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Soit dit en passant

Tout vient à point…

26 Mars 2015 , Rédigé par JCD

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, nous dit la prétendue sagesse populaire. Un de nos deux illustres philosophes cathodiques vient, pas plus tard que la veille, de nous en administrer la démonstration, assez sobrement je dois le reconnaître. Il s’agirait donc, par déduction, d’une sorte de sage dans sa spécialité qui est, selon Valéry, la forme la plus compréhensive qu’un certain individu puisse donner à l’ensemble de ses expériences internes ou autres. Michel Onfray déclara en effet hier soir, tandis que les chrétiens fêtaient l’Annonciation, qu’il ne vote plus depuis un an environ. Me revinrent instantanément à l’esprit les propos tenus par le cher homme en juin 2009 dans un article titré Abstention, piège à cons ! où il fustigeait l’attitude de ces dangereux irresponsables qui choisissent de s’en aller à la pêche aux moules moules moules, quand le citoyen conscient de son devoir d’homme libre et républicain s’en vient avec une détermination lucide déposer son bulletin dans l’urne afin de contribuer à l’élimination du candidat qu’il n’aime pas au profit de celui qu’il n’aime pas vraiment davantage mais qu’il hait un peu moins. Michel Onfray a donc choisi, finalement ou temporairement, de s’abstenir. Comme les cons qu’il y a peu il conchiait. En 2009 il écrivait : Mais, dans le jeu démocratique, Sarkozy et les siens ne tiennent leur légitimité que des électeurs qui ont voté pour lui ou de ceux qui n’ont pas voté contre lui. Responsables dans cette affaire : les abstentionnistes actifs ou passifs et l’extrême gauche qui refuse l’union des gauches antilibérales.
Sans doute a-t-il réalisé désormais que le NPA et le Front de Gauche (éventuellement augmentés de Nouvelle Donne et des écolos, voire des Socialistes frondeurs, ce dont on peut légitimement douter et ce n’est pas Gérard Filoche qui me démentira) ne sont pas à même de supplanter le PS (anémique et chlorotique) et que les pauvres et les modestes s’en sont allés mettre leur colère ou leur dégoût au service de l’extrême droite, au motif que ceux-là n’ont jamais gouverné – Français ! vous avez la mémoire courte, constatait leur idole en son temps.
Si le vaillant pourfendeur des vils abstentionnistes d’hier rejoint aujourd’hui les rangs de ceux qu’il conspuait précédemment force nous est d’admettre que les carottes sont bel et bien cuites et que même elles attachent au fond de la gamelle. Car une telle reddition est l’aveu que le pessimisme le plus âcre n’a dorénavant épargné que les idiots congénitaux et les imbéciles complices de la mascarade. Voilà pourquoi, Michel Onfray, ce cher vieux La Boétie a plus que jamais raison lorsqu’il dit : Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. Après quoi il sera naturellement prudent de ne pas oublier que c’est précisément au nom de la sacro-sainte liberté que le libéralisme triomphant parvient à justifier l’injustifiable, sauf que la prudence n’est pas une attitude compatible avec le libéral-fascisme, quand bien même il se prétendrait de gauche.
Dès ce soir je renonce à cesser de boire.
mars 2015

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