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Soit dit en passant

Du lard ou du cochon

27 Mars 2018 , Rédigé par jcd


Une de mes innombrables admiratrices – mais si mais si !1 – ayant observé combien mon art plumitif lui semblait outrancièrement réfractaire à l’usage du point virgule, quand bien même nul ne s’offusque de l’emploi inopiné (non, ce n’est pas un terme sexiste, pas même sobrement dégoûtant, le vulgaire dira plutôt qu’il ne l’avait pas prévu et que dans ces conditions et sachant cela il ne serait pas venu) l’emploi inopiné disais-je donc du fameux point médian dont une certaine élite semble faire grand cas pour ce qui concerne l’augmentation immédiate et sans préalable des salaires du personnel féminin n’ayant point encore pris conscience de la différence sociale intrinsèque existant entre le crétin de type mâle et la crétine de type femelle dès lors que le directeur des ressources humaines est de type mâle car s’il était de type femelle on devrait bien entendu parler de directrice et non de directeur. Tout le monde peut comprendre une telle manifestation, un peu démonstratrice j’en conviens, de la dichotomie quand bien même la lune n’a rien à voir là-dedans.
On voit ici l’usage que l’on peut faire ou non du point virgule sans qu’il faille pour autant en tirer des conclusions hâtives, ce que nous nous garderons de faire car l’existence est déjà bien suffisamment complexe, compte tenu de l’influence du gulf stream qui s’en vient contrarier une fois encore l’anticyclone des Açores, juste au moment où le Lichtenstein s’apprêtait à adhérer à la Ligue des Droits de l’Homme.
D’où il ressort que je n’affiche aucune antipathie manifeste à l’égard du point virgule, bien que je me pose la question de savoir si, lors de la lecture, il convient de marquer une légère attente subreptice bien que mûrement réfléchie, comme une infime respiration que nécessite la virgule, mais accentuée, voire dramatisée par le point qui, lui, signifie la fin de la phrase, voire la fin de l’aventure qui, pourtant, s’annonçait sous les meilleures auspices. On perçoit dès lors combien grande est la difficulté qui nait et s’impose lorsque l’on souhaite donner toute sa signification au point virgule. On peut certes l’utiliser au petit bonheur la chance comme d’autres – ce sont d’ailleurs souvent les mêmes – se servent de la première chasse d’eau placée à leur portée pour sanctifier un instant de leur intense existence de consommateur sans qu’il y eût pour autant et conséquemment de remarquable création d’une quelconque œuvre d’art contemporain dont l’éphémère présence en ce monde pétrifié d’indifférence ne nécessitait semble-t-il pas l’allocution de l’improbable ministre de la Culture ayant dû pour ce faire abandonner, temporairement il va de soi, la partie de petits chevaux entreprise avec l’ambassadeur d’Ousbékistan à l’occasion d’un voyage  plénipotentiaire devant lui permettre de rencontrer la princesse Caroline de Monaco dont chacun sait, ou n’ignore certainement pas, l’importance que celle-ci attache au développement des relations de bon voisinage avec son collègue de bureau, chef de service du département Plutonium & Enfance maltraitée en Bosnie Herzégovine. Mais ne nous égarons point, sans virgule, car il est désormais indispensable à ce stade de l’exposé introductif de clarifier les motivations profondes, parfois singulièrement sexuelles ou libidineuses à tout le moins, qui conduisent parfois, mais c’est une fois de trop, l’écrivain qui ne se contrôle plus et fait des saletés partout où il passe à utiliser le point virgule à tout propos, comme pour bien marquer son territoire, au risque d’indisposer le lecteur, ou la lectrice, prêt à s’imaginer que ça glisse tout seul et qu’il suffit maintenant de s’accrocher, de se cramponner pour atteindre enfin l’apaisement du point final, qui est quand même le but recherché lorsque la télévision est éteinte ou l’écrivain quelque peu assoupi sur sa tâche.
Certes certes, il ne s’agit nullement d’abandonner le vaste monde et ses milliards d’imbéciles plus ou moins consentants à une possible, voire probable épidémie de points virgules qui s’en viendrait contaminer jusqu’aux plus frêles bambins tout juste réchappés de la varicelle et vivant dans l’attente inéluctable du cancer qui ne pardonne pas, demeurons néanmoins attentifs car il est si facile de s’abandonner à l’addiction, au confort trompeur que procure très rapidement l’emploi de ce signe de ponctuation ô combien perfide, infiniment plus dangereux que la parenthèse ou le tiret en raison même de l’ambiguïté qui le caractérise (pas très éloignée de l’équivoque), à l’image de n’importe quel centriste mou, sans que l’on sache clairement si c’est du lard ou du cochon. Droite ou gauche il faut choisir, sinon c’est l’accident inévitable. On ne circule pas au milieu de la chaussée, à moins d’être le seul et unique amoureux fou à vouloir rendre visite à la douce et belle Cléo de cinq à sept, ou d’en revenir, ce qui frise la goujaterie ou l’inconscience puisque seul un mufle ou un idiot quitte Cléo. Tout comme les intégristes catégoriques se glorifient de balancer leur porc, balance ton point virgule, renonce à l’incertitude, à l’hésitation complice, opte pour le point ou la virgule et ne transige jamais.

