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Soit dit en passant

Pardon, vous avez du feu ?

30 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Plus ou moins régulièrement et particulièrement aux États-Unis où la possession d’armes est une sorte d’art de vivre, un homme entre dans un lieu où il sait qu’il trouvera un certain nombre de ses congénères et défouraille avant, dans la plupart des cas, de se faire justice, comme on aime à dire, afin de conclure brillamment sa performance. Il peut s’agir d’un adolescent, voire d’un enfant, d’un policier si la ou les victimes sont noires. On invoquera généralement la folie dès lors que l’intéressé n’est plus en mesure d’apporter la moindre contradiction à une hypothèse que l’on préférera juger plausible.
Ne nous leurrons pas, si demain la vente d’armes à feu devient légale, voire encouragée, dans notre belle démocratie républicaine que ses dirigeants ne cessent de prétendre améliorer – l’arrivée en nombre toujours plus important de migrants [réfugiés politiques, climatiques ou simples crêve-la-faim] amènera forcément le pouvoir en place à faire de tels choix – les conséquences seront les mêmes et la quantité de déséquilibrés ne fera que croître, ici comme ailleurs. L’immigration fournira un excellent et confortable prétexte, quand bien même les statistiques affirmeraient qu’elle n’est à l’origine de ces tueries qu’en deuxième ou troisième position.
Car le déséquilibré pourrait bien n’être rien d’autre qu’un individu fortement contrarié par le fait qu’il est, par exemple, chômeur avéré depuis bientôt plus de trente ans, qu’il est seul, dort dans la rue et fouille les poubelles pour se nourrir. Il pourrait aussi, pour peu qu’il persiste à assumer son devoir de citoyen électeur, se trouver fort dépité en vérifiant, quel que soit le candidat auquel il a donné sa voix, que le seul changement notable se fait toujours à son désavantage alors qu’il doit bien se trouver quelqu’un pour qui c’est profitable. Il pourrait encore, poussé par le dégoût, révolté par le mensonge et l’arrogance de ceux qui parlent en son nom, constater que la violence de ses propres mots ne suffit décidément pas et qu’il n’existe qu’un unique moyen d’exprimer sa colère qui le satisfasse.
Lorsque l’injustice est par trop criante, lorsqu’on en arrive à se dire que les hommes qui prétendent connaître les solutions à tous les problèmes socio-économiques – qui ne font qu’accroître jour après jour les inégalités entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien – ne sont en vérité qu’irresponsables, incompétents doublés de crapules cyniques inexcusables, sans nul doute est-il nécessaire, urgent, inévitable d’opter pour des méthodes autrement expéditives.
Lorsque l’apathie, l’inertie, autant dire le consentement idiot, semblent n’être aujourd’hui la seule attitude mûrement réfléchie de la plupart des victimes, force est d’admettre qu’il ne reste désormais plus rien à attendre ni même à espérer. Chaque individu assez lucide devrait être en mesure de comprendre que le seul remède, pour le bien de tous, est maintenant de tirer dans le tas.
Et ne venez pas me raconter des histoires de déséquilibré… mais prévenez vos gendarmes que je serai armé !
décembre 2015

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À vous de voir !

28 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Nombreux sont les gens de lettres – j’aime beaucoup ce terme inventé pour désigner avec élégance les plumitifs de tout poil [dont je fais un peu partie] – qui semblent regretter de n’avoir pas plutôt choisi de se spécialiser dans les beaux-arts. Ils découvrent chez les artistes, ou se prétendant tels, des avantages dont ils seraient eux-mêmes privés. J’ai pour précieux ami un de ces graphomanes impénitents qui affirmait il n’y a pas si longtemps dans un recueil de ses écrits que le tableau peut être vu en quelques secondes – la chose est authentique, je l’ai vérifiée – et poursuivre néanmoins son existence plus ou moins inutile en demeurant accroché quelque part, où nul jamais ne le regarde, tandis que le manuscrit de l’écrivain, aussi remarquable fût-il, dort à l’abri des profondeurs obscures d’un tiroir. Ce qui vaut d’ailleurs pour le texte transformé en livre et qui survit dans un oubli relatif sur le rayonnage d’une bibliothèque, quand il ne finit pas au fond d’un carton, voire d’un sac poubelle en plastique gris. Ou encore abandonné sur quelque trottoir crasseux d’un vide-grenier, cette invention destinée à divertir les oisifs endimanchés.
C’est vrai que ledit tableau, dès lors que son géniteur putatif l’autorise à s’en aller prendre l’air loin des vapeurs puantes de l’atelier, est alors un objet fini – peut-être le terme achevé serait-il à peine préférable – dont la vie à venir ne nécessite nullement l’intervention d’une tierce personne (imprimeur, façonnier, éditeur pour ce qui concerne l’œuvre littéraire, pianiste, violoniste ou orchestre de mille musicien lorsque le compositeur se nomme Gustav Mahler).
J’ai pour ma part goûté aux joies ineffables de la peinture et de l’écriture. C’est dire combien je peux me flatter d’avoir été barbouilleur et écrivassier, j’ai même poussé l’abnégation, ou le vice, jusqu’à conjuguer les deux tares sur un même support. Et il me semble juste d’affirmer que le sacerdoce du premier l’obligeant à trimballer ses croûtes d’une galerie l’autre pour se voir le plus souvent encouragé à aller voir ailleurs vaut largement celui du second qui expédie ses tapuscrits à une quinzaine d’éditeurs qui, dans la plupart des cas, se satisfont de les lui retourner (moyennant un chèque préalable) accompagnés de la circulaire type l’invitant à aller, là aussi, se faire voir ailleurs. Je ne doute pas qu’il en aille de même pour les fabricants de musique, sauf peut-être pour les adeptes du remixing naturellement dispensés de l’effroyable et fastidieuse besogne des partitions. Toutefois, réjouissons-nous car le peintre devenu plasticien peut désormais concevoir ses œuvres sans devoir disposer d’un atelier orienté au nord, ayant exposé le concept en deux ou trois feuillets, il passe commande à ses fournisseurs qui livrent la marchandise sur le lieu même de l’exhibition où l’équipe d’ouvriers manuels, variable selon l’importance du projet, procédera à l’installation sous l’inflexible direction de l’artiste déguisé en metteur en scène.
Le peintre – il existe encore aujourd’hui quelques spécimens de ces individus ridiculement attachés à des pratiques totalement démodées – peut pousser la complaisance jusqu’à faire encadrer ses œuvres picturales afin d’aguicher l’acheteur potentiel, tout comme l’écrivain usurpe les us et coutumes propres aux péripatéticiennes afin d’obtenir le bandeau de couleur indiquant au flâneur distrait que le bouquin vient d’être honoré d’un plus ou moins quelconque prix littéraire. Les musiciens – que je fréquente peu, me contentant d’écouter la musique des morts – ont probablement, eux aussi, recours à diverses combines pour placer leur camelote. Qui peut se targuer d’avoir su faire le meilleur choix en optant pour l’inutile alors qu’il existe tant de beaux métiers où l’on peut peut se montrer irresponsable, incompétent tout en n’ayant l’air de rien. Ou de presque rien, car il faut quand même avoir la gueule de l’emploi. Je ne cite pas d’exemple, chacun choisira selon ses préférences.
décembre 2015

