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Soit dit en passant

Je suis plutôt pour la manière douce

28 Février 2018 , Rédigé par jcd


– Allez mon vieux, il faut partir.
Ils sont deux, un couple peut-être, debout à l’entrée de ma chambre avec leur manteau sur le bras parce qu’il fait un peu chaud à l’étage. Ils me regardent sans vraiment me voir, comme si je n’étais déjà plus là.
– Allez, c’est vendu et c’est nous qui avons acheté.
– Acheté à qui ?
– Eh bien à l’agence, naturellement, il y a plus d’une semaine.
– Et vous avez payé ça combien ?
– ça ne vous regarde pas. Et si vous vouliez le racheter ce serait le double, précise celle qui semble être une femme. Dans la pénombre de ce matin de février je ne distingue pas précisément.
– Le double de combien ?
– Peu importe, l’essentiel c’est maintenant que vous dégagiez, et un peu rapidement parce que nous on voudrait bien dormir un peu.
– Pourrais-je voir l’acte de vente ?
– C’est inutile puisqu’on vous dit que nous avons tout acheté.
– Mais, mes disques, mes films et tous mes livres…
– Un brocanteur doit passer dans la journée, il nous débarrassera de tout ça, pour quelques dizaines d’euros qui nous permettront d’aller au restaurant. Vous en connaissez sûrement un bon dans le coin, je veux dire pas trop mauvais parce que dans un trou pareil… Entre nous, vous ne devez pas rigoler tous les jours…
– Mais, si je puis me permettre, pour quelles raisons avez-vous acheté cette…
– Le prix, mon vieux, parce qu’on ne trouve plus rien dans un coin qui soit habitable… et vivable à moins d’y mettre très cher, ce que nous ne pouvons nous offrir à l’heure actuelle. Dans quelques années peut-être mais pour l’instant il fallait faire vite et n’être pas trop regardant sur la qualité et le confort. Si les choses s’améliorent il sera toujours temps de revendre afin de trouver mieux mais dans l’immédiat nous n’avions pas vraiment le choix.
– Bon, allez ! reprend la rombière, il est plus que temps de dégager, fait-elle en se dirigeant vers la couette avec l’intention de me faire libérer le lit, lorsque le téléphone sonne.
– Qui est-ce qui vient me faire chier à une heure pareille, me dis-je en constatant que le réveil indique cinq heures un quart.

Quand je pense qu’il existe des gens qui font des rêves merveilleux où, dans l’obscurité, la fille aux cheveux noirs, très érotique et mystérieuse, se vaporise Black Opium entre les seins… et me rejoint.

26 février 2018

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Je suis plutôt pour la manière douce

24 Février 2018 , Rédigé par jcd


– Allez mon vieux, il faut partir.
Ils sont deux, un couple peut-être, debout à l’entrée de ma chambre avec leur manteau sur le bras parce qu’il fait un peu chaud à l’étage. Ils me regardent sans vraiment me voir, comme si je n’étais déjà plus là.
– Allez, c’est vendu et c’est nous qui avons acheté.
– Acheté à qui ?
– Eh bien à l’agence, naturellement, il y a plus d’une semaine.
– Et vous avez payé ça combien ?
– ça ne vous regarde pas. Et si vous vouliez le racheter ce serait le double, précise celle qui semble être une femme. Dans la semi-obscurité de ce matin de février je ne distingue pas précisément.
– Le double de combien ?
– Peu importe, l’essentiel c’est maintenant que vous dégagiez, et un peu rapidement parce que nous on voudrait bien dormir un peu.
– Pourrais-je voir l’acte de vente ?
– C’est inutile puisqu’on vous dit que nous avons tout acheté.
– Mais, mes disques, mes films et tous mes livres…
– Un brocanteur doit passer dans la journée, il nous débarrassera de tout ça, pour quelques dizaines d’euros qui nous permettront d’aller au restaurant. Vous en connaissez sûrement un bon dans le coin, je veux dire pas trop mauvais parce que dans un trou pareil… Entre nous, vous ne devez pas rigoler tous les jours…
– Mais, si je puis me permettre, pour quelles raisons avez-vous acheté cette…
– Le prix, mon vieux, parce qu’on ne trouve plus rien dans un coin qui soit habitable… et vivable à moins d’y mettre très cher, ce que nous ne pouvons nous offrir à l’heure actuelle. Dans quelques années peut-être mais pour l’instant il fallait faire vite et n’être pas trop regardant sur la qualité et le confort. Si les choses s’améliorent il sera toujours temps de revendre afin de trouver mieux mais dans l’immédiat nous n’avions pas vraiment le choix.
– Bon, allez ! reprend la rombière, il est plus que temps de dégager, fait-elle en se dirigeant vers la couette avec l’intention de me faire libérer le lit, lorsque le téléphone sonne.
– Qui est-ce qui vient me faire chier à une heure pareille, me dis-je en constatant que le réveil indique cinq heures un quart.

