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Soit dit en passant

La santé c’est comme le pognon, selon que l’on en a ou non

29 Septembre 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 

 


L’art c’est bon pour la santé, affirme dans sa récente, improbable et néanmoins savoureuse épistole Jean Klépal, empruntant sans vergogne à Voltaire sans que celui-ci l’en ait autorisé. Pourtant, la plupart des artistes sont vraisemblablement morts et il est à craindre que leur santé ne fut pas florissante puisqu’elle ne leur permit pas de survivre à leur œuvre. Ce qui tendrait à démontrer que les matériaux utilisés par le bienheureux défunt étaient de fiabilité supérieure à ceux à partir desquels il fut lui-même élaboré, en hâte probablement car une œuvre dite d’art n’est jamais vraiment impromptue, spontanée, existe toujours ce qui l’a précédée. On a d’ailleurs observé que c’est généralement l’œuvre qui survit à l’artiste plutôt que l’inverse. On peut, dans certains cas le regretter.  D’aucuns en déduisent, un peu hâtivement, qu’elle est immortelle quand son géniteur est depuis un temps plus ou moins long boulotté par les asticots. L’art c’est bon pour la santé de ceux qui viennent en jouir, benoîtement, en échange de quelques picaillons sans que l’autre andouille de créateur n’en sache même rien. Ce qui est, qu’on le veuille ou non, quelque peu discutable. Néanmoins, l’artiste mort c’est quand même la garantie qu’il ne débarque pas un jour de vernissage, histoire de voir un peu la tronche des invités et d’entendre les âneries proférées par les spécialistes (ou non) devant chacune de ses déjections. Si lesdites créations parviennent, bien malgré elles, à atteindre des sommets financiers, parfois modestes mais plus souvent obscènes, seuls les opportunistes (héritiers, amis ou voisins de palier et maquignons) s’en réjouiront, l’autre là, au fond de son trou ou dans son bocal à cornichons, n’en verra jamais la couleur, d’autant moins que ça ne lui en touche pas une.
Quant à la mémoire, levain de la pensée sur lequel je me suis déjà exprimé, elle me permet aujourd’hui de me souvenir exactement d’une toile de Picasso, vue pour la première fois lors de l’exposition au Grand Palais en 1966, Le Buffet de Vauvenargues, qui m’avait totalement subjugué et dont je me serais volontiers porté acquéreur à moindres frais si ses dimensions n’avaient constitué un sérieux handicap pour sortir avec du musée sans être vu. J’ai connu des enthousiasmes semblables pour quelques œuvres de de Staël, Rebeyrolle Giacometti… Il est des circonstances, certes exceptionnelles, où le vol devrait être encouragé. Et même récompensé.
Concernant la notion de progrès je soutiens moi aussi que c’est un faux nez, en art notamment où la mode du moment et l’opportunisme commercial ont transformé l’artiste en installateur, voire en démonstrateur.
Que l’art soit nécessaire j’en conviens tout en soutenant contre vents et marées qu’il est et se doit d’être inutile.
Certes certes, on me rétorquera que c’est jouer sur les mots mais, et c’est bien le moins lorsque l’on écrit. Y compris inutilement.

29 septembre 2017

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Tu rêves ou quoi ?

26 Septembre 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 


Tout un chacun rêve, paraît-il. C’est du moins ce qu’affirment péremptoirement nombre d’analystes spécialisés dans le salmigondis freudien et ses avatars. Toutefois il est communément admis que ceux qui prétendent ne jamais rêver se leurreraient laridondaine car, en vérité, ces imbéciles-là rêvent tout autant que n’importe quel psychopathe ordinaire mais ils ne s’en souviennent pas. Il y aurait donc chez ces sujets comme une panne de l’imprimante qui les rend improductifs en termes de divagations délirantes et souvent nocives puisque les plus atteints d’entre eux peuvent aller jusqu’à s’imaginer capables de refaire le monde, en mieux c’est-à-dire débarrassé de la totalité de ces individus inutiles et nuisibles qui le peuplent et font que tous les rêves se transforment au réveil en cauchemars abracadabrantesques.
J’estime pour ma part avoir déjà fort à faire au quotidien avec la réalité la plus déprimante qui soit pour n’avoir nulle ambition d’en changer le cours et ses chemins vicinaux au risque de ne jamais retrouver la sortie. Jamais, ou alors très rarement, je ne me souviens de ces prétendus rêves qui auraient peuplé le sommeil bienfaiteur de mes nuits au point que je ne suis nullement déçu lorsque j’ouvre les yeux sur une nouvelle journée qui n’offrira aucune différence avec celle qui l’a précédée. D’aucuns ne manqueront pas de s’en désoler mais c’est ainsi, le pire du mardi n’est en somme qu’une variante plus ou moins horrible du pire du lundi. Certes, il y a bien parfois un fait divers qui peut sembler plus épouvantable que tous ceux dont on a pu être témoin jusque là, mais cela relève de l’anecdote, et puis qui peut prétendre l’avoir rêvé trois jours plus tôt ou même la veille. Nul ne peut se prévaloir d’avoir imaginé dans son inconscient déjà perturbé Tchernobyl ou Fukushima, ou les deux, même le scientifique libéral-nazi le mieux payé. Et puis quoi ? Après coup on peut toujours se vanter d’en avoir eu la vision mais c’est un peu facile. Je pourrais narrer avec force détails les moments passés avec Scarlett Johansson mais je garderais pour moi l’abomination que fut pour mon pauvre corps la redescente sur terre en constatant qu’Édouard Balladur était couché à côté de moi. Rêver n’est pas sans danger.