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Qu’on se le dise !

27 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Les bêtes sont d’une naturel prudent, elles se méfient et nécessitent de la part de l’homme notamment qu’il les piège s’il entend les soumettre. Le piège le plus efficace qu’il ait inventé pour soumettre de manière radicale les bêtes demeurées à l’état sauvage c’est l’arme à feu qui permet à celui-ci de ne prendre pratiquement aucun risque. Pour tuer à distance l’homme a longuement réfléchi et travaillé à la mise au point de matériels de plus en plus sophistiqués qu’il perfectionne chaque jour afin d’exterminer depuis son bureau tout ce dont il a choisi de se débarrasser, que ce soit par nécessité économique, biologique ou pour son simple divertissement. Grâce à l’envoi de fusées, de missiles ou au largage de bombes de différents types il peut supprimer un troupeau entier, les habitants d’une localité voire, avec l’apport du nucléaire, un pays dans sa quasi totalité puisque les éventuels survivants ne le demeureront pas longtemps. De son côté l’armement chimique a fait lui aussi d’énormes progrès et, les victimes mises à part, nul ne s’en plaindra dès lors que le coût de l’énergie nucléaire, pour peu que l’on en abuse, peut facilement grever un budget, même colossal. L’invention du drone dans les années cinquante a nécessité de longues années de recherches technologiques jusqu’à aboutir aujourd’hui à un objet individuel d’une efficacité redoutable lorsque les armements adaptés à la taille de l’engin seront en vente libre dans n’importe quel supermarché, à la grande rigueur sur présentation d’une pièce d’identité nationale éventuellement valide.
Les bêtes, que l’on dit sauvages dans la mesure où nous n’avons pas vraiment réussi à les apprivoiser, ne devraient guère survivre bien longtemps, surtout si elles n’offrent pas de réelle ressource alimentaire en quantité suffisante et aisément exterminable. On en conserve ici et là quelques spécimens dans des parcs zoologiques et des cirques afin de distraire les enfants, jeunes ou vieux. Mais cela a un coût qu’il s’agira de comparer avec les maigres profits que l’on en retire. Les animaux domestiques n’exigent, quant à eux, nulle compétence particulière de la part des acheteurs comme des vendeurs car il est extrêmement rare que l’un deux se révolte et affiche une attitude ouvertement hostile. Certaines peuplades d’êtres que l’on qualifie d’humains peuvent en revanche se montrer exagérément méfiantes et peu enclines à se soumettre à l’autorité d’un être supérieur qui devra d’entrée de jeu faire comprendre à ses sujets encore inéduqués qui de l’un ou de l’autre est l’intelligent, et donc le maître. Dès lors qu’il est armé, il dispose du droit de vie et de mort sur chacun de ses esclaves dont on dira alors qu’ils sont en voie de développement. Lors de conférences à caractère didactique le climat de légitime compréhension que nous serons parvenus à instaurer entre les différences espèces devrait rassurer quiconque tend le plus souvent à dénigrer les bienfaits de la colonisation. À des fins pédagogiques des films éducatifs seront tournés et projetés chaque jour à la télévision en remplacement de l’émission Questions pour un champion.
D’aucuns, un peu excessifs à mon humble avis, prétendent que je suis asocial et m’apparenterais sans conteste à l’espèce des bêtes sauvages. C’est un peu vite dit. Il n’empêche toutefois qu’à mon âge et avec tout ce que j’ai dû connaître d’animaux prétendument éduqués et civilisés, je n’ai confiance en personne. Je ne tourne jamais le dos à qui que ce soit. Qu’on se le dise !
décembre 2015