Quand je pense qu’il existe des gens qui font des rêves merveilleux où la fille se vaporise Black Opium entre les seins…

24 février 2018

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ça ne sort pas de la famille !

13 Février 2018 , Rédigé par jcd


Autriche, ville d’Amstetten. Pendant 24 ans, Josef Fritzl a séquestré sa fille Angelika dans la cave de la maison familiale. Il lui a fait dix enfants, trois qu’il a élevés avec son épouse Anneliese dans la maison et les autres qui sont morts ou restés cloîtrés avec leur mère.

– Oui, me rétorquerez-vous, mais ça c’est en Autriche, vous l’avez dit vous-même et ce n’est certainement pas chez  nous que de pareilles choses se produiraient. D’ailleurs, dans la réalité la fille ne s’appelle pas Angelika mais Elizabeth, et toc ! – Certes certes, et sans vouloir contredire votre propos je rappellerai que l’Autriche est quand même le pays des valses viennoises et que ce n’est pas parce qu’un certain Adolf Hitler y est né que tous les Autrichiens poil au chien sont des nazis. Prenez Thomas Bernhard par exemple qui n’en est quand même pas un, et ce d’autant moins qu’il n’est pas né en Autriche, et retoc ! – Oui, mais Hitler a peut-être exercé une influence quelque peu néfaste sur ce Josef Fritzl. Et l’influence dudit Hitler sur d’autres individus ne se limiterait sans doute pas à la seule Autriche… – J’en conviens d’autant plus volontiers que l’histoire de ce Josef Fritzl est ce que l’on pourrait qualifier de fait-divers tandis que l’ouvrage de Régis Jauffret est un roman, une fiction pour tout dire, d’où peut-être le fait qu’Elizabeth soit devenue Angelika. Fiction  il est vrai mais qui emprunte énormément au fait-divers d’origine car la personnalité de Fritzl est à tout le moins singulière. Il cumule un maximum de tares qui en font une sorte de specimen assez exceptionnel, il viole en privilégiant l’inceste (Angelika pour ses onze ans), il est particulièrement violent, frappe ses victimes, les séquestre, les prive de nourriture ce qui peut lui valoir une manière de reconnaissance de la part d’Angelika lorsqu’il vient la visiter (au sens le plus large du terme). En revanche, on ne saurait l’accuser de pédérastie à l’égard de ses propres garçons, ce qui constitue un point plutôt favorable si l’on se place du point de vue de la morale religieuse qui pourrait néanmoins renacler face au péché de bigamie dès lors que le maître partage son emploi du temps entre son épouse Anneliese (Rosemarie) et sa fille. On peut bien sûr s’étonner de ce qu’il ne se soit pas davantage intéressé aux filles que lui donna Angelika puisqu’il lui restait quand même encore quelques belles années à vivre, ne fut-ce que pour donner raison aux conformistes si attachés au fait que ces choses-là ne sortent pas de la famille. L’inceste élevé au rang de sacerdoce.
545 pages se révèlent nécessaires à l’auteur pour emporter son lecteur jusqu’au terme d’une épopée où rien ne lui sera épargné, sans que ne s’avèrent indispensables les descriptions riches en détails, voire en considérations psychologiques. On sort de ce cloaque en ignorant tout des mensurations de l’exquise Angelika et il nous reste à attendre l’adaptation cinématographique pour en savoir davantage à son sujet. Il se trouvera bien quelque Harvey Weinstein pour nous apporter les précisions et appréciations d’un connaisseur.