27 mars 2018

1. À l’instar des très grands écrivains j’ai décidé d’enrichir le moindre de mes texticules, voire textaillons et autres témoignages impérissables de mon immense talent, de notes en bas de page afin que le lecteur, ou même la lectrice si elle souhaite accéder au titre d’admiratrice, puisse se pénétrer plus profondément sans pour autant écarter de manière indécente les cuisses qu’elle a fort belles de la grandeur de ce qu’il, ou elle, est en train de lire. En l’occurrence il s’agit ici de ce que l’on nomme, assez sobrement je l’avoue, une figure de style sans qu’il soit nécessaire pour l’auteur de développer une fois encore ce pour quoi il introduit cette double affirmation à caractère dénégatoire dont le but est en vérité d’insister sur l’importance desdites admiratrices. On l’aura compris, le fait qu’elles soient innombrables permet d’affirmer qu’elles sont nombreuses sans qu’il soit utile de les dénombrer.

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Avoir fait son temps

25 Mars 2018 , Rédigé par jcd


Nous sommes désormais dimanche et pour obéir aux consignes données hier soir par l’ORTF je dois maintenant avancer mes pendules, horloges et montres d’une heure. C’est-à-dire que, à peine quatre jours après que nous soyons entrés dans la joie saison du printemps, nous voilà sommés de passer à l’heure d’été. Ledit printemps aura donc été de courte durée. Et comme ce matin la ligne bleue des Vosges alpines affiche une mine grisâtre au délicat parfum d’automne je crains que nous ne devions passer prochainement à l’heure d’hiver. Décidément je ne me ferai jamais à cette coutume dictatoriale imbécile, mais les coutumes dictatoriales sont souvent imbéciles pour ceux qui en sont les victimes. Ainsi, en l’espace d’une seconde à peine une heure entière s’est envolée, dissoute dans le néant, c’est assez dire à quel point une vie tout entière n’est rien et l’on peut sans doute comprendre la légèreté avec laquelle les guerriers, en armes ou simplement depuis leur bureau, suppriment sans beaucoup d’efforts l’existence de mille, dix-mille, cent-mille ou un million de plus ou moins innocents qui s’en allaient vaquer à leurs modestes occupations de citoyens ordinaires, possiblement tristouilles,  mâles ou femelles dérisoires dont la soudaine absence ne sera pas même remarquée par plus de deux ou trois survivants qui les avaient croisés la veille ou l’avant-veille en sortant de la gendarmerie où ils étaient allés les dénoncer.
Vous aviez peut-être encore quelque projet ridicule mais qui vous aurait occupé un temps et hop ! au four crématoire à moins que l’on ne vous colle dans une boîte en bois sous deux mètres cubes de terre glaise avec un pot d’hortensias fanés au-dessus des pieds. Ah ! Il y a quand même de bonnes raisons de douter de la fraternité, de la solidarité et de toutes ces formules aussi creuses qu’une canalisation d’égout n’ayant jamais servi mais où musarde peut-être un rat des villes ou des champs à la recherche de quelque sauterie pour passer la soirée plutôt qu’avachi devant son téléviseur en panne.
Il est toujours trop tard pour tout, déjà que respirer demande parfois, ou souvent, un effort dupplémentaire en échange de quoi nous serons autorisés à nous nourrir encore une fois ou deux en attendant l’arrivée providentielle des professionnels de la bière dont l’affabilité n’est que de façade et qui nous empaquetteront vite fait bien fait afin de débarrasser le plancher pour que tout soit propre lorsque le suivant se présentera. C’est qu’il y a la queue, si j’ose dire, et la demande se fait pressante, on serait tenté de penser à une sorte d’état d’urgence afin de pallier le manque de place, comme