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Lavorare stanca

22 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

À Cesare Pavese


Ce matin je me suis levé, en me forçant un peu, quelques minutes avant dix heures. C’est là un constat que j’effectue de plus en plus souvent. Certes, la saison s’y prête, c’est l’hiver, le jour se lève tard lui aussi et il est finalement cohérent de respecter le rythme de la nature en s’y accordant. C’est l’hiver et lorsque j’ai passé toutes ces heures de sommeil à l’intérieur de mon lit à en réchauffer patiemment la température avec mon propre corps je me dis qu’il serait fort dommage de gaspiller cette bonne et douce tiédeur alors que nulle activité essentielle ne me réclame ailleurs. Réveillé par des barbares qui sillonnent, à une soixantaine de mètres de mon oreiller au volant de leur tracteur, camion ou quatre-quatre agrémenté d’une remorque où bringuebalent de probables plaques de tôle, la départementale seize alors que le soleil se retient de paraître pour ne surtout pas nuire à mon repos, je m’efforce de sombrer à nouveau dans l’inconscience qui est quand même le meilleur moment de la journée, en dehors de la nuit proprement dite. Si je m’abandonnais totalement à mes désirs je ne quitterais plus jamais mon lit, et c’est d’ailleurs ce qui finira par se produire, bien que le caractère résolument définitif me contrarie quelque peu alors que je me verrais bien poursuivre l’expérience encore quelques années ou dizaines d’années.
Enfant, j’étais adepte de la grasse matinée et les vacances scolaires m’offraient une magnifique opportunité pour ne rien faire. Les copains du quartier n’étaient pas autorisés à franchir la porte du jardin ouvrant sur le chemin qui conduisait jusqu’à la fenêtre de ma chambre. Dans sa grande sagesse, ma mère veillait à ce que mon sommeil récupérateur fût respecté, sans doute avait-elle deviné combien déjà j’étais poète, quand bien même j’ai ensuite mal tourné et cru un temps qu’il fallait pour vivre travailler. Mais ça y est, l’âge aidant, je me suis ressaisi et ne partage désormais mon temps qu’entre le sommeil et le culte de l’inutile. Sans omettre bien sûr, lorsque la nécessité s’en fait sentir, de me nourrir et désaltérer, ce qui est un encouragement au sommeil. Je dois reconnaître que je peux m’appuyer pour cette activité sur d’excellentes dispositions, grâce au fait notamment que j’ai réussi à maîtriser dans bien des cas mes penchants insomniaques à l’aide de petites pilules blanches. Néanmoins, il arrive parfois qu’échoue la chimie. Il faut alors avoir recours aux bonnes vieilles méthodes d’antan et disposer dans un coin de sa bibliothèque de quelque livre d’un écrivain à la mode dont on nous aura vanté la prose ambitieuse et le style sans équivalent. J’en conviens, la thérapie est fastidieuse, cruelle même, mais il faut savoir dominer sa répulsion si l’on veut vraiment parvenir à un résultat concluant avant que la colère ne prenne le dessus.
On compensera semblable désastre au moyen d’une sieste précoce, anticipée en quelque sorte juste après l’apéro de onze heures, mais le mal est fait et le déroulement serein de la journée en sera irrévocablement perturbé. Surtout si, de surcroît, quelque sagouin décide sans le moindre scrupule de saccager un épisode de repos pourtant bien mérité en vous informant par téléphone que la loi obligera prochainement tout citoyen à faire procéder à l’installation d’un système d’alarme antifumée, en conséquence de quoi il serait opportun de contacter le conseiller actuellement présent dans votre commune ou votre arrondissement.
D’aucuns, qui ne l’ont pas expérimenté eux-mêmes, préconisent le suicide en garantissant un sommeil de plomb. Le procédé est certes radical mais il y manque un élément de satisfaction déterminant : se réveiller et décider de se rendormir.
décembre 2015

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Il ne suffit pas d’être imbécile