13 février 2018


Régis Jauffret. Claustria. Le Seuil éditeur 

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Alors, heureux ?

7 Février 2018 , Rédigé par jcd

 


N’est-il pas merveilleux de se la couler douce, de patauger délicieusement dans la plus totale insouciance sans qu’un atrabilaire quelconque ne vienne nous les briser menues avec ses angoisses icongrues dont en vérité nous n’avons strictement rien à foutre, n’est-il pas ? Car, avouons-le nous, la vie n’est-elle pas exaltante, épanouissante et ne serait-ce point se flageller bien inutilement – au risque d’y prendre quelque plaisir inavouable – que d’encaisser et digérer les sarcasmes puants d’un individu qui ne sait voir et dénoncer, en toute circonstance, que le pire, toujours le pire quand l’avenir riant nous tend ses moignons et nous invite à plonger dans le simple bonheur de vivre sans nous laisser contaminer par l’esprit malodorant de quelque pessimisme chronique dont le but n’est-il pas en fin de compte de nous gâcher l’existence. Serait-ce jalousie de sa part ou banale aigreur le poussant à vouloir toujours en faire profiter les autres ? Une sorte d’altruisme l’incitant à sans cesse se soucier de partager, tempéré hélas par cette espèce de déterminisme qui le conduit systématiquement à ne voir jamais que le verre à demi vide en ignorant le demi plein, ce con.
Aussi, lorsqu’il ferme enfin son claque-merde et nous laisse à notre béatitude, loin de ses désespérances nauséeuses, ne voyons-nous pas les lendemains enchanteurs qui s’annoncent, les promesses idylliques d’un futur pas si éloigné que cela du prochain week-end où nous saurons nous détourner avec fierté de la médiocrité quotidienne quand se lève le soleil radieux (possiblement d’origine nucléaire et dont les bienfaisants rayons nous soignent de nos vilains cancers) qui s’en viendra illuminer de sa fraternelle bonhomie le visage épanoui du chômeur  se rendant à la convocation de son conseiller pour l’emploi qui va sans tarder lui annoncer la possible création dès 2025 de trois postes dans une entreprise délocalisée à la frontière ukraino-polonaise alors que sa digne épouse s’éteint doucement des suites d’une tumeur plus ou moins généralisée dont on sait désormais comment la juguler efficacement, ce qui démontre, si besoin était, avec quelle vivacité la recherche progresse quand, voici seulement deux ans, on ignorait encore tout de la métempsychose par voie rectale. Il suffit de s’y prendre à temps et de réserver sa place à l’hôpital le plus proche avant que ne soit fermé, par mesure d’économie, le service idoine.
Ledit atrabilaire introverti (voir plus haut) me narrait pas plus tard que ce matin sa dernière épopée cinéphilique, ayant eu l’insigne privilège d’assister à la projection d’un reportage de trois heures consacré à l’étude de quelques cas sociaux dont celui d’une matrone fellinienne qui débite des banalités voire des niaiseries dans son confessionnal mobile – pourvu qu’il y ait du réseau ! – ou en écoute avec la même extase, relative certes car la pertinence du propos n’atteint pas systématiquement le niveau ô combien envoûtant de la plus minuscule répartie du moindre penseur cathodique, éventuellement catholique car notre société autorise la laïcité qui elle-même autorise l’usage de tous les dogmes sous condition toutefois qu’ils soient pratiqués, comme l’onanisme, de manière non ostentatoire, donc avec son pardessus et sans ôter ses souliers.
Admirons, me disait-il cette philosophie existentielle développée à partir de la consommation ininterrompue de la clope et du téléphone portable, le plus souvent d’ailleurs conjointement.Et c’est vrai qu’il convient d’admirer.
Mais je me suis, une fois encore, égaré en digressions que d’aucuns ne goûtent guère car la pensée doit demeurée limpide et concise au risque de perturber l’imbécile, comme l’avait en son temps observé quelque Nicolas,  Sarkozy ou Boileau, je ne sais plus.
Je me demande si je me suis exprimé assez simplement.

7 février 2018

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