Dans la nuit de samedi à dimanche dernier je me suis réveillé brusquement, il était trois heures du matin – je vous fais grâce des minutes. Et je me souvenais alors du rêve que j’étais en train de faire lorsque celui-ci avait été brutalement interrompu, probablement à la suite d’un événement imprévisible, voire inopiné, survenu vraisemblablement à l’instant même où une feuille de papier 80 grammes de format A4 s’était brusquement défroissé dans la corbeille où elle avait été jetée la veille, déclenchant un vacarme totalement effrayant dont personne n’est en mesure de déterminer le terrible impact alors que je me trouvais – dans mon rêve évidemment – au centre de mon atelier en train de contempler les six toiles de format 120 sur 100 que je venais semble-t-il de peindre, conformément aux engagements pris deux jours plus tôt, uniquement verbalement,  et donc convenons-en sujets à controverse.
Lorsque je me suis levé un peu plus tard, à une heure décente, j’ai estimé qu’il n’était pas nécessaire de descendre à l’atelier. Pour vérifier quoi ? puisque ce n’était qu’un rêve.

26 septembre 2017

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Quarante-deux c’est quand même le double de vingt et un

21 Septembre 2017 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

 

 

 


Quarante-deux selon les organisateurs. Et les chiffres de la police, on les connaît ? Si j’étais venu nous aurions été quarante-trois ! C’est que je ne me déplace que sur invitation. Notez bien que pour un département  qui pouvait se targuer en 2014 de compter 161.588 habitants, on peut déduire que 161.546 d’entre eux s’en temponnent le coquillard de la «transformation» du code du travail. Il y avait quand même davantage de concerné(e)s à la Manif pour tous. Allons, allons ! sachons ne pas dévoiler notre scepticisme et tabler sur 65 millions de manifestants, certes en incluant les macronistes, ce qui n’est pas acquis. Ce jour-là – bien improbable j’en conviens – je ne suis pas certain que la totalité des forces dites de l’ordre soit suffisante pour endiguer un tel mouvement de population, laquelle pourrait bien alors s’emparer de la Bastille, voire de la République et menacer de renverser le pouvoir en place, lequel se verrait soudain dans l’obligation d’avoir recours au nucléaire dont nous n’ignorons point qu’il n’est pas là que pour faire joli. Fort heureusement, le citoyen est un homme, et une femme sinon nous ne serions pas 161.588 à cotiser pour la retraite des sénateurs, et cet homme et cette femme sont des individus responsables qui ont à cœur de ne pas soutenir la chienlit puisqu’ils ne sauraient ignorer qu’ils n’ont toujours pas fini de payer leur appartement, leur Mégane grand sport, leurs derniers téléphones portables et les places au premier rang pour le concert d’adieu de Michel Sardou. Voilà pourquoi il était urgent de décider sans mollir la suppression  de ces petits avantages qui leur avaient été accordés jadis, au lendemain de la dernière guerre il ne faudrait pas l’oublier, afin de saluer le courage des morts, la pugnacité des veuves de nouveau enceintes et l’imperturbable sang-froid des marchands de canons qui envisageaient sans perdre de temps en raison de l’irréparable disparition de nos colonies  leur reconversion dans l’humanitaire et l’import-export conjugués.
Quarante-deux ! Quand on sait qu’à partir de onze on peut faire un cercle homogène, solidaire en gardant les mains libres, on voit tout de suite l’ampleur du mouvement envisageable, pour peu que l’on parvienne à débaucher  quelques héros dans les départements voisins qui, justement, n’avaient vraiment pas grand-chose à faire en ce mois d’août 2054, maintenant que la nouvelle loi travail avait libéré des emplois afin d’en créer de nouveaux. Nous partîmes quarante-deux ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes soixante-quatre en arrivant au port. Décidément, on ne peut même plus compter sur l’optimisme versificateur d’un quelconque Corneille. Quand bien même ils eussent été quatre-vingt-sept cela vaut-il la peine de tirer dans le tas, le gaspillage est mal vu, on se met à dos les experts-comptables diplômés qui vont pinailler sur le nombre de cartouches qui n’ont touché personne, fût-ce par hasard, et ça ne fera pas tripler le chiffre d’affaires de la famille Dassault.
Non, le pragmatisme nous commande de faire preuve d’une imagination, pragmatique. Organiser par exemple une rencontre à vocation footbalistique dans un stade susceptible de contenir soixante mille personnes à qui l’on remettra sur présentation de leur billet d’entrée un badge proclamant leur indéfectible et catégorique opposition au démantèlement  de la centrale de Fessenheim qui prétend garantir la pérénisation de leur emploi jusqu’à la fin du mois de mars prochain.
Quatre-vingt-sept, si tout va bien, et on enlève le morceau. Certes, pas un très gros morceau, dans la bavette avec des pommes de terre à la sarladaise et un gros bon dessert avec de la Chantilly pour finir, café et dijo pour clôturer le tout. Après quoi on peut roter et péter de bonheur et les libéraux-démocrates n’ont qu’à bien se tenir.
Et puis, si jamais nous n’étions que trois, c’est finalement trop peu pour une partie carrée mais on peut toujours taper la belote, on n’est pas là pour se faire engueuler, enfin merde !


