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Soit dit en passant

À table, la soupe est servie !

27 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


Nos prédécesseurs ont dépensé une louable énergie à nous confectionner toute une succession de proverbes, dictons, maximes et autres aphorismes qui s’avèrent quelquefois bien pratiques lorsqu’on souhaite s’attribuer le mot de la fin. D’aucuns ouvrent de vastes possibilités comme par exemple : Qui sème le vent récolte la tempête, car nul ne sait véritablement qui est à l’origine de ce doux zéphyr qui soulève les jupes des filles sans que la moindre tempête ne se déchaîne illico. D’autres sont éminemment contestables tel celui-ci dont on peut vérifier chaque jour la fausseté : Bien mal acquis ne profite jamais. S’il en est un que l’on cite plus que rarement c’est bien celui inventé par Auguste Blanqui et l’on peut en effet comprendre pourquoi. Qui fait la soupe doit la manger. Voilà qui n’est pas banal si l’on considère le temps qui s’est écoulé depuis que l’homme a inventé l’esclavage, alors que le pauvre Blanqui (1805-1881) n’était même pas né. Il semble en effet que personne jusque là n’avait perçu l’évidence d’un tel propos. La meilleure preuve en est qu’aujourd’hui, bien des années plus tard après qu’il l’eût choisi pour titre d’un article (1834) destiné au journal Le Libérateur, ce ne sont toujours pas celles et ceux qui font la soupe qui la mangent.
Bien entendu, si le bienheureux salarié dispose d’un emploi, à qui le doit-il ? Mais, inversement, si le très bienheureux employeur n’avait à sa disposition un ou plusieurs salariés, qui donc ferait le boulot ? Lui ?
Dans ce texte de quelques pages Blanqui note avec gourmandise : Axiome : la nation s’appauvrit de la perte d’un travailleur ; elle s’enrichit de celle d’un oisif. La mort d’un riche est un bienfait. Ce ne sont certes pas là propos d’un social-démocrate du vingt et unième siècle, quand bien même celui-ci se serait fait élire, démocratiquement, en se réclamant de la pensée socialiste, tout comme Blanqui lui-même. On voit par là combien les mots ont un sens, une signification parfois extrêmement précise. Bien sûr, il y eut depuis lors l’abolition de l’esclavage, dans le sens où l’on a renoncé à fouetter l’ouvrier ou l’employé afin d’obtenir un meilleur rendement ; désormais l’employeur invite certains des siens (car ils lui appartiennent) à faire du saut à l’élastique ou à partir en vacances à la neige en espérant qu’ainsi ces derniers s’épanouissent sur leur lieu de travail, quitte à délocaliser son entreprise le mois suivant l’annonce de ce démocratisme.
Il n’empêche que dans l’intervalle est arrivé l’actionnaire, lequel décide du sort de ladite entreprise, surtout si celle-ci est multinationale, et de son personnel. La mort d’un riche est un événement fort rare, le suicide de tel ou tel salarié infiniment plus courant et les petits agriculteurs n’y échappent pas eux-mêmes, bien au contraire.
Fabrice Millon, l’éditeur de ce petit joyau, a eu la bonne idée de le compléter par un autre texte de Blanqui daté de 1868 intitulé Instructions pour une prise d’armes destiné a donner quelques conseils d’organisation en termes d’insurrection populaire. Karl Marx déclara, après la Commune de Paris, que Blanqui était le chef qui a manqué à la Commune. Encore un enragé !

