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Soit dit en passant

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19 Octobre 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

Où sont passées les Pétroleuses ?

 

 


Ce contrôle du pouvoir par les citoyens est un rêve démocratique qui semble s’éloigner de plus en plus. C’est désormais le pouvoir qui dispose des moyens de contrôler chaque citoyen jusqu’à l’intime. Le pouvoir économique, en mettant la main sur le pouvoir politique, s’est discrètement emparé de l’ancien droit divin, qui le rendait naturellement absolu et inamovible. Conséquence : le Capital a remplacé Dieu.
Ces quelques lignes empruntées à la préface qu’écrivit Bernard Noël pour le livre d’Edith Thomas intitulé Les Pétroleuses, publié chez Gallimard en 1963 et heureusement réédité aujourd’hui aux éditions L’Amourier. L’ouvrage est un hommage rendu avec attachement et vigueur à ces femmes qui prirent les armes pour défendre à l’égal des hommes et même un peu plus la conception qu’elles avaient de la Révolution et de leur émancipation. La Commune de Paris n’aura duré que du 28 mars au 21 mai 1871, et tout est à recommencer car ce bon Monsieur Thiers a su mater la rébellion : les conseils de guerre ont vu défiler les présumées «incendiaires» (mille cinquante et une selon l’enquête parlementaire) qui seront condamnées à la prison ou la déportation, voire à la peine de mort.
L’idée selon laquelle le pouvoir serait aujourd’hui confié à des élus, révocables à volonté, semble avoir buté sur le fameux principe de solidarité qui n’existe pas que chez les grévistes ou les gilets jaunes. Cette solidarité-là sait se montrer respectueuse à l’égard de la notion de propriété qu’indispose violemment le concept de partage. La solidarité entre gens d’une même caste, cela peut se concevoir sans qu’il faille l’étendre inconsidérément jusqu’au dernier des va-nu-pieds. Et c’est pour cette raison que les choses en sont là. Il me plaît de citer ici Edith Thomas qui fait appel à Guizot afin de mieux illustrer notre actuelle époque : Au jeu de la Bourse, des fortunes s’échafaudent et sont croquées le lendemain. Un luxe de parvenu, une dépravation sans grandeur, un mauvais goût certain, marquent l’apogée d’une classe dont le mot de Guizot, plus que jamais, reste la devise : «Enrichissez-vous». Il paraît que le conseil complet, c’est : «Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne.» Soit. Dans ce cas, il s’agit encore du travail des autres. Jamais l’argent n’a été aussi à la mode et n’a autant tenu lieu de tout. Nos penseurs politiques du moment ont parfaitement assimilé  cette pensée, brandissant la mondialisation et le libre-échange lorsque les syndicats évoquent les conditions de travail et les salaires dérisoires du prolétariat et des classes moyennes. Au concept de liberté, pourtant inscrit au fronton des mairies on réplique par le libéralisme, sorte de capitalisme élégant qui suggère, s’il est besoin, qu’il suffit de traverser la rue, voire de créer sa propre entreprise. Tant d’audacieux entrepreneurs l’ont déjà fait avec le succès que l’on sait. Enrichissez-vous !
Mais, me direz-vous, que sont devenues nos pétroleuses ? Après l’assassinat du journaliste Victor Noir par Pierre Bonaparte ils sont près de 200 000, hommes et femmes à manifester sur les Champs-Elysées mais le pouvoir trouve la diversion en s’engageant dans une guerre avec la Prusse. Le 4 septembre l’Empire laisse la place à la République, à cette nuance près toutefois qu’il s’agit d’une république bourgeoise qui choisit de négocier avec l’occupant puisqu’il faut d’abord rétablir l’ordre. Débute alors le siège de Paris tandis que s’installent le froid et la faim : 6 francs la livre de gigot de chien, 20 francs pour un chat. Les pétroleuses se convertissent en cantinières, en ambulancières jusqu’à ce que le gouvernement finisse par signer l’armistice. Le 29 janvier, le drapeau allemand  flotte sur les forts. La République française exige que l’on élise une Assemblée et l’homme providentiel sera choisi, ce sera l’inoubliable Monsieur Thiers.
L’Union des Femmes s’emploie à réorganiser le travail et ses salaires par le biais des comités d’arrondissements. Sauf que le 21 mai les troupes de Versailles entrent dans la capitale.
Certes certes, la chronologie des faits n’est peut-être pas toujours aussi rigoureuse qu’elle le pourrait mais c’est sans doute dû aux choix romanesques de l’auteure.
Ce n’est toutefois sûrement une raison suffisante pour ignorer ce livre qui nous remet en mémoire l’un des épisodes de notre histoire dont nous n’avons nullement à avoir honte, bien au contraire.
Vive la Commune !

19 octobre 2019

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12 Octobre 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

Malheur aux barbus !

Souvenez-vous, il s’agissait d’un feuilleton radiophonique français (on avait pas encore inventé le concept de série qui fait le bonheur de millions de crétins) dont la première saison (le terme n’est pas d’époque !) fut diffusée au tout début des années cinquante sur le Poste Parisien sous le titre Signé Furax (213 épisodes), dont les deux auteurs sont Pierre Dac et Francis Blanche, également interprètes des personnages Black et White, dans une mise en ondes de Pierre-Arnaud de Chassy-Poulay. Le feuilleton raconte le mystérieux enlèvement de tous les barbus de la Terre par un aventurier sans scrupule : Edmond Furax qu’interprète Jean-Marie Amato.
Les auteurs n’avaient évidemment pas prévu qu’à l’occasion du remplacement de la TSF par les Réseaux sociaux il se trouverait un sinistre de l’Intérieur pour actualiser l’idée originale en lançant, en plein vingt-et-unième siècle, une formidable chasse aux barbus sous le prétexte fallacieux d’éradiquer le terrorisme islamique alors qu’il ne s’agit en vérité que de se débarrasser des quelques gilets jaunes survivants et d’éventuels fauteurs de troubles trop heureux de tenter de déstabiliser la démocrassie.
Du coup, je ne sors plus de chez moi, les les portes sont fermées à double tour et les volets clos. On ne peut s’empêcher de penser à la tragique période des années quarante où la délation tenait lieu de morale et où l’on pouvait envoyer son voisin visiter la campagne allemande dans des trains mal chauffés à seule fin de s’approprier son appartement acquis grâce à des accointances avec le cousin du frère présumé de Léon Blum. La tendance Balance ton porc a redonné le goût de l’initiative au moindre minable qui n’aspire qu’à nettoyer sa fière patrie de tous les indésirables, principalement ces barbus dont nul ne peut dire ce qu’ils cachent sous leurs poils probablement douteux. La différence n’est pas si grande entre les juifs de naguère et les bougnoules d’aujourd’hui. On passe du Talmud au Coran et tout fait ventre. Le président de la République française l’a bien compris qui encourage son peuple à surmonter ses répugnances démodées à l’égard de la dénonciation quand il y va de l’avenir de ses propres enfants. Des primes pourraient être attribuées à quiconque fait part de ses soupçons, à l’état, ensuite, de fournir les preuves qui permettront de mettre hors d’état de nuire un probable terroriste qui s’apprêtait à mettre une fois encore le feu à Notre-Dame.
Françaises et Français, soyons vigilants et sus aux barbus ! Sauf moi bien entendu.

12 octobre 2019

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