21 Décembre 2015 , Rédigé par JCD


Plus ou moins régulièrement je me demande si ça va durer encore longtemps. Ce n’est pas que je m’ennuie constamment, de temps à autre seulement, mais même durant mes meilleurs moments je trouve vraiment que le nombre d’imbéciles est pléthorique et que celui des crapules, sans nul doute moindre, compense cette faiblesse par une efficacité autrement redoutable. Parfois, il arrive que l’imbécile soit tenté par la crapulerie mais généralement il échoue, par manque de dispositions. C’est qu’il faut du talent, une certaine forme d’intelligence pour être une véritable ordure et s’y maintenir. Peu d’imbéciles, véritablement très peu, parviennent à atteindre ce que l’on qualifie de postes à responsabilité ; or, sans dispositions idoines pas de responsabilités donc pas de possibilité de nuire. Nombre d’imbéciles peuvent faire valoir quelques aptitudes mais s’avèrent infoutus de les exploiter et moins encore de les pousser à s’épanouir et à fructifier.
Certes certes, je devine votre impatience et la question qui brûle vos lèvres éventuellement purpurines : comment reconnaître d’un œil sûr une crapule de haut rang ? Si elle est de haut rang la crapule se distingue du commun par sa réussite affichée. Songez qu’à mon âge je ne sais toujours pas si l’on naît crapule ou si on le devient. Naturellement, au vu de mes antécédents je suis tenté par l’explication héréditaire, le milieu familial, l’environnement relationnel, mais il doit bien quand même exister quelques cas singuliers d’individus qui se sont faits crapules à la force du poignet, hors de tout apport génétique, des exceptions en quelque sorte, des sujets particulièrement doués qui, à force de travail, sont parvenus à se hisser, sinon au plus haut niveau du moins à un poste de pouvoir leur permettant de développer un goût prononcé pour le comportement ignoble. Mais, je l’ai dit, ce sont là des cas exceptionnels, l’imbécile de type courant a fort peu de chances d’accéder au statut enviable de crapule. Il lui faudrait poursuivre des études – il n’en a généralement ni les moyens intellectuels et financiers ni le goût –, réussir des examens, obtenir des diplômes grâce auxquels il pourrait alors s’élever dans l’échelle sociale et devenir, enfin, celui qui humilie et s’impose au-dessus des médiocres.
Non, nous ne saurions parler de vocation mais plutôt de prédisposition biologique. L’hérédité demeure le moyen le plus fiable, exigeant de l’heureux élu des efforts de moindre ampleur, tout allant pour ainsi dire de soi lorsque la crapulerie est inscrite dans les mœurs familiales et bénéficie des soutiens les plus affûtés. On peut alors entrer dans la carrière sans attendre que ses aînés n’y soient plus, bien au contraire puisqu’ils se montreront de bon conseil et disposant d’un entregent efficace. Selon ses affinités personnelles on se tournera vers les affaires ou la politique, les premières n’excluant nullement la seconde. En fonction des besoins du moment ou des opportunités on passera sans états d’âme d’une occupation à l’autre et c’est tout naturellement, spontanément dirais-je, que l’on se perfectionnera dans l’art riche et multiple de la manipulation, du mensonge, de la trahison sans jamais s’abandonner à la plus ignominieuse faiblesse, indigne de l’élite, et surtout sans que, au moindre prétexte, la honte ne vint empourprer les joues ou le front de l’admirable scélérat.
En revanche on ne cesse pas du jour au lendemain d’être une crapule notoire. Un cancer du foie carabiné peut conduire à renoncer brutalement au ballon de blanc matinal et j’imagine combien cela peut être atroce, mais on ne renonce pas à la crapulerie, ce serait pour un soldat ou un chasseur s’interdire de tuer, l’existence réduite à sa plus simple expression, dormir, manger et faire caca, autant dire presque rien. Crapule, ce pourrait être un rôle de composition au cinéma, le tournage terminé on passe à autre chose. Alors que crapule au quotidien exige un talent de tous les instants, une recherche perpétuelle de la pire infamie, une imagination débordante afin d’imposer à chaque cas, à chaque situation la solution la pire à condition qu’elle fût la plus profitable pour soi.
Crapules de tous les pays que vous vous êtes arrogés le droit de diriger, y compris au nom de la démocratie, crapules de vitrine ou de coulisses, je vous souhaite, ainsi que l’on aime à dire à Marseille et parce que ce doit être insupportable, la gale au cul et les bras courts. Et j’invite les imbéciles si nombreux à venir se rire de vous et, peut-être vous applaudir.
décembre 2015

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Alexandre, Franz et moi-même

19 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Un de mes amis – mais bien sûr que c’est possible et j’ajoute que celui-ci l’est doublement puisqu’il a eu l’audace, l’inconscience de m’éditer un jour de la presque défunte année – un de mes amis donc que son apostolat avait conduit jusques en ces terres liégeoises afin d’y promouvoir les œuvres de son cheptel de plumitifs plus ou moins bien embouchés me faisait part dans un tout récent courrier de sa délectation (c’est lui-même qui utilise le terme) consécutive à la lecture du dernier de mes textaillons dont il était, comme d’autres sans doute moins enthousiastes que lui, destinataire.
Dans ledit courrier, dépassant de manière outrancière les limites du bon goût et de la tempérance, il m’informait d’une initiative qui me laissa baba. Il avait décidé, sans demander conseil à quiconque et au mépris du plus élémentaire respect du classement alphabétique, de ranger mon œuvre anorexique tout contre les Chroniques complètes de Vialatte. Il avait prévu, me disait-il, d’y adjoindre Kafka au poste de talonneur – ce sont ses propres mots – et se réjouissait à l’idée de choisir, sous peu mais sans précipitation aucune, les douze élus appelés à nous rejoindre, Alexandre, Franz et moi-même.
Douze et trois quinze. Quinze me semble être un bon chiffre et, selon qui seront les prochains à entrer en ce cénacle, il sera alors temps pour nous, les anciens, de proposer quelques noms qui soient dignes de nous accompagner, en tenant bien sûr compte de la place encore disponible sur le rayonnage, quitte à négocier une extension de cette bibliothèque sans pour autant privilégier la quantité au détriment de la qualité.
Étant pour l’heure, et sous réserve d’une soudaine défection toujours possible, l’unique survivant de l’actuel triumvirat, si l’on excepte l’hôte lui-même qui a ses propres soucis, je me sens désormais investi d’une sorte de droit légitime à écarter la candidature de postulants dont le curriculum vitæ serait à tout le moins suspect et, partant, indigne de prétendre se mêler à nous, fût-ce sur une étagère quelque peu éloignée. Nous ne pouvons négliger, et moins encore faire semblant d’ignorer, les procédés les plus vils de renvois d’ascenseur, d’ignoble copinage et d’accointances quasi-mafieuses qui ont fini par discréditer totalement les différentes académies littéraires, ou prétendues telles, procédés dont on voit bien qu’ils s’inspirent ouvertement de ce qu’il y a de plus répugnant dans les institutions économico-politiques.
Toutefois, méfions-nous de ces rigidités administratives, quand elles ne sont pas sous influence militaro-policières, et gardons-nous de tout sectarisme. Il faut savoir se montrer ouvert à tous les talents, si divers soient-ils, et ne pas voir systématiquement en chaque invitation à dîner dans un excellent restaurant quelque tentative de corruption que ce soit. L’amitié est un commerce, disait La Rochefoucauld.
décembre 2015