Auguste Blanqui. Qui fait la soupe doit la manger, suivi de Instructions pour une prise d’armes. D’Ores et Déjà éditeur.
septembre 2016

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À certains moments, je crains la mort

24 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


La veille ou l’avant-veille, au terme d’une conférence dédiée à Saint-Just, nous nous restaurions dans le jardin des hôtes qui avaient eu la courtoisie d’accueillir en leur demeure un groupuscule d’individus, mâles et femelles plus ou moins mélangés, singulièrement attirés par les propos d’un personnage que nos actuels politiciens véreux ne manqueraient pas de faire embastiller, le condamnant à la réclusion à perpétuité pour apologie du terrorisme révolutionnaire, s’étant eux-mêmes, dans un instant de frénésie libérale, privés du droit à user de la peine de mort au gré des humeurs de chacun. La nuit était fraîche et je regrettais de m’être un peu frivolement vêtu, comme si j’avais pu croire un instant que le dérèglement climatique avait prolongé le mois d’août et ses outrances caniculaires au-delà des limites généralement admises alors que l’employeur modèle, que le concept des congés payés chagrine ou révulse, calcule depuis une quinzaine de jours le nombre d’esclaves auxquels il compte rapidement rendre leur liberté afin que la gestion de son entreprise demeure délicieusement profitable et que le personnel vaque ainsi à ses travaux personnels de rebouchage des trous avant que son propriétaire ne le foute à la porte. En bref, je me les gelais et pris subitement conscience de mon insupportable vulnérabilité : en vérité, à certains moments de mon existence, je crains la mort.
D’aucuns ricanent et semblent avoir opté pour un au-delà de béatitude sachant, sans même s’y être rendus pour jeter un coup d’œil, qu’il n’y a rien craindre et que cela valait la peine d’attendre. Nul ne m’ôtera de l’idée qu’il n’y a là-bas très probablement rien à boire de buvable, il paraîtrait – ce sont certes des racontars et je ne m’y fie guère – que nous n’aurons plus jamais soif. C’est en quelque sorte comme aller au restaurant sans avoir vraiment faim. Ce qui me fait penser à cette histoire des soixante-dix-mille vierges – ha ! on me fait remarquer, assez grossièrement je dois dire, que c’est soixante-dix et non soixante-dix-mille, du coup l’offre est nettement plus mesquine, et en plus il faut être musulman. Pourquoi pas archidiacre afin de se gaver d’hosties et de crétins encore imberbes ! Il n’empêche, soixante-dix houris (la liaison est indispensable et le h ne s’aspire pas, lui) il faut commencer tôt le matin, mes chats eux-mêmes n’ont pas un tel appétit. C’est assez dire si le temps risque d’être long durant certains mois et je me demande si les vierges sont renouvelables lorsqu’elles ne le sont plus, sinon il y aurait comme une supercherie et tromperie sur la marchandise en quelque sorte. Toutefois, n’ayant à ce jour pas encore adhéré à quelque foi que ce soit, fût-elle musulmane avec tous les avantages y afférents, je crains la mort et je me méfierai désormais de ces garden-party alors que la température ambiante n’est pas sans évoquer la fameuse retraite de Russie dont Hugo lui-même, envoyé par l’AFP, nous narrait il y a peu l’ignominieuse horreur tout en s’attendrissant sur le bonheur d’être grand-père qu’il disait être un art. Mais je m’égare, reconnut-il également en descendant du TGV à Saint Lazare en raison d’un changement inopiné, et donc imprévisible, à Garmisch-Partenkirchen dont les deux villes furent contraintes de fusionner en 1935 sur un caprice du führer qui, pour des raisons d’ego surdimensionné, n’aimait guère Napoléon. Et Churchill dont les cigares puaient, disait-il alors que lui-même ne sentait pas toujours la rose lorsqu’il revenait d’une tournée d’inspection qui l’avait conduit de Dachau à Ravensbrück en passant par Mauthausen avant une halte au Vatican. Mais je m’égare, ne cessait-il de répéter lui aussi.
Fort justement Saint Just n’affirmait-il pas que L’art de gouverner n’a produit que des monstres. Le processus est hélas inéluctable, les monstres d’aujourd’hui se prévalent d’être tous plus ou moins démocrates, ils ne sont plus systématiquement élus ou nommés à vie mais savent néanmoins en conserver les avantages et les transmettre à leurs ayant droit, les privilèges n’ont été abolis qu’en apparence et, quand bien même nous ne leur donnons plus du Monseigneur dès que l’occasion nous en est offerte, la monarchie poursuit son règne dans un accoutrement qui se prétend républicain, principalement le quatorze juillet. Leur arrogance se passe assez bien de jabots de dentelle ; leurs fortunes, affichées et/ou cachées, disent clairement l’idée qu’ils se font de l’usage de ces trois mots arborés au fronton de leurs édifices publics comme à celui de leur papier à lettres ; lorsque le temps s’annonce exagérément caniculaire ils filent se mettre au frais, lorsqu’il menace de se faire outrancièrement froid ils s’en vont là où où l’air est douillettement chaud, dans de telles conditions comment voulez-vous que je ne la devine pas occupée à rôder autour de moi ?
septembre 2016

