Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Soit dit en passant

Il est interdit de péter bruyamment

24 Octobre 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans


Un de mes amis aime à bloguer, à propos de tout et de rien puisque dans la pratique de cette activité tous les prétextes sont bons. Et la liberté d’expression en est un des meilleurs qui soient. Les mots peuvent permettre de dénigrer, quand bien même cela supposerait mépris, évidemment insultant. Dénigrer ne ménage aucune place à la confrontation des idées. Des a priori indiscutables font obstacle à toute possibilité d’entente éventuelle. Or tout n’est pas indolore. Par conséquent, tout n’est pas admissible, donc tout n’est pas impunément possible. Jusqu’ici mon accord est presque total, mais les choses se gâtent lorsque mon camarade blogueur s’attaque aux dessins, qui seraient selon lui d’une laideur et d’une vulgarité insignes. Ils sont moches et grossiers, cela devrait suffire à en limiter la portée.
Les dessins dont il parle sont des caricatures publiées par Charlie Hebdo afin de dénigrer en effet une religion – mais elles se valent toutes – et son prophète. La comparaison avec les caricatures antisémites parues dans les années quarante n’est peut-être pas d’une pertinence absolue.
Que ces dessins soient moches et grossiers demeure un argument à tout le moins discutable dès lors que l’on admet la définition du mot caricature telle que la donne mon camarade Robert : Dessin, peinture qui, par le trait, le choix des détails, accentue ou révèle certains aspects peu flatteurs. En quoi les dessins signés Reiser, Siné, Cabu, Charb ou Jiho seraient-ils plus moches et grossiers que ceux de Daumier, par exemple ? Le dessin de presse devrait-il nécessairement obtenir son brevet de conformité délivré par le triste Jacques Faizant ?
Par leur caractère provocateur, ces dessins franchissent les bornes du recevable acceptable. Qui donc en a décidé ainsi ? Le ministre du Bon Goût peut-être. Nul doute qu’à l’époque de Carolus Duran celui-ci (le ministre) se fut élevé pour condamner les obscénités de Picasso ou de Modigliani, et j’en passe.
Si effectivement tout provocateur nourrit un contre-provocateur, alors taisons-nous ! Et que plus personne ne s’autorise l’audace d’écrire ou de dessiner des choses qui dérangent l’ordre établi, surtout si, de surcroît, c’est moche et grossier.
Tu vois Bob (mon pote Siné se prénommait en vérité Maurice), en quelle sinistre fange nous voilà désormais tombés au point que l’on n’ose plus respirer.

24 octobre 2020

Lire la suite

Je procrastine à mort

17 Octobre 2020 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 

 

J’aime assez remettre au lendemain, voire au surlendemain. Rien ne presse et cela n’engage à rien. Nul chef de service qui soit derrière notre dos à scruter afin de savoir si nous avons bien tout fait comme il fallait, comme l’exige une espèce de règlement, imbécile comme le sont tous les règlements. Ne m’a-t-on point copieusement répété jadis, tu as la vie devant toi alors que je peux constater désormais sans me donner beaucoup de mal qu’elle est déjà presque finie. C’est à peine si je l’ai vue passer. Un autre affirmait : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Celui-là était en avance sur son époque, nous l’avons depuis rattrapé, tandis que le poète affirmait sans risque de se leurrer que le temps ne fait rien à l’affaire… quand on est con, on est con.
J’aime assez remettre au lendemain, je procrastine à mort. Les livres que j’ai lus et les musiques que j’ai écoutées n’en finissent pas de survivre en attendant l’ultime razzia, le grand ménage final qui débarrassera l’espace afin que la place fut nette et sans ordures ni déchets. D’aucuns s’interrogent parfois et demandent à voix haute : Mais pourquoi et pour qui ? On peut en effet se poser la question, seuls les marchands et le Top 50 peuvent probablement connaître la réponse, mais elle change tous les jours car les cours de la Bourse varient d’une minute à l’autre et donnent encore raison au poète.
Combien d’auteurs traduits en quatorze langues, combien d’artistes certainement fort talentueux (alors que n’existait même pas encore l’art comptantpourrien), combien sont-ils qui ne seront pas même cités dans le livre des records et demeureront à jamais ignorés des générations futures à qui l’on racontera encore qu’elles ont la vie devant elles et s’imagineront sans doute qu’il faut savoir se battre pour défendre ce à quoi l’on croit, approuvant définitivement le poète qui demandait seulement qu’on lui fichât la paix.

17 octobre 2020

Lire la suite