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Adresse aux sous-merdes

17 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Pauvres, ou en passe de l’être bientôt sévèrement, exploités car vous êtes nés pour ça, émigrés ou migrants selon la terminologie du moment, traîne-savates, va-nus-pieds, sans domicile fixe spoliés jusqu’au noble mot de clochards mais bienheureux profiteurs de cette aubaine qu’un pitre généreux eut l’idée de réactualiser à votre intention – jadis il vous eût fallu vous satisfaire de la soupe populaire et du secours catholique, nous avons désormais compris qu’il fallait élargir le cercle de famille car sans cesse vous vous reproduisez, vous croissez et vous multipliez au point que nul ne sait désormais que faire de vous –, déchets vaguement humains, cela dit sans chercher le moins du monde à me montrer désagréable, permettez-moi de vous dire à quel point vous êtes la lie de ce pays et de ceux qui, partout dans le monde, ne savent comment se débarrasser d’une engeance qu’il leur faut dissimuler aux yeux du touriste, cette autre espèce en voie de développement qui ne cesse de rechercher l’exotisme dont elle dispose pourtant à quelques mètres de ses buildings de verre et d’aluminium brossé mais qui croit toujours que voyager est le privilège des gens heureux ; permettez-moi de vous rappeler combien il est déraisonnable, voire indécent et en tout cas inutile d’ambitionner un jour devenir riches à votre tour, afin de jouir de tous les biens dont il arrive que vous entendiez narrer la beauté, le bon goût, la saveur, le parfum sans jamais parvenir à y accéder ; misérables, loqueteux, sales et puants, ce monde n’a pas été conçu pour vous, votre présence ici-bas lui est une insulte et Dieu lui-même vous a bernés en vous racontant que les derniers allaient être les premiers. À moins que vous ne fussiez sportifs de très haut niveau, ce dont vous m’autoriserez à douter. Existent les inclus et, par réciprocité, les exclus et l’on veille à ce qu’il n’y ait point de confusion. Vous, les premiers ? Quelques-uns parmi vous l’ont peut-être cru, ils déchanteront et finiront comme les autres, les impies, les mécréants, nus, galeux, pouilleux, recroquevillés sur un bout de trottoir où viennent pisser et chier les chiens, ces chiens qui, comme vous, n’ont pas lu Saint-John Perse et ne s’en portent pas plus mal. Pauvres, permettez-moi de vous dissuader de croire qu’au fallacieux prétexte selon lequel vous seriez les plus nombreux et que, si vous le vouliez, le monde entier pourrait vous appartenir. Ce serait prendre ses désirs pour des réalités et vous n’avez de désirs que minuscules, minables, mesquins, et c’est précisément ce manque d’ambitions qui fait que vous êtes pauvres et le resterez. Pourtant, en vous révoltant vous n’avez rien à perdre puisque vous n’avez rien tandis qu’eux-mêmes ont tout, mais la peur est là qui vous maintient courbés, la peur de quoi, le savez-vous vous-mêmes ? La masse, la foule, le peuple – osons le mot ! – pourraient certes terroriser quelque individu isolé rentrant tard le soir dans ses beaux quartiers mais ne perdez jamais de vue que vous n’avez pas accès à ces beaux quartiers où d’ailleurs seules les bonniches ne circulent pas dans des véhicules avec chauffeur, et qu’iriez-vous faire d’une bonniche hormis tenter de la trousser quand elle-même vous crache son mépris estimant à juste titre que vous n’êtes pas de son milieu et que vous schlinguez, dit-elle en éclatant de rire, oseriez-vous la demande de rançon ? Sérieusement, n’y pensez pas car vous pouvez l’égorger sans que son employeur en soit le moins du monde contrarié, le petit personnel il suffit de se baisser pour en trouver à profusion, et pourquoi même se baisser lorsqu’il suffit d’envoyer ses rabateurs dans les établissements et organismes adéquats. Non, renoncez à de tels projets farfelus, vous avez beau vous compter, vous recompter et vous persuader d’être des millions, voire des milliards, la chance n’est pas avec vous, la chance est héréditaire. Vous êtes nés pauvres, vous mourrez pauvres, ceux qui disposent des moyens nécessaires pour modifier un tant soit peu cet état de fait ne le souhaitent en aucun cas et c’est bien compréhensible, il en va ainsi depuis toujours à cette nuance près toutefois que, tandis que vous vous complaisiez dans votre misère et votre crasse et deveniez ce qu’en d’autres contrées on qualifie d’intouchables, les nantis s’organisaient afin d’accroître encore davantage votre dépendance et votre impuissance. De l’aveu même de Jim Young Kim, président de la Banque mondiale, le pauvre n’est pas rentable, vous devrez vous attendre à l’admettre. Vous aviez perdu dès le départ, les experts ont juste consolidé leur différence et c’est important la différence, c’est ce qui permet de reconnaître à coup sûr l’honnête homme lorsqu’on en voit un passer, mais c’est vrai qu’il n’en passe pas souvent. Surtout là et dans l’état où vous êtes. À l’instar de vous-mêmes, l’honnête homme ne consent à fréquenter que ses semblables, il rechigne à se commettre et veille à ne se reproduire qu’en des trous de marque analogue ou au moins similaire chez les partisans les plus audacieux de la social-démocratie libérale mais à la moindre explosion due à quelque congrégation religieuse extrémiste, l’honnête homme, parce qu’il est profondément laïc, manifeste son émotion publiquement tandis que le pauvre se terre, affichant ainsi sa culpabilité et redoutant qu’on ne le lynche. On voit par là combien l’attitude de l’honnête homme diffère de celle du pauvre, le port de la cravate ne constituant pas une preuve suffisante en cas d’interrogatoire musclé consécutif à une rafle.