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Je me suis laissé dire que le jardin est très beau

17 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


La distance peut s’avérer parfois considérable entre l’intention et son accomplissement, déclarait – ce sont là des on-dit non vérifiés mais il y en a bien d’autres – au soir de sa vie un Autrichien de naissance qui semblait s’abimer dans une amère déception alors qu’il avait tout pour réussir et une moustache assez originale. Être déçu est hélas le privilège de quiconque espère. Bien que nous n’ayons que fort peu de points communs Adolf et moi, j’ai dû moi aussi faire ce constat après m’être rendu à Aix-en-Provence afin d’y voir l’exposition consacrée au sublime Turner. L’Hôtel de Caumont Centre d’art ne devait pas manquer de prestige pour ceux-là qui y vécurent, en faire un Centre d’art me paraît relever d’une erreur de casting. Quant à y accueillir pour la présenter au public la «prestigieuse» exposition dédiée à William Turner il s’agit là d’une arnaque, tout simplement. Cent trente œuvres de l’artiste dont certaines n’avaient encore jamais été exposées en France, déclare le commissaire de l’exposition qui omet de s’interroger sur la raison. Le plus souvent mal éclairées et confinées dans des espaces exigus où s’entassent de trop nombreux visiteurs interdisant par leur stagnation bavardeuse l’accès visuel aux pièces de petite taille, l’impression générale est de visiter un trois ou quatre pièces sans la cuisine où l’on communique par des couloirs et des escaliers de service. On est loin du Grand Palais en 1983 où le volume des salles était à la mesure du travail de l’artiste. Ajoutons encore que s’il y a en effet probablement (car je n’ai pas fait le décompte) 130 œuvres il y a surtout beaucoup de petits dessins, gravures et aquarelles et fort peu de grandes toiles. Le travail sur la couleur de Turner y est certes visible mais ô combien plus impressionnant, éblouissant, abouti dans des formats plus importants qui démontrent avec des moyens de peintre son intérêt pour la lumière. À l’exception de quelques chefs-d’œuvre connus et souvent cités (Matin glacial ou Le Déluge) on reste sur sa faim, sauf pour qui souhaite se crever les yeux afin d’apercevoir tous ces travaux préparatoires qui n’auraient jamais dû quitter l’atelier de l’artiste (je me remémore cette exposition de cahiers d’écolier sur les pages desquels Giacometti gribouillait n’importe quoi au stylo bille et que l’on est allé exhumer on se demande bien pourquoi).
Je conçois parfaitement que l’on ait consacré la plus grande salle (la seule en dehors de celle servant de garde-meuble aux ex-occupants des locaux, j’imagine car je ne suis pas allé visiter, n’étant point venu pour ça) la plus grande salle, disais-je, au service documentation, il n’existe pas de petits profits et un centre d’art, à défaut de vendre des Turner, peut toujours proposer son rayon librairie. Me semble par ailleurs pour le moins incongru l’accrochage dans un des escaliers d’une dizaine de tirages photographiques dont on ignore s’ils sont l’œuvre de la femme de ménage affectée à l’entretien de l’établissement ou d’une improbable héritière de Joseph Mallord William Turner. À moins qu’il ne s’agisse des restes oubliés d’une exposition précédente…
Turner offrait pourtant une très belle occasion de montrer de la peinture en des temps où les mercenaires de l’art contemporain se sont reconvertis en installateurs pour qui leurs agents devraient se soucier de d’offrir à ces créations des lieux qui soient enfin en accord avec la modernité de leur travail, tels que chantiers de construction d’immeubles, plateformes de fracturation hydraulique, fermes-usines pour élevage intensif, aéroport implanté en zone humide, cimetières affectés à l’enfouissement de déchets nucléaires, autant d’espaces où les génies de demain pourraient enfin s’exprimer librement et offrir au public in situ le produit de leur travail, libérant ainsi les musées et autres institutions essentiellement vouées à la conservation et à la monstration d’œuvres d’une autre époque.
Vendu pour un prix convenable à quelque émir soucieux d’investir dans la pierre, l’Hôtel de Caumont Centre d’art retrouverait peut-être ainsi sa destination première, un logement assez spacieux pouvant accueillir une famille de migrants en route vers l’Angleterre où sont conservés de très beaux Turner.
septembre 2016

