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Soit dit en passant

Le 18 novembre, ça s'arrose !

18 Novembre 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 

 

 

 


Ce matin, à l’heure approximative où l’honnête homme s’apprête – pour peu qu’il ne se soit déjà détourné de l’essentiel – à sacrifier au rituel immémorial de l’apéro, je trouve dans ma boîte aux lettres un courrier qui m’était nommément destiné mais néanmoins expédié par l’institut Curie dont il me plaît ici de rappeler que nous devons à Marie la découverte du radium et du polonium sans lesquels le cancer ne serait pas tout à fait ce qu’il est. Mon étonnement, pourtant bien naturel, est sans doute dû au fait que je n’entretiens nulle relation privilégiée avec cette probablement honorable confrérie et, obéissant à ce réflexe coutumier, je tends le bras vers la corbeille à papiers pour y déposer intact le message vraisemblablement contenu dans cette enveloppe sur laquelle sont imprimés en rouge vermillon (les vulgaires ont coutume d’utiliser le terme rouge sang alors que le précieux liquide peut être bleu dans les beaux quartiers où s’interdit de baguenauder le commun des mortels) les premiers mots d’un vaste programme à la fois social et comminatoire : Ensemble, luttons chaque jour contre le cancer ! À l’intérieur de ladite enveloppe je prends connaissance des termes de l’injonction qui m’est personnellement destinée puisque j’ai l’honneur d’être sacré donateur aussitôt que j’aurai choisi le montant de mon soutien qui peut démarrer, assez modestement je le reconnais, dès trente euros jusqu’à soixante-dix ou davantage si mon ambition à sauver le monde me le permet.
Comme je l’avais indiqué préalablement l’apéro n’attend pas et je suis très attaché à ce genre de coutumes qui font la fierté d’un peuple peu enclin à ce qu’on lui dicte ses priorités lorsqu’il s’agit de respecter cet esprit de solidarité au nom de quoi l’homme, si honnête soit-il, ne saurait renoncer à partager avec presque le premier venu le verre inaugural de la journée. La plupart du temps je suis contraint d’aborder cet instant de méditation sans la présence quelquefois réconfortante d’un autre déshydraté lui-même à la recherche de qui lui offrira la première tournée. L’absence du moindre poivrot alors qu’il fait à peine jour n’est pas pour me saper le moral, il existe bien d’autres motifs susceptibles de pousser le moins courageux des autochtones à se suicider sans tarder mais il faut savoir faire front et se montrer inflexible lorsqu’il s’agit de dompter ses incertitudes. Je débouche une bouteille de blanc d’Oingt dont l’acidité subtile enchante, en même temps que mes papilles, la mélancolie d’une matinée dont on ignore encore de combien de morts les journaux du jour sauront saluer l’empressement à libérer un espace déjà sursaturé. De là où je suis, concentré sur l’extinction programmée des dernières sauterelles bientôt anéanties par une surdose de glyphosate j’ignore tout du monde en train de s’exterminer en souriant parce que ça fait plus joli et donc plus vendeur sur le photo du mariage entre Monsanto & Bayer.
Mais, au risque de sauter du coq à l’âne (ce qui pourrait perturber l’esprit cartésien de n’importe quel chef ou sous-chef de gouvernement déjà endommagé par la réforme des retraites – sauf les leurs –) revenons donc au sujet qui nous préoccupe alors même que les premières pluies acides en provenance de Flamanville immunisent de manière drastique les occupants de l’élevage aux cent dix-mille poulets que l’on vient tout juste d’inaugurer, au risque donc de passer par profits et pertes les courageuses initiatives visant à normaliser les prétendus régimes spéciaux à la SNCF, concentrons-nous sur l’institut Curie afin de prendre le cancer de vitesse grâce à mes trente euros (ou davantage si je ne sais vraiment pas quoi faire de tout cet argent bel et bon que me versent mes innombrables caisses de retraite sous réserve des effets d’une réforme tendant à rétablir une plus juste égalité entre les différentes couches de l’humanité, ainsi qu’il est inscrit au fronton fes mairies).
Pour vous avouer toute la vérité, personnellement le cancer je n’y crois pas. J’en ai déjà eu au moins  deux ou trois et je n’en suis pas mort. Et mon camarade de combat Claude Seignolle a su attendre avec panache  d’avoir franchi la ligne d’arrivée du centenariat pour renoncer à supporter davantage les babillages des imbéciles plus ou moins prétentieux qui gravitent autour de nous à seule fin de nous polluer l’atmosphère (merci encore à Arletty d’avoir annobli le mot et son sens).
Car on ne lutte pas contre le cancer, à quoi bon puisqu’il sait se montrer patient, lui. Nous voulons tout, tout de suite et nous devons nous satisfaire le plus souvent d’ersatz dont nous ignorons l’origine et l’efficacité, un authentique cancer, de première main cela va de soi, ne s’acquiert pas comme ça, du jour au lendemain, sans que l’on y mette un peu du sien. C’est un peu comme la légion d’honneur, cela se mérite. Je me suis servi un deuxième verre.