dans les hôpitaux où l’on est prié de ne point s’attarder plus que de raison, car la raison est, comme toujours, celle du plus fort. Quatre-vingt piges mon vieux, faut dégager ! Vous n’êtes pas tout seul. Ah bon ! j’avais pourtant eu l’impression… Vous vous trompez mon vieux… Cessez donc de m’appeler mon vieux, c’est extrêmement désobligeant, est ce que je vous dis petit con, moi ? Allez, faudrait faire preuve de bon sens… De bon sens, mais je crois rêver, quand je n’ai pas encore goûté la cuvée de l’année qui d’ailleurs n’est pas même récoltée, et pas davantage celles des années antérieures dont on m’a vanté le charme exquis, le parfum si suave et le corps tellement voluptueux, laissez-moi je vous prie m’enivrer encore un moment, un jour, une semaine, jusqu’au printemps prochain… Mais il est là le printemps, mon vieux et on vous attend ailleurs, ici ce n’est plus possible, vous avez fait votre temps, allez ouste !

25 mars 2018

 

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La gloire éphémère d’un feu de Bengale

16 Mars 2018 , Rédigé par jcd

Un de mes amis – Mais si mais si, il m’en reste quelques-uns, une paire ou deux ! – un de mes amis, disais-je avant que vous ne m’interrompassiez, s’en vient encore de monter au front concernant l’usage que font de certains mots quelques cuistres bien en cour. Culture et culturel font désormais partie du patrimoins langagier du moindre pétomane, fut-il débutant. Le mot ne serait pas la chose, leur rappelle Jean Klépal (car c’est lui l’ami dont il s’agit ici et le voilà dénoncé). Et alors, s’indignent les péroreuses et péroreurs tout enculturé(e)s le verre à la main comme en quelque vernissage, parisien ou autre, et alors les mots nous appartiennent et nous en ferons ce que bon nous semble. Ne sommes-nous point poètes, écrivains et vaines, artistes contemporains pour tout dire en deux mots, précisément.
Éviscéré, émasculé toi-même, bolchevique ! vomissent-ils, ou elles, comme s’il s’agissait de gros mots dont ils (ou elles et viens donc là que je t’incluse), attendaient depuis fort longtemps l’occasion d’enfin se servir pour fustiger l’importun, l’inculte.
Tout est art, tu parles ! Les fumistes du moment ont les dents encore plus longues que ne les avait Duchamp mais ils se satisfont de peu pour se prétendre artistes. En premier lieu leur manque la dérision car tous ceux-là cultivent le plus grand sérieux dans l’admiration qu’ils ont d’eux-mêmes et de leur œuvre. L’immodestie leur tient lieu de talent et leur entregent d’admirateurs. La suffisance dont ils habillent leurs mises en scène ne survivra pas au premier match de foot ou aux obsèques nationales d’un pitre quelconque autoproclamé superstar du showbiz. Qu’ils l’admettent ou non, ils ne survivront pas à la concurrence car la lutte est sévère et le brouhaha du succès s’éteint encore plus rapidement qu’il ne lui a fallu de temps pour s’embraser.
Et à propos de culture me direz-vous, avec  un rien de narquois au fond de l’œil. Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver. aurait répliqué du tac au tac un cousin très éloigné de Jacques Chirac, à moins que ce ne fût l’inénarrable Édouard Baladur puisque l’auteur en pourrait être un certain Baldur von Schirach (Notons d’ailleurs combien le pseudonyme est transparent). Mais c’était en 1933 et nous ne saurions nous satisfaire d’affirmations gratuites et d’ailleurs invérifiables. Cela dit, la culture étant devenue ce qu’elle est le port d’une arme en toutes circonstances est une option tout à fait défendable et ce n’est certainement pas l’actuel président d’un pays auquel nous devons la grâce et l’élégance de Kim Kardashian qui soutiendra le contraire.