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…et pourtant ils existent

15 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


Pourtant, si cela vous plaît, prolétaires du monde entier, restez comme vous êtes – peut-être que dans une dizaine de mille ans vous aurez réussi à hisser au pouvoir trois ou quatre des vôtres ; ce qui vous fait espérer une majorité socialiste dans vingt-cinq à trente mille ans.
Mais elle était dans l’erreur, Louise, lorsqu’elle parlait de dix mille, voire de vingt-cinq à trente mille ans. À peine moins de cent ans après qu’elle eût écrit ces lignes, les socialistes de 1981 étaient au pouvoir et ils furent plus de trois ou quatre. Naturellement cela ne dura guère. Toutefois, une trentaine d’années plus tard, ils y étaient de nouveau, plus ou moins les mêmes à ceci près que pour empêcher la droite de se réapproprier les rênes et donc les avantages qui vont avec, ils adoptèrent les méthodes de celle-ci. Néanmoins, il leur avait fallu moins de temps que ne l’avait prévu la Vierge rouge, habitée par un pessimisme du plus beau noir. Certes, le vocabulaire avait changé et on ne parlait plus guère de socialisme, sinon pour se moquer.
Était-elle véritablement dans l’erreur, Louise, car les termes choisis me semblent plutôt ironiques et le si cela vous plaît, restez comme vous êtes anticipe joliment ce que vivent aujourd’hui les prolétaires d’hier tellement soucieux d’appartenir à la trop fameuse classe moyenne. L’apathie, conjuguée à la mise sous séquestre de la liberté individuelle pour cause d’accession à l’indispensable confort moderne, aura eu raison de la révolte. À la faveur de nos investissements coloniaux le rôle du prolétaire fut confié à l’émigré – on dit désormais le migrant, pour bien lui signifier qu’il n’est que de passage et qu’il n’irait quand même pas jusqu’à demander la sacro-sainte nationalité française (on préfère parler d’identité afin de se distinguer occasionnellement des propos extrémistes dont il faut savoir n’user qu’avec tact).
Oui, restez comme vous êtes, les banquiers internationaux que vous n’avez même pas élus et qui pourtant dirigent l’Europe savent ce qui est bon pour vous, ils vous offriront tous les crédits nécessaires afin que vous n’ayez pas à descendre dans la rue où le désordre, la chienlit, risqueraient de menacer votre emploi qui est, ne l’oubliez jamais, précaire, nonobstant la terrible et tout à fait possible annulation des vacances d’octobre et de février, à la neige celles-ci.
Si cela vous plaît ? Mais bien sûr que cela vous plaît, il n’y a pas de honte à se faire plaisir, n’est-il pas ? Avez-vous seulement songé à la générosité de ces employeurs qui vous donnent du travail. Car ils vous le donnent et pourraient ne pas le faire. Sans compter ce que leur coûte l’emploi dont ils vous font ainsi cadeau pour vous permettre de vous reproduire, de changer de voiture et de téléphone portable, démontrant ainsi que vous n’êtes pas, ou plus, l’un de ces quelconques prolétaires perpétuellement assistés.
Et Louise de faire semblant de s’interroger : N’y a-t-il pas assez longtemps que la finance et le pouvoir font leurs noces d’or à l’avènement de chaque nouveau gouvernement ? Ces lignes ont été écrites vers la fin des années 1880 et lues au cours d’un cycle de conférences organisé en 1904, peu avant la mort de leur auteur. Tout est depuis lors largement vérifié, amplifié, c’est que la quantité de monarques et sous-monarques n’a fait que croître, notre république a des rois par milliers et ils ont le sens du partage, pourvu que ce ne fût qu’entre eux. Toi qui ne possèdes rien, tu n’as que deux routes à choisir : être dupe ou fripon. Hélas, hélas, hélas ! lui répondit en 1961 et bien involontairement un général pour qui la France était une préoccupation majeure, d’autant qu’elle s’étendait alors de Dunkerque à Tamanrasset. Fripon – crapule, corrigerai-je – est souvent plus profitable sauf à croiser le chemin d’un plus fripon que soi, tandis que dupe est l’exemple même de la discrétion, de l’anonymat confortable. D’autant que dupe n’engage à rien : Dites-nous, camarades de toutes les ligues, est-ce que vous allez continuer ainsi, usant les urnes, le temps et l’argent, usant vos vies inutilement ? Oui, car la question se pose-t-elle encore de savoir s’il vous mieux voter pour tel sagouin plutôt que pour tel autre.
Depuis le marasme où nous a plongé un socialisme perverti, je te salue, Louise…