Robert Heym, septembre 2017
Texte écrit pour La Canarde sauvage N°30/2017. Non publié.
 

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Le thème, moi non plus

19 Septembre 2017 , Rédigé par jcd


Ach ! L’occasion était trop belle (Ach signifie Hélas dans la langue d’Angela Merkel von Trump et l’on peut même user de la répétition, jusqu’à trois fois de suite, comme le fit en son temps un super-chef plus intègre dans sa gestion des affaires de l’État que ne le sont aujourd’hui ceux supposés nous gouverner). L’occasion était trop belle en effet pour fustiger cette idée imbécile de thème mensuel (qui n’est pas sans évoquer les menstrues dont le cycle est lui aussi inéluctable et quelque peu salissant) propre à détourner les journalistes dignes de ce nom de leur intrépide dénonciation des turpitudes de nos élus locaux – parfois infiniment petits lesdits élus – au profit de divagations foireuses à partir de n’importe quel prétexte, car ce ne sont pas les prétextes qui manquent. Le thème, que voilà donc un honnête moyen de parler, ou d’écrire, pour ne rien dire. Emprunter au tandem Birkin-Gainsbourg un de leurs titres célèbres pour dire vertement mais poliment combien serait malhonnête que de se prétendre ardent défenseur de la veuve et de l’orphelin en acceptant sans vergogne le voisinage de textaillons, voire de texticules branlotant l’euphémisme, la litote, voire la circonvolution la plus absconse quand il s’agit de ne surtout parler de rien.
Des faits, des scandales véritablement scandaleux se produisent tous les jours sous le regard effaré de tranquilles bas-alpins et l’on n’en parlerait pas de peur de déplaire à tel ou tel notable susceptible un beau jour de s’indigner de l’existence d’un humble torchon se prétendant local et satirique, allons soyons sérieux un instant, et même davantage s’il vous plaît, pointons d’un index vengeur les corruptions en tout genre et dénonçons leurs odieux responsables et ne gâchons point du papier et de l’encre en dithyrambes et autres ruminations inutiles qui ne font que ridiculiser ceux qui les rédigent. De brillants journalistes dénoncent avec véhémence et combien de talent les malversations politicardes qui sont la honte de nos plus indignes représentants, sans pour autant se flagorner en compagnie de qui n’est pas convenable.
La presse, qui peut s’honorer de montrer semblable tempérance et ne jamais céder à la trivialité brutale et à l’insulte la plus vulgaire, a su aujourd’hui reprendre le flambeau de ces héroïques brûlots que furent Le Figaro ou L’Aurore et c’est aujourd’hui grâce à ses titres les plus populaires (Le Monde, Libération) qu’elle répond à sa mission qui est d’informer courageusement la nation sans céder aux rodomontades syndicalistes.
Car c’est bien là, exactement, que se situe l’objectif de La Canarde sauvage, et certainement pas en consacrant la plus grande partie de son espace éditorial aux obscènes masturbations prétendument philosophiques de quelques ratés s’imaginant les Zola d’un siècle qui ne les a pas attendus pour se tourner résolument dans le sens de la marche et s’engager d’un pas ferme sur la route illuminée de la réussite. On a beaucoup glosé sur l’appartenance de ces médias (et de tous les autres, notamment radiophoniques et télévisuels) aux mieux nantis de ce
pays mais il importe de ne pas ignorer stupidement l’importance du nerf de la guerre, à savoir que les plus grands organes d’information appartiennent plus ou moins solidairