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Soit dit en passant

Le dieu des ivrognes n’existe pas davantage qu’un autre

13 Août 2016 , Rédigé par JCD

À Pierre Autin-Grenier,

en souvenir de la première fois où j’ai lu
Toute une vie bien ratée.

Faut-il vraiment continuer de croire en Dieu, s’était demandé un peu abruptement ce matin-là le curé de Nasbinals en descendant la côte qui allait le mener jusqu’au petit cimetière pour sa visite hebdomadaire. Déjà la veille il s’était posé la question comme d’autres s’interrogent sur le fait d’être nés et d’avoir toujours vécu à Villeneuve Saint-Georges ou, plus prosaïquement, à propos du prix des endives qui n’en finit pas d’augmenter, mais qu’est-ce qui n’augmente pas ? Il s’immobilisa un instant devant la tombe de Madame Souchon, presque entièrement recouverte de splendides bégonias et eut une pensée pour Monsieur Pierre, maintenant Lyonnais mais qui n’en demandait pas tant.
Lorsqu’un ecclésiastique se montre à ce point dubitatif on peut légitimement s’inquiéter de savoir s’il n’est pas quelque peu déraisonnable de s’en aller par convois entiers se conglomérer à Lourdes en plein mois d’août, quand bien même les autorités auraient-elles rassemblé en ce point précis l’essentiel des forces de sécurité, au risque de négliger le grand nombre d’imbéciles certes bien peu chrétiens mais néanmoins réunis quotidiennement sur la promenade dite improprement des Anglais, dont on sait désormais que viennent y végéter nombre de petits actionnaires des fonds de pensions afin d’y déguster leurs pâtisseries meringuées à la Chantilly sous la seule protection d’un parasol Ricard et fort peu soucieux du danger qu’il y a à traverser certains jours la chaussée hors des passages pour piétons.
Que le curé de Nasbinals s’interroge ainsi durant les JMJ, passe encore, mais pendant les JO frise l’incongruité quand on sait l’importance de Dieu dans les compétitions, aucun chef d’État un peu responsable ne me contredira, Hitler et Bush père et fils en sont un bel exemple. Ni l’un ni l’autre ne se seraient embarqués dans de telles aventures sans la protection du Très-Haut, comme dirait l’illustre Bobin. Sachons toutefois nous montrer charitables, et même compréhensifs : Louis-Anselme Pudépier, issu d’une famille de bergers du Larzac, avait été fort déçu et même quelque peu amer lorsqu’il découvrit, sur le tard il est vrai, de troublantes accointances entre son Dieu à lui et Ses collègues juifs et musulmans. Accointances qui relevaient parfois de la plus vile compromission, lors de combines et marchandages où le sordide l’emporte sur l’honnêteté. Le brave homme se surprit à douter et sa foi en prit un coup. Il se mit à boire et c’est son foie qui à son tour se délabra.
Il hésita un moment à entrer aux Jeunesses communistes mais renonça, l’heureux temps où Waldeck-Rochet, Maurice Thorez ou Jacques Duclos galvanisaient les adhérents était bien passé. Et puis son pote Raoul, qui militait avec les écolos, lui fit comprendre qu’à soixante-dix-huit ans il était un peu tard pour les Jeunesses, communistes ou autres. Il sifflait ses deux à trois litres par repas mais comme il n’en prenait qu’un et ne quittait la table que pour le lit, le volume de liquide englouti n’était pas considérable.
Ce mercredi 2 novembre, en fin d’après-midi, il enfourcha son vélo, bien décidé à aller voir les bégonias de Madame Souchon. Depuis les dernières vendanges il était passé à quatre litres et somnolait quelque peu en descendant la côte sans freiner. Il s’écrasa contre le mur du cimetière sans avoir revu les bégonias, lesquels avaient triste mine. Il avait gelé la veille.
août 2016

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Abréger serait s’épargner les redites