Louise Michel. Prise de possession. Editions d’Ores et Déjà.
septembre 2016

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Qu’on en finisse !

11 Septembre 2016 , Rédigé par JCD

C’est vrai que nous pouvons parfois changer d’avis sur tel point précis – un détail diraient certains – simplement parce que cela nous arrange à un moment donné, d’autant que ce qui est donné peut-être repris. On a bien vu des collabos devenir subitement résistants au motif que le vent était en train de tourner et que leur avenir leur apparaissait soudain plus confortable en allant, avec un enthousiasme débridé, tondre une ou deux de ces salopes soupçonnées d’avoir trahi la nation en se laissant volontiers culbuter par un nazi qui sentait bon le kouglof encore tiède.
Ainsi moi (je ne mange pas de ce pain-là, entendons-nous bien !) qui vitupère chaque année lorsque le premier flocon excite les imbéciles et les entraîne dans une joyeuse ribambelle vers les cimes enduites de merde blanche pour s’y goinfrer de tartiflette arrosée de rhum-coca, eh bien moi, exilé volontaire sur des terres arides qu’emboucanent le pastis et la lavande, je vous le dis tout net : tandis que se profile la Saint Apollinaire et que donc s’annonce la mi-septembre, je donnerais ma photo dédicacée par Allah au premier pèlerin venu pour qu’enfin il neigeât. Pour qu’enfin nous échappions à cet enfer caniculaire qui n’en finit pas de s’incruster jusque dans nos campagnes aujourd’hui désertées par les citadins enshortés aux cuisses de homard flambé au rosé de Provence qui n’attendent plus désormais que le tocsin annonçant la ruée des vacances d’hiver à la montagne. Ici, aujourd’hui, à la minute, que dégringole cette immaculée diarrhée et qu’en quelques minutes la température anale de mon pauvre corps martyrisé redescende au-dessous du point de liquéfaction du gorgonzola. Tout est grillé, calciné, les feuilles des érables pourpres toutes recroquevillées ont été comme arrosées au napalm, les survivants se tassent à l’abri des conifères ou d’un chêne coriace ; déshydratés, les oiseaux se sont tus, réussiront-ils à fuir la menace des écolos en battle-dress ? Qu’il neige s’il nous faut en passer par là pour ne plus raser les murs afin de s’exposer le moins longtemps possible à l’infernale agression d’un cagnard à la vulgarité tapageuse. Qu’il neige comme s’il en pleuvait et qu’enfin je me réjouisse de retrouver ma vieille polaire des jours d’antan, parfumée au tabac froid pour, pieds nus dans mes espadrilles foutues, descendre à la cave et y cueillir parmi leurs sœurs deux ou trois bouteilles de morgon afin d’arroser ça.
Qu’il neige et qu’on n’en parle plus, merde !
septembre 2016

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À la tienne, l’écolo !

