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Soit dit en passant

Mourir ? Plutôt crever !

7 Mai 2016 , Rédigé par JCD

Il est quand même pour le moins singulier que la mort d’un vieux pote soit quelque chose d’insupportable alors que celle toujours tant espérée d’un certain nombre d’ordures risque fort de déclencher en moi comme un énorme soupir de soulagement et m’incite à reprendre deux fois des courgettes, alors qu’en temps ordinaire…
Je parle d’un vieux pote parce que, entre nous, une espèce de pudeur nous interdisait d’user à tout bout de champ du mot ami. Alors que nous aurions eu le droit légitime de le faire sans timidité au bout de quarante-sept ans, ce qui d’ailleurs m’autorise à parler de vieux pote puisqu’il était, en fin de compte, à peine plus âgé que moi, neuf ans à tout casser.
Je l’ai connu en 1969 alors qu’il habitait encore rue du Mont-Cenis, à deux pas de la place du Tertre, sur la recommandation d’un professeur de gravure litho à Estienne, l’illustre René Paris dont la réplique célèbre aura épanoui plus d’un de ses élèves : T’es comme mes couilles, toi, toujours entre mes jambes ! Il m’offrit alors de travailler avec lui sur un projet graphique pour une société algérienne de transports aériens, ce qui me permit de décider d’acheter une semi-ruine en Haute-Provence où j’avais auparavant un peu traîné mes caisses de livres et de disques. Avant de m’entraîner avec Françoise pour une année dans l’aventure de la Sonatrach, département design graphique et industriel non loin d’Oran. Puis il y eut La Maison close à Parmain, le quai de l’Oise dans le dix-neuvième, et Noisy-le-Sec, pour finir.
Outre le boulot de graphiste, l’amour des chats, du jazz et de quelques auteurs comme, entre autres, Marcel Aymé, Prévert et Céline, nous avons partagé quelques bonnes bouteilles, de vin et de whisky, qui m’obligèrent sans violence aucune à dormir sur place. Je me souviens de cette fois où, pour une raison qu’aujourd’hui j’ignore, je décidai de rentrer du quai de l’Oise à Montparnasse dans le frais matin. Ce fut pour le moins pittoresque.
J’ai choisi hier soir de relire ce livre de Cavanna, Stop-Crève, recueil de ses chroniques publiées dans Hara-Kiri Hebdo puis Charlie Hebdo et consacrées à ce sujet obsessionnel, le refus de mourir. Sa conviction, dans les années soixante-dix, ne l’a pas empêché d’y passer comme les autres, pas davantage que mon pote qui, tout récemment, en avait fait sa seule certitude. Bien sûr, il a continué jusqu’au bout à vouloir que les choses changent dans cette existence aujourd’hui complètement gangrenée par l’appât du gain et du pouvoir pour le seul profit d’une oligarchie d’immondes salopards. Peut-être se forçait-il, ces derniers temps, à croire que les nuitdeboutistes allaient parvenir à faire en sorte que les innombrables aient enfin le dernier mot contre les mensonges et les diktats d’une minorité d’escrocs professionnels, lui qui me traitait en riant d’incorrigible pessimiste.
Finalement, il a perdu, comme les autres. Raison de plus, Bob, pour que je t’aime…
Mai 2016

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