie de Dominique, le berger de monsieur le marquis qui venait justement de nous être présenté. Du coup, Aimable renonce à pétrir et cuire son pain, plongeant les habitants du village dans l’inquiétude, voire la détresse, car son pain était fort bon et suscitait la joie de chacun. Mais les deux Pomponette d’Aimable reviendront au foyer, une fois passé l’exotisme d’une aventure qui n’empêche toutefois nullement le sain pragmatisme.
Que n’a-t-on illustré maintes fois le citoyen français avec son béret sur la tête, son pain sous le bras et son litron de vin rouge.  Et la Haute-Provence ne se situe-t-elle pas en France ? Certes, de brillants experts en coutumes et traditions, secondés par les meilleurs spécialistes de la mode, ne manqueront certainement pas de faire valoir que le béret ne se porte plus guère – sauf chez les chasseurs alpins mais ce ne sont pas des gens comme nous. Et que le vin rouge est probablement mauvais pour la santé – ce qui relève bien entendu la plus grande absurdité jamais proférée par quelques buveurs d’eau dont le teint sinistre n’encourage personne à suivre leur exemple. Et le fameux pain de quatre livres, me dubitativerez-vous en hochant du goitre. Eh bien justement vous rétorquerai-je illico, car le boulanger est une espèce non seulement en voie de disparition mais, hélas trois fois hélas ! sommée de disparaître à jamais puisque le pain a lui-même disparu de la table de l’honnête citoyen, désormais plus enclin à se soumettre aux lois rigides de la sainte diététique qu’à celles de son propre plaisir que l’on tente de lui faire prendre pour un vice malsain. Et si le pain a disparu de la table familiale dans ce pays devons-nous pour autant nous satisfaire de ces immondes machins livides à la croûte molle, dépourvus de goût et d’odeur dès lors qu’aucun boulanger n’honore plus dorénavrant la profession de boulanger. On me susurre dans le tuyau de l’oreille qu’il nous faut désormais nous enquérir de l’existence possible de l’artisan-boulanger qui, seul, saurait encore faire du vrai pain comme autrefois. Et peut-être, pourquoi pas, nous en-aller dans le petit matin frisquet franchir deux ou trois départements pour découvrir celui qui nous ravira le nez et les papilles avec son chef d’œuvre croustillant et parfumé dont il nous a fallu apprendre à nous passer, dégoûtés à jamais, dirait-on, par ces imitations consternantes qui sont la honte de toute une nation affamée qui jadis tranchait la tête de la pimbêche se permettant du haut de sa superbe l’immonde injure : qu’on leur donne de la brioche !
Et après l’artisan-boulanger devrons-nous partir à la recherche de l’improbable artiste-boulanger, probablement subventionné par le ministère de la Culture ? Non, mes amis, je crains fort qu’un pays qui ne sait plus faire ni manger son pain n’a plus qu’à disparaître. On nous l’avait déjà tant de fois seriné : on n’arrête pas le progrès.

22 mai 2018

Lire la suite

Sachons nous montrer tolérants avec les infirmes !

1 Mai 2018 , Rédigé par jcd

J’ai rencontré un bipolaire. C’est en vérité plus courant qu’on ne pense car le bipolaire pousse à peu près partout, on en trouve dans les faubourgs de Vaison-La-Romaine comme en plein cœur de Pontarlier et nul ne peut prétendre qu’il n’y en aurait aucun à Wiesbaden ou même à la périphérie de Beyrouth. Sa carte d’identité ne pécise en aucun cas qu’il est bipolaire, c’est en quelque sorte une affaire personnelle et, à première vue, on ne peut le distinguer d’un individu normal, il faut disposer d’un peu de temps et d’une faculté d’observation quand tout un chacun a franchement autre chose à faire pour occuper ses journées. Le bipolaire n’appartient pas à un genre précis, il peut tout aussi bien se révéler mâle ou femelle, voire bisexuel et il existe des spécimens auxquels il ne faut pas en promettre.
Jusqu’en 1980 le trouble bipolaire – car il ne s’agit plus depuis lors d’une maladie – était qualifié de psychose maniaco-dépressive mais l’arrivée au pouvoir l’année suivante des socialistes fit sans doute que l’on écarta le terme de psychose, probablement afin de ne pas stigmatiser un électorat qui plus tard s’avérera particulièrement versatile et curieusement imprévisible.
Ce trouble se caractérise par une variation anormale de l’humeur, aussi nous faut-il, avant d’accuser qui que ce soit, définir ce que doit être une variation normale de l’humeur. Certaines personnes, non exclusivement de sexe féminin, affichent une humeur que nous qualifieront de changeante ou variable. Rien ne permet néanmoins d’employer à leur sujet l’expression de variation anormale de ladite humeur qui ne doit s’appliquer qu’à des cas très précis et répertoriés à la rubrique «Ne pas approcher à moins de trente mètres». On se souvient d’un président de la République  de petite taille qui, bien que de nationalité française, pouvait tout à coup manifester sa mauvaise humeur en braillant L’Internationale alors que cinq minutes plus tôt son épouse avait promis de lui chanter a capella «Elle avait de tout petits tétons, Valentine». Mal soigné le bipolaire peut perfois devenir tripolaire voire quadripolaire mais on se gardera de le dénoncer aux autorités si l’hiver s’annonce exceptionnellement rigoureux puisque bien mal acquis ne profite jamais. Ce qui reste à prouver.
Afin de ne point humilier exagérément le bipolaire ordinaire on préférera parler à son propos de cyclothymie, ce à quoi pourtant s’opposent formellement les amateurs fiévreux du Tour de France qui y voient une discrimination insupportable à l’égard des amoureux de la bicyclette qui est elle aussi bi. On a trouvé chez certains bipolaires des cas particulièrement graves lorsque le sujet, déjà fortement handicapé, se montre farouchement atrabilaire, l’euthanasie préventive est alors vivement recommandée.
Toutefois il convient de ne pas abandonner à la vindicte populaire qui est parfois excessive des individus dont le comportement laisserait présager le pire sous le prétexte quelque peu fallacieux qu’ils se montreraient facilement capricieux, voire lunatiques lorsqu’on les traite, pour se moquer, de schizophrènes. Lesquels peuvent tout à fait devenir ministres ou même dictateurs, en dépit de fait que ces derniers conserveraient un attachement particulier au titre de chef d’État. En 1908 un psychiatre zurichois décida de remplacer par schizophrénie l’appellation probablement désobligeante de démence précoce dont nous savons aujourd’hui que sa précocité est toute relative puisque la succession des mois et années la rendent quotidienne et donc difficile à dater, ce que nous pouvons constater sans trop d’amertume en tentant de nous observer nous-même avec un réel détachement confinant à l’objectivité.
Un sergent de ville affecté au contrôle de la circulation automobile au beau milieu du carrefour Châteaudun dans le neuvième arrondissement de Paris ne peut se permettre d’être bipolaire et d’user à sa guise de son arme de service pour contraindre un conducteur récalcitrant à lui obéir. Il dispose d’un sifflet à l’aide duquel il devra se faire comprendre sans verser le sang de quiconque, après quoi il pourra répondre fort obligeamment à cette nonagénaire avancée au milieu de la chaussée qui lui demande où se situe la rue Taitbout dont le premier imbécile venu ne peut ignorer qu’elle relie le boulevard des Italiens et la rue d’Aumale, et j’en sais quelque chose puisqu’à l’époque  il y avait dans ce quartier pittoresque presque autant de libraires que de péripatéticiennes au mètre linéaire de trottoir. Ce qui n’est pas un critère en justifiant le bombardement par l’Otan.

30 avril 2018    

 

Lire la suite