8 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


Ce matin, à peine levé, je décide abruptement de descendre jusqu’au bistrot histoire de me réapprovisionner en Gauloises sans filtre afin d’enchanter de mes effluves populaires les muqueuses olfactives de mes collègues de bureau lors de la prochaine réunion qui se tiendra ici-même très prochainement. Deux kilomètres aller, deux kilomètres retour, qu’il vaut mieux parcourir à la fraîche en ces temps estivaux qui n’en finissent pas de durer, à tel point que je m’interroge sur l’avenir de l’automne et la disparition probable de certaines espèces, pourtant résistantes, par dessication inéluctable des organes de reproduction.
Il y avait là, accoudés au comptoir, deux olibrius pas plus patibulaires que d’autres nonobstant le fait qu’ils portassent l’un et l’autre le costume de l’écologiste soucieux de l’équilibre naturel sans lequel le lièvre de garrigue finirait par occire définitivement le chiendent. Celui de gauche – il s’agit là d’une position géographique par rapport au comptoir et à son complice qui est, par conséquent, à droite – narrait avec force gestes l’épisode au cours duquel il avait abattu l’an dernier d’une seule cartouche un ramasseur de champignons, probablement étranger puisque personne n’était jamais venu réclamer le corps. Ils se firent resservir une tournée de pastis vu qu’il était maintenant huit heures et demie passées. J’en profitais, afin de combattre tout risque de dessication impromptue lors du voyage de retour, pour demander au bistrotier un petit blanc – une production sinon locale du moins départementale dont on se sert également pour faire les cuivres – et ma ration d’herbe à Nicot, que lui-même utilise dans une sorte d’encensoir qu’il promène à intervalles plus ou moins réguliers dans la salle afin de maintenir en permanence une ambiance conviviale et parfumée dont la tradition s’est quelque peu perdue depuis que d’autres écologistes ont obtenu gain de cause sur ce sujet en échange de leur silence diplomatique sur la fermeture de Fessenheim.
Celui de droite – je parle ici de l’olibrius qui avait choisi de me tourner le dos sans même chercher à m’intéresser à son discours – devait-être une sorte d’intellectuel, probablement un instituteur, puisqu’il évoquait avec une mine gourmande les deux derniers matches de fouteballe qu’il venait d’organiser avec la participation des élèves de son école dont il ne doutait pas le moins du monde qu’ils eussent passionné conjointement les ministres de l’éducation et des sports. L’autre, celui de gauche, avait l’air de s’en contrefoutre, essentiellement préoccupé par la propreté étincelante de son fusil dont il admirait la brillance du double canon superposé. Ayant remarqué le peu d’intérêt que son propos suscitait chez son compagnon de battue, l’intello se tourna vers moi en renversant un peu de son septième Ricard.
– Z’êtes pas dans l’éducation, vous, par hasard ?
– Non, pas du tout, je ne suis pas assez intelligent pour ça.
– Oh ! faut pas croire, c’est pas une obligation. C’est surtout une affaire de pégadogie…
– Oui, c’est sûrement comme vous dites.
– Z’êtes pas artisse non plus ? J’dis ça à cause de votre barbe…
– Vous savez, il n’y a pas que les artisses comme vous dites qui ont du poil au menton, les terroristes aussi. Tenez, pas plus tard qu’hier je suis allé voir Turner à Aix. Vous connaissez William Turner ?
– Qui ça ? Il joue à Brives ou à Guingamp ? Jamais entendu causer…
– M’étonne pas ! C’est un peintre, anglais, un artisse quoi !
– S’il est barbu c’est peut-être un terrorisse. C’est vous qui l’avez dit.
C’est à ce moment-là, exactement, que le coup est parti. L’écologiste avait perdu la tête, le pastis de son copain était plein de sang et le bistrotier était planqué derrière son comptoir. J’ai payé ce que je devais, ramassé mes clopes et j’ai foutu le camp. J’avais de la route à faire…
septembre 2016

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Que celui-là se dénonce !

