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Soit dit en passant

En guise de Fake News

28 Mars 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

S’il est une pratique dont il faut savoir se garder c’est bien de croire tout ce qu’on vous raconte, notamment au bistrot du coin, surtout lorsqu’on demeure dans un quartier ou un village l’un comme l’autre pourvus de plusieurs coins. Je n’ignore pas combien le temps est quelquefois long à perdre lorsqu’on se tient quelque peu à l’écart de la civilisation et de ses turbulences, accablé par le bavardage répétitif des cigales et le passage de tracteurs qui ne fonctionnent pas tous au nucléaire pourtant tellement plus propre.
Sans cette fausse modestie qui en conduira plus d’un à soutenir qu’il n’est pas plus bête qu’un autre je peux me vanter du privilège qui me fut accordé par quelques hauts-fonctionnaires locaux de m’attribuer un groupuscule d’aides-soignantes pour une durée indéterminée mais bornée néanmoins par la survenue inopinée de mon trépas, aides-soignantes donc qui pourront à leur tour et le moment venu se vanter lors d’une émission culturelle télévisée  de m’avoir connu, certaines allant jusqu’à s’enorgueillir de m’avoir vu nu plus d’une fois, ce qui n’est pas donné à tout le monde, encore qu’il faille se méfier des affabulatrices incorrigibles qui racontent en échange d’une ou deux, voire trois tournées de Rinquinquin m’avoir aperçu venant chercher ma demi-baguette ou poster mon courrier dans le plus simple appareil le lundi 14 janvier alors que l’on fêtait Nina, ce qui n’est bien sûr que racontars malveillants visant à me discréditer auprès de mes électrices (il n’est en effet pas improbable du tout que je me présente aux prochaines présidentielles quand je constate avec consternation vers qui se portent les suffrages de mes concitoyens et citoyennes que l’on peut enfumer à l’aide d’une poignée de bobards, ce dont je suis tout autant capable puisque j’ai mon certificat d’études).
En cette fin de journée exceptionnelle qui n’est pas sans ressembler étrangement à cette autre observée en 2018 je me réjouis d’apprendre par les réseaux sociaux dont on dit pis que pendre une information capitale selon laquelle Scarlett Johansson pourrait rejoindre l’équipe des aides-soignantes de Forcalquier. J’en déduis que j’ai vraiment de fortes chances d’être élu au premier tour.

28 mars 2019

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Redoutons les incontinents !

7 Mars 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

C’était il y a peu de temps, aux environs du deux mille sept cent vingt huitième grand débat national initié et dirigé avec le professionnalisme que l’on sait par un brillant chef d’état trop heureux de réaffirmer les objectifs politico-économiques qu’il s’était lui-même fixés afin que chacun d’entre nous en profitât pleinement puisque c’est ainsi que fonctionne une démocrassie bien maîtrisée, c’était il y a peu de temps et je m’étais élevé contre l’accaparement de nos chaînes télévisées par les fabricants et vendeurs de séries dont l’indigence devrait être condamnée sans faiblesse par les élites ayant pour mission de veiller à la préservation de la santé mentale de tout abonné, fut-il en phase terminale. Je m’étais alors indigné devant  le procédé pour le moins malhonnête qui permet à une poignée de pseudo-créateurs mégalomanes de bricoler  à partir d’une vague idée déjà exploitée et surexploitée à outrance la matière d’un feuilleton dont la diffusion s’étirera sur plusieurs mois en l’absence totale de la moindre nécessité. Je parle ici de nécessité en écartant d’office toute notion de talent, le but essentiel étant bien sûr d’occuper l’espace durant de longues heures, permettant ainsi d’introduire un volume publicitaire et donc payant dans chaque temps mort dont la fréquence s’établit en fonction des exigences des administrateurs.
Une série peut, par exemple se concevoir sur une douzaine ou une quinzaine d’épisodes selon les ambitions de la production, lesquels épisodes peuvent à leur tour se multiplier selon le nombre de saisons envisagé par les commerciaux. Si l’on décide  qu’une dizaine de saisons est nécessaire au bon développement du scénario et que chaque épisode aura une durée de soixante minutes environ, on atteint aisément le chiffre de cent vingt heures pour la totalité du projet. On peut dès lors comprendre l’ambition de certains cinéastes, ou prétendus tels, soucieux de réaliser des films de cinéma dont la durée ne soit pas totalement ridicule en comparaison de ce que l’on peut envisager avec une série. Néanmoins il convient de demeurer modeste car les salles de cinéma doivent tabler sur la fréquentation quand le client ne paie qu’une seule fois son ticket d’entrée. Le film Heimat ne culmine qu’à quinze heures quarante, auxquelles il faut toutefois ajouter les suites que tourna EdgarReitz, ce qui nous amène à une projection d’une durée totale de cinquante-deux heures. On peut comprendre l’humilité de Jacques Rivette qui doit se contenter de douze heures quarante pour son film Out 1 : Noli me tangere, dont il fit d’ailleurs un court métrage de quatre heures quinze seulement. Et le Guerre et Paix de Sergueï Bondartchouk ne dépasse pas les six heures quarante-quatre, fort heureusement Mariano Llinás atteint, lui, les treize heures trente-quatre avec La Flor.
Joel et Ethan Coen réalisèrent Fargo qui sortit en 1996. Le film, remarquable, ne dépasse pas les 94 minutes durant lesquelles l’histoire nous est contée avec efficacité sans que sa relative complexité ne vienne nuire à la compréhension. Les mêmes Coen Bros, qui ont certainement le sens des affaires, ont décidé de produire une série intitulée – vous ne le devinerez jamais ! – tout simplement Fargo. Certes, ce n’est pas follement original mais comme ni Frances Mc Dormand ni William H. Macy n’ont été invités à contribuer au succès de l’œuvre le coût en demeure raisonnable. Ladite œuvre s’étire pour l’instant sur trois saisons (la quatrième est en cours d’élaboration) et compte actuellement 30 épisodes de 48 minutes chacun, ce qui n’équivaut qu’à vingt-quatre heures de diffusion, on en déduira sans trop de difficultés le caractère quelque peu mesquin en termes de rentabilité et en l’état du projet. Toutefois nous avons pu constater combien le nombre de pages d’un livre n’est nullement un gage de qualité de l’ouvrage. De longues années sont souvent nécessaires pour parvenir à être bref et concis et de nombreux auteurs manquent de cette modestie.

7 mars 2019

 

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