Nous ne le répéterons jamais trop, pauvres, exploités, émigrés ou migrants, traîne-savates, va-nus-pieds, sans domicile fixe, loquedus, minables, moins-que-rien, que vous soyez négros, bougnoules, niakoués, roms, voire plus ou moins blancs de peau, restez à votre place dans vos cartons de lave-linge ou vos barres d’immeubles toujours périphériques et oubliez à jamais ce que vous avez pu entendre proclamer concernant la liberté, l’égalité, la fraternité, le pays des droits de l’homme mais, en revanche, souvenez-vous que l’honnête homme, oui l’honnête homme, est partout chez lui sauf là où vous vous cachez mais que cet emballage dont vous vous protégez de la pluie et du froid lui appartient, comme ces poubelles que vous fouillez à la recherche de restes avariés et pourris, tout lui appartient. Se pose alors la question de savoir si, dans ces conditions, cela vaut vraiment la peine – et le mot n’est pas là par hasard – de continuer à vivre, encore que ce dernier terme soit quelque peu impropre.
Que vous existiez ou non ne préoccupe nullement l’honnête homme, son indifférence à l’égard de quiconque ne lui est d’aucune utilité et ne le menace pas pour autant est sans commune mesure avec l’intérêt qu’il porte à l’instant même à l’évolution des cours… disons de l’uranium.
décembre 2015

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L’électeur n’est pas mon lecteur

14 Décembre 2015 , Rédigé par JCD


Le suspense était hier soir à son comble, pas un seul match de foot sur quelque chaîne de télévision que ce soit, le sort de nos régions récemment recomposées se jouait à vingt heures sur les écrans et il en allait de l’avenir de la nation. Alors même que l’on servait le potage au vermicelle dans les assiettes creuses du dimanche les candidats du parti au pouvoir allaient-ils tous devoir débarrasser leur placard et laisser la place, ainsi que les médias bien informés l’avaient fièrement annoncé lors du raz-de-marée de la semaine précédente, à leurs collègues nationalistes afin qu’enfin triomphât une politique essentiellement soucieuse du bonheur des Français de souche très défavorables à la disparition du saucisson pur porc et à son remplacement par le couscous où, soit dit en passant, la merguez n’est rien d’autre qu’un saucisson famélique.
En vérité, les résultats proclamés laissaient présager un effondrement des forces socialistes nettement plus tempéré que celui promis par les politologues diplômés. Certes, la défaite s’annonçait sévère mais bien davantage au profit de la droite que de l’extrême, ce qui démontre combien les penseurs les mieux introduits dans le divertissement cathodique ont encore bien du pain, voire de la brioche, sur la planche pour convaincre avec succès l’électorat mécontent de se tourner résolument vers le fascisme, sauveur suprême de l’ordre plus ou moins républicain.
À vingt heures quarante-cinq les culottes blanches de Marthe Keller dans le meilleur film de Philippe de Broca ont remplacé pour moi la dispensable énumération des scores des uns et des autres, et je me suis ainsi épargné les prétendus débats où chaque candidat est, sans le moindre doute, venu annoncer sa victoire. On voit par là combien nous devrions exiger de chaque comédien, avant qu’il ne grimpe aux arbres, qu’il eût au moins une culotte propre.
décembre 2015

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Bien cuite la baguette, s’il vous plaît !