18 novembre 2019

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2 Novembre 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

La mort  est la seule réponse
crédible à nos interrogations

 

 

 

 


Au risque de passer pour un sinistre rabat-joie, ce dont j’ai l’habitude et ne m’en plains même pas, il me semble plus que nécessaire de redire ici et une fois encore combien le propos de Stéphane Hessel exhortant chacun à s’indigner a bien peu perturbé les certitudes insolentes des criminels qui gouvernent aujourd’hui le monde. Car ces gens-là, voyez-vous, n’ont que foutre du sort des uns et des autres dès lors que les choses se passent tout à fait à leur convenance, c’est-à-dire à leur avantage (qui mériterait bien le pluriel tant ils sont nombreux et particulièrement juteux). J’ai ouï-dire de la part des concernés qu’il s’agirait d’une sorte de ruissellement.
Mon collègue de bureau Jean Klépal semble vouloir croire que nous ne puissions accepter de crever sans nous battre, quand bien même l’espoir serait mince, sinon nul, de sauver ce que l’on nomme la vie ou ce qu’il en reste. Qu’espère-t-il le bœuf engraissé aux farines animales que l’on conduit vers l’abattoir à coups de pieds dans le ventre ?
Surtout n’admettre aucun compromis, refuser, exiger des comptes rendus, soutenir, dénoncer, être radical, intransigeant, dit-il et il donne l’exemple du maire de Langouët qui prit un arrêté contre l’épandage des produits phytosanitaires près des habitations. Lequel arrêté fut aussitôt annulé par décision de justice. Indignons-nous donc, à moins qu’il ne nous faille sortir nos mousquets comme aux plus belles heures de la Commune.
Certes certes, il en a toujours été ainsi et les choses ont toujours fini par s’arranger clament les incorrigibles optimistes à qui l’on a fait croire que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à la frontière. Et celui de Flamanville il s’est arrêté où ? Mais vous savez bien, pauvre imbécile de défaitiste que les réacteurs  EPR sont sous contrôle, me rétorque-t-on derechef puisque je n’en suis pas à ma première tentative de démoralisation des peuples soucieux de leur indépendance énergétique.
Je ne conteste nullement qu’il convient d’entreprendre quelques essais afin d’affirmer avec force et détermination notre volonté de savoir si le machin fonctionne correctement ou non. On ne fait pas d’omelette… On n’a pas inventé la pénicilline du jour au lendemain sous prétexte que le bon docteur Fleming cherchait à faire son intéressant pour séduire la crémière de son quartier dont il admirait le talent avec lequel elle réussissait sa crème Chantilly. En 1929. Je ne sais si vous vous rendez bien compte du nombre de panaris qui nous ont ainsi été épargnés et nul ne peut ignorer combien l’épargne est le principal fleuron de l’admirable libéral-fascisme sans lequel nous ne vaudrions même pas la corde pour nous pendre.

2 novembre 2019, jour anniversaire des Défunts

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