9 Août 2016 , Rédigé par JCD


Assez souvent désormais je me demande si ça va durer encore longtemps. J’admets qu’il n’existe pas de raison valable justifiant que cela s’interrompe, encore que, mais on ne sait jamais. D’ailleurs Louis, qui est abonné à Point de Vue-Images du Monde et à L’Équipe, est rigoureusement évasif sur ce sujet. Ce qui, en vérité, ne prouve rien. Certes, Pierre Mendès-France ne l’avait-il pas lui-même laissé entendre, à moins que ce ne fût Gino Bartali ? Ils se ressemblent tous. Bien sûr, c’était dans les années soixante mais qui nous dit que, les choses étant ce qu’elles sont, nous ne pourrions pas être surpris en dépit du fait qu’en toute logique nous devrions nous y attendre ? D’incorrigibles optimistes soutiennent que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, qu’il n’y a pas lieu de dramatiser, d’en faire une montagne et qu’on en a vu d’autres, et patati et patata… Devons-nous nous réjouir ou, à tout le moins demeurer sereins, face à une telle incertitude ; l’homme du vingt et unième siècle est en droit d’attendre des informations précises et aisément vérifiables, nous avons maintenant dépassé l’ère des approximations et autres éventualités totalement sujettes à caution. Naturellement qu’il existe une part d’impondérables, qu’il faut compter avec l’inopiné et, ajouteront les cyniques, que c’est là ce qui fait le charme de l’existence. Néanmoins, à l’heure où la Science ne cesse de progresser au point d’être dorénavant en avance sur elle-même n’eût-il pas été souhaitable que nous sussions si un tel état de fait devait perdurer – ainsi qu’aiment à dire à tout propos certains crétins prétendument journalistes et en vérité simples commentateurs d’images cathodiques complètement dépourvues du moindre intérêt – perdurer disais-je ad vitam aeternam ? Parce que, entre nous, l’éternité est une belle fumisterie et j’en connais un qui l’estimait inutile. Pour quelle raison forcément perfide continue-t-on à nous gaver de bobards insanes, pourquoi nous rabâche-t-on inlassablement d’ouvrir la bouche, les yeux et les oreilles pour faite plaisir à Machin ou à Truc ? Ne peut-on s’interroger sur la liberté accordée à quiconque d’écrire et de publier absolument n’importe quoi, au risque pourtant majeur que de telles inepties ou incongruités soient ensuite lues, et peut-être même comprises dans les cas extrêmes, par le premier imbécile venu susceptible d’en vouloir partager la substantifique moelle avec le deuxième imbécile venu, ne le peut-on petit patapon ? Surtout lorsqu’on sait qu’il en existe un troisième et un quatrième et qu’ainsi nous serons bientôt sept ou huit milliards de nuisibles – je ne sais plus et quelle importance y aurait-il à savoir le nombre exact ? Nous avons coutume d’affirmer un peu péremptoirement qu’il faut que tout le monde vive, en est-on bien certains ? Ne nous sommes-nous pas déjà dans le passé, même récent, abandonnés à une complaisance néfaste en arguant de la compassion la plus criminelle, sous le fallacieux prétexte qu’elle fût chrétienne, en faveur de chanteuses ou chanteurs de variétés dont par pudeur nous tairons les noms ? N’avons-nous point encouragé l’obscène réussite de pseudo-sommités artistiques ou littéraires au motif qu’elles n’étaient pas plus stupides que n’importe quel ministre, sportif de haut ou bas niveau, voire d’un quelconque chef d’État ? Pouvons-nous sans que la honte n’empourpre ce beau – il s’agit d’une figure de style – visage délabré par les ans revendiquer notre appartenance à cette espèce qui nous serait commune dès lors que celui-ci ou celle-là circule dans une automobile décapotable en usant d’un téléphone portable le temps d’immortaliser quelques selfies ? Non, le vase d’ennui est plein, le vider est nécessaire, puis passer la serpillère et tirer la chasse. La curiosité la plus malsaine a ses limites qu’il faut savoir respecter, notamment quand on ne parvient même plus à vomir. À quoi bon toutes ces questions, ces vaines interrogations comme pour laisser deviner que nous nous y intéresserions ?
Allons, il est temps d’en finir, que le plus ambitieux donne l’exemple ! Je promets d’applaudir.
août 2016

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Sois sage, ô ma Douleur…

3 Août 2016 , Rédigé par JCD


Un jour prochain – espérons-le aussi lointain que possible – je serai sage. Certes il s’agit d’une sagesse supérieure, une sorte de grâce un peu évanescente qui vous domine le crétin excité de toute sa superbe. Rien à voir évidemment avec ce que l’on attend, exige, du marmot trépignant, qui gambade en poussant des hurlements de kamikaze sur le sentier de la guerre dans la salle d’attente du dentiste chargé dans un instant de lui faire passer le goût du pain, ou plus exactement des friandises sucrées. Sois sage, lui répète sa pauvre mère impuissante qui d’ailleurs n’ose plus le frapper de peur d’être dénoncée par ses voisins de palier, lesquels appartiennent à une association de protection de l’enfance que dirige, sous pseudonyme, le célèbre cardinal Barbarin.
Un jour, je serai sage. C’est-à-dire que je serai parvenu à cet état extatique qui inspire le respect à n’importe quel imbécile dès lors que ledit sage affirme sans violence aucune que les choses sont ainsi parce qu’elles ne sauraient être autrement. C’est imparable, allez donc tenter de le contredire, ou même simplement d’émettre le moindre doute, il vous regardera de toute sa hauteur savante, sans même vous voir bien entendu, puisqu’il n’a nul besoin de prouver quoi que ce soit. Les preuves, c’est bon pour les commissariats de police, les tribunaux, ici nous parlons d’évidences. C’est ainsi. Amen ! ajoutera n’importe quel cardinal, ou son imitateur.
Le sage est passif, c’est de là qu’il tient cette aura qui lui vaudra immédiatement une place assise dans n’importe quelle rame de métro à six heures du soir. Sans même demander. Encore que le sage ignore le métro qui est un mode de transport alors que lui-même ne cède à aucuns transports. Le sage est satisfait, en toutes circonstances, non seulement il ne participe de quelque façon que ce soit à une quelconque manifestation pour ou contre ceci ou cela, mais jamais il ne se manifeste, il est l’archétype apothéotique du renoncement.
D’aucuns prétendent que c’est au terme d’un rude combat contre soi-même et ses impulsions que l’on peut espérer atteindre la sagesse, on perçoit là toute l’erreur tellement répandue d’un raisonnement fondé sur le désir, la volonté, l’action. Rien n’est plus inepte puisque toute notion d’effort est, dans cette perspective, à proscrire. On peut accéder à une sagesse fourbe qui n’est en vérité que résignation dont l’hypocrisie n’est pas à exclure, ce qui démontre combien le fameux sage dont on nous vante la sérénité avec tant d’admiration béate n’est en fait qu’un modeste faux-cul plus ou moins chauve qui a réussi.
Un jour je serai sage, mais ça n’en prend pas le chemin.
août 2016

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