1 Septembre 2016 , Rédigé par JCD

Peut-on, en toute bonne foi car c’est quand même de cela qu’il s’agit, croire encore aujourd’hui en l’existence de Dieu ? Non non, il s’agit pas d’une question subsidiaire dont la réponse pourrait s’avérer évasive, ambiguë, voire carrément incertaine, une de ces interrogations auxquelles on se promet de réfléchir et de trancher un peu plus tard, une fois le verrou fermé à double tour et après avoir vérifié que le téléphone n’a pas été coupé. D’ailleurs, la question ne se pose même pas puisque, à l’évidence, on ne peut que répondre oui. Sinon, comment expliquer l’invraisemblable quantité d’accidents de toute sorte, pour la plupart mortels ou au minimum sévèrement handicapants, quel que soit le moyen utilisé pour y parvenir ? Que cet immonde salopard se dissimule sous différents pseudonymes, tous plus grotesques les uns que les autres, démontre bien la volonté de nuire du bonhomme, sa haine viscérale de toute vie dont il s’affirme propriétaire au motif quelque peu présomptueux qu’il en serait le créateur – ce dont il n’y a vraiment pas de quoi se vanter – et qu’en quelque sorte il lui appartient d’en disposer à sa guise. Ce qui, convenons-en, dit assez les boursouflures de sa vanité et démontre, s’il en était besoin, l’absolue nécessité d’en finir une bonne fois avec ce sadique paranoïaque qui se prétend intouchable, au-dessus des lois dès lors qu’il en serait l’instigateur à défaut d’en être le rédacteur, bénévole de surcroît. Non, il faut pouvoir s’appuyer sur un niveau de méchanceté invraisemblable dont aucun homme n’est capable puisque les plus doués d’entre nous s’y sont cassés les dents et n’ont à leur actif qu’un nombre dérisoire de cadavres sans commune mesure avec son palmarès. On me rétorquera sans doute que parmi tous ces morts nombreux sont ceux qui furent victimes de l’homme lui-même, que celui-ci fut dictateur sanguinaire ou simple exécutant, ministre de l’Intérieur ou des Armées aussi bien que modeste ingénieur chimiste, oncologue de haut niveau ou honorable marchand d’armes, certes certes l’homme n’est pas un modèle de probité, d’amour et de désintéressement mais à l’image de qui prétend-on qu’il fut créé ? Que d’aucuns aient abusé de leurs prérogatives, c’est là un fait incontestable mais ne convient-il pas de pardonner à ceux-là mêmes qui se sont inspirés de l’exemple du chef dont on leur avait loué la sagesse autant que l’intrépidité, l’audace autant que l’incorruptibilité ? Et puis, quand il s’agit d’exterminer quiconque est dans l’erreur ne le fait-on point pour son propre bien, pour son propre salut, n’est-ce point ainsi témoigner d’un véritable et noble altruisme ?
À moins bien sûr que croire en l’existence de Dieu ne soit qu’un mythe, une supercherie, une bonne excuse. Mais alors, dans ce cas, qui est responsable, qui m’a fauché mes cigarettes et bu mon whisky, qui a bombardé Alep, qui a voté pour le candidat du PS en 2012, qui m’a piqué ma place juste là devant l’immeuble, qui m’a foutu le cancer et obligé à lire tout Wellbeck sous prétexte qu’il allait mourir l’an prochain, ou moi peut-être bien (enfin, le bien est peut-être de trop !), qui m’a poussé à poser cette bondieu de putain de question ? Il faut quand même que ce soit la faute de quelqu’un, que cet infâme saligaud se dénonce, et qu’on le pende, ça ne peut pas continuer comme ça sinon je vais…
septembre 2016

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