15 mars 2018  

 

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À défaut de génie on pourrait au moins avoir du talent !

4 Mars 2018 , Rédigé par jcd

La séquence d’ouverture fait sans doute un peu penser aux Demoiselles de Rochefort. Mais Damien Chazelle n’est pas Jacques Demy. Damien Chazelle qui, sans vergogne, déclare : Je voulais convaincre ceux qui n’aiment pas les comédies musicales. Ben mon colon ! et ceux qui les aiment tu y as pensé, espèce de…
Sept Golden Globes pour ce machin, par ailleurs nominé pour quatorze oscars et qui en aura quand même obtenu six. C’est assez dire si la nécessité de retrouver le charme, l’invention, le talent de la comédie musicale d’antan ont pu pousser les producteurs à placer leurs économies dans un bidule pareil dont le titre, La La Land aurait tout aussi bien se voir remplacé par Neu Neu Land. Mais mon pauvre Chazelle, as-tu vu, ne serait-ce qu’une fois dans ta vie, les comédies musicales de Donen, Minnelli ou même Berkeley ? Non, ou bien faut-il en déduire que tu n’as pas l’ombre d’un soupçon de talent. Revoyons pour la soixante-quatrième fois l’archétype, le chef d’œuvre incontesté, insurpassable de la spécialité, Singin’in the Rain (Chantons sous la pluie) et, pour bien enfoncer le clou, rerevoyons dans la foulée The Band Wagon (Tous en scène), Brigadoon (Brigadoon), ou Silk Stockings (La Belle de Moscou) et tout sera dit. Emma Stone et Ryan Gosling sont charmants – enfin, à peine car j’ai en mémoire les contributions plutôt satisfaisantes de ladite Emma aux films de Woody Allen, ce qui pourrait s’expliquer par le simple fait que Woody est un cinéaste (injustement couvert d’opprobre) alors que Chazelle non  – mais Cyd Charisse, Debbie Reynolds, Fred Astaire et Gene Kelly pour ne citer que les pointures, nous estomaquaient autrement, tant leur charme, leur talent nous restent en mémoire soixante ans plus tard. Et que l’on ne vienne pas nous parler de danse, de chorégraphie ou de musique concernant Nanard Land. Quant à la manière dont tout cela est filmé notre consternation est telle que nous ne risquons surtout pas d’être émus ou emportés parce qu’il existe un art, ou même simplement un métier qui consiste à savoir ce que l’on fait de la caméra, où on la place pour que l’évidence d’un ballet, fût-ce un pas de deux, nous touche et nous émerveille.
Laissons au brillant réalisateur de cette œuvre oubliable le mot de la fin : La La Land est exactement le film que je voulais faire. Qu’en prime il soit satisfait de lui est bien la moindre des choses. Ceux qui n’aiment pas les comédies musicales n’ont nul souci à se faire, ils peuvent aller voir La La Land sans danger puisqu’il s’agit d’un film normal.

4 mars 2018

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