13 Décembre 2015 , Rédigé par JCD


Peut-être aurais-je dû m’y attendre et me préparer en conséquence mais nous sommes tous plus ou moins négligents lorsqu’il s’agit de choses trop sérieuses pour que l’on tranche dans l’instant même comme s’il y avait urgence et nous avons tendance à remettre à plus tard en se disant qu’il sera bien suffisant de s’en soucier en temps utile puisque nous sommes ici pour vivre et pour en profiter.
Pourquoi alors se gâcher l’existence, si l’on peut parler ainsi, avec de menus problèmes dont il nous faut bien admettre qu’ils sont désormais de peu d’importance, en tout cas pour ce qui me concerne, à l’heure qu’il est et compte tenu de la température qu’il fait ici. C’est vrai que j’aurais pu prévoir une petite laine, et des chaussettes car j’ai les pieds gelés, mais bon ! s’il faut s’encombrer d’accessoires pour le cas où, on n’en finit plus. J’ai connu quelqu’un qui ne sortait en aucun cas de chez lui sans s’être assuré d’avoir dans la poche de sa veste un maillot de bain, afin de n’être pas dépourvu si l’occasion devait se présenter pour lui d’aller à proximité du bord de mer avant la fin de journée. À longueur d’année il vivait à Dôle, dans le nord du Jura où l’altitude est de trois cent quarante et un mètres, ce qui, même en cas de sévère réchauffement climatique, protège ses habitants d’une brusque montée des eaux.
J’ai entendu des bribes de conversations où j’ai cru comprendre qu’il pourrait bien geler au cours de la nuit prochaine. Ce qui n’est nullement surprenant pour un mois de décembre. En vérité peu m’importe, je suis serein. J’ai juste un peu froid mais je sais qu’il fallait s’y attendre. Tout à l’heure, lorsqu’ils ont ajusté le couvercle – quatre coups de visseuse électrique et le tour était joué ! – l’un des deux ou trois employés qui étaient présents a déclaré quelque chose à propos du changement, comme quoi ce serait maintenant. Je suis mieux placé que quiconque pour le constater.
Je devine qu’ils ont soulevé la caisse et qu’ils viennent de la déposer sur des rouleaux probablement métalliques qui m’entraînent vers le fond du four. La porte se referme et presque immédiatement l’ambiance se réchauffe. Le bois s’enflamme, la fumée pique un peu les yeux. Finalement, une petite laine eût été superflue !
décembre 2015

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Si le pain est frais et croustillant

3 Décembre 2015 , Rédigé par JCD


On a beaucoup médit sur le terrorisme. Lorsqu’il s’exerce hors de nos frontières il parvient à susciter quelque émotion jusqu’en certains milieux particulièrement bien informés, sans toutefois mobiliser les foules qui, dès lors qu’un événement se produit légèrement à l’écart du trajet quotidien de chacun, ont bien d’autres soucis que celui qui consisterait à s’intéresser au sort d’individus constituant ce que l’on nomme, certes un peu hâtivement, des étrangers. Il s’agit pourtant d’une situation à laquelle nous échappons difficilement, sauf à ne quitter sous aucun prétexte, fût-il particulièrement excitant, son fauteuil confortable d’où l’on peut suivre avec un très vif intérêt les évolutions quelque peu désordonnées, et même parfois incohérentes, d’une mouche cherchant à retrouver l’issue par où elle est entrée dans la pièce l’instant précédent, lorsque la fenêtre était ouverte pour un renouvellement rapide de l’air ambiant avant l’explosion de la totalité de l’immeuble.
Dès lors que ce type d’incident se produit, disons dans le canton de Bâle, l’habitant moyen de Savigny-sur-Orge s’en étonne peut-être un peu mais fort brièvement et n’en continue pas moins ses mots croisés, surtout s’il est persuadé d’avoir sans effort excessif trouvé le mot de quatorze lettres correspondant idéalement à la définition suivante : Arbeit macht frei (1).
Si ladite explosion a lieu à Savigny-sur-Orge, et pourquoi pas dans la rue, voire dans l’immeuble même où l’homme était précisément en train d’écrire le mot de quatorze lettres, il y a fort à parier que l’individu en question manifestera une contrariété parfaitement compréhensible, bien que temporaire puisque l’effondrement du pâté de maisons ne lui aura pas permis de vérifier si, profitant de l’ouverture inopinée de la porte, la mouche n’aurait pas saisi l’aubaine pour s’en aller voir ailleurs si j’y suis. Mais rien n’est moins certain car l’existence est confrontée à un nombre ahurissant d’impondérables.
On voit par là, quand la poussière des gravats est un peu retombée, combien la localisation d’un attentat peut revêtir un caractère éventuellement traumatisant pour quiconque n’aura pas été prévenu au préalable afin qu’il rangeât soigneusement son crayon-gomme-spécial-motscroisés avant l’explosion et prît soin, dans un même élan, d’ôter ses lunettes pour ne pas risquer de récolter quelque blessure au visage et même possiblement de perdre la vue. Dans la plupart des cas, seul l’exécutant est correctement informé du lieu exact où il doit opérer et il n’y a là rien qui ne soit que très compréhensible puisque, dans le cas contraire, il est à craindre que le nombre d’innocentes victimes s’en trouverait singulièrement minoré. Or, ce n’est nullement le but recherché et il n’est pas nécessaire, ni même indispensable d’avoir fait Sciences Po pendant plus de six mois pour le comprendre.
Naturellement, lorsque l’attentat se produit à Savigny-sur-Orge les bienheureux habitants de Bâle, dont la curiosité n’est en rien inférieure à celle de n’importe quel animal domestique enfermé dans le placard à balais depuis une semaine, se réjouissent du fait que les terroristes s’en prennent plutôt à l’étranger, car nul être humain n’aime particulièrement faire l’objet d’une attention particulière de la part d’individus réputés malveillants, alors qu’il existe tant de bonnes raisons d’aller faire ce genre d’exploits ailleurs. Sans vouloir pour autant stigmatiser les Saviniens et Saviniennes. Lesquels, soit dit en passant, affirment n’avoir aucune animosité tranchée à l’égard des Bâlois et Bâloises.
L’intérêt que perçoivent immédiatement les autorités se déclarant seules compétentes en terme de sécurité s’affirme dans la décision quelque peu autoritaire bien qu’approuvée par les populations possiblement traumatisées de rétablir illico presto un état d’urgence permettant à tout un chacun de recouvrer sa lucidité afin de dénoncer sans attendre le premier terroriste venu dont le culpabilité à l’évidence saute aux yeux. Rassuré d’avoir rempli son devoir sans barguigner et même avec célérité, le citoyen exemplaire se rend en toute hâte avant le couvre-feu chez Pierrette Gourdiflot dont les pieds et paquets façon Gourdiflot sont connus jusqu’à Viry-Châtillon pour cet arôme spécifique qui n’est pas sans évoquer – Orly est à deux pas – le kérosène.
Tous les médias s’interrogent et font appel à leurs philosophes et sociologues habituels afin de tirer les choses au clair : des ignobles terroristes, du pouvoir répressif dont le sens aigu de la prévention n’aura échappé à personne et des médias eux-mêmes, qui terrorise le plus et le mieux, c’est-à-dire le plus efficacement ? En attendant de bientôt commémorer on rend hommage. Les victimes, fussent-elles en nombre relativement restreint mais néanmoins toujours suffisant, fournissent un excellent prétexte. On en appelle à l’unité nationale, les cotes de popularité remontent, Rouget de Lisle repasse en tête du top 50 et les couturières spécialisées dans le tricolore font des heures supplémentaires, on évoque la possibilité d’une sorte de service lui aussi national tout en le compensant par une déchéance de la nationalité qui ne saurait affecter bien sûr les étrangers – le pouvoir a ses limites –, on rétablirait volontiers la peine de mort, on ferme les frontières aux individus ordinaires mais la libre circulation des capitaux et des crapules est préservée, l’honneur est sauf, ou du moins ce que ces gens-là nomment ainsi. Chaque dieu reconnaîtra les siens.
On a beaucoup médit sur le terrorisme sans toutefois se poser les vraies bonnes questions :
Pourquoi existe-t-il des terroristes ? Vraisemblablement pour contrarier ceux qui ne le sont pas. Par ailleurs, s’il existe par exemple des banquiers pourquoi n’y aurait-il pas des terroristes, car dans une économie de marché il faut bien que tout le monde vive.
Pour quelle(s) raison(s) ceux-là ont-ils surgi un beau matin en Irak avant de s’installer également en Syrie et maintenant en Libye ? Après que les glorieux serviteurs de Bush père et fils and Co aient débarrassé l’Irak du méchant Saddam Hussein la place était libre et le pétrole à disposition, il suffisait de se servir.
Pourquoi leurs sergents recruteurs viennent-ils faire leur marché dans ce que nous sanctifions du nom de démocraties ? Probablement parce que nous proposons l’un des meilleurs dispositifs post-attentats et que, lorsque les choses se déroulent normalement, personne n’en sort vivant. En outre, il est rassurant et confortable de pouvoir s’appuyer sur du personnel local qui dispose d’une connaissance généralement bonne du terrain. On a bien vu le ridicule dans lequel sombraient jadis nos pauvres soldats du contingent obligés de demander au premier venu : Hé ! bougnoule, c’est par où la casbah ?
Enfin, ne serait-il pas enfin temps de s’interroger sur la pertinence de ce tutoiement propre à nos forces de police alors même qu’un tel excès de familiarité crée des liens obligeant le terroriste que l’on invite pour l’apéro à ne jamais venir les mains vides. À la première explosion on invoque le champagne, mais à la seconde…
Quant à l’argument religieux, souvent avancé par les plus fins de nos analystes, relativisons-en la portée ! Ces pratiques ne sont pas des plus originales, chaque dogme emprunte au voisin, avec des variantes plus ou moins subtiles. Chacun prétend évidemment que le sien est le seul qui convienne, non seulement à lui-même mais à l’humanité tout entière, ce qui ne manque pas d’alimenter la contradiction. Alors qu’il suffirait de se taire et de se retirer dans sa tanière pour lire, écouter un peu de musique, écrire quelques lignes ou ne rien faire du tout, en adoptant avec naturel un air idiot seul capable de décourager l’autre que, poussé par un vieux fond de coupable sociabilité, on aura invité à entrer. Chaque doctrine induit l’endoctrinement, d’une manière ou d’une autre, et si la brutalité est nécessaire allons-y pour la brutalité et le vacarme. Retirons-nous, moi et moi, loin des foules qu’il faudra convaincre de leur vulnérabilité.
Je choisis de ne compter que pour du beurre, ce n’est pas si mal si le pain est frais et croustillant.

1. Principalement. Mais il s’agit néanmoins d’un concept qui s’est, depuis lors, beaucoup exporté, au-delà même de ce que l’on nomme la communauté européenne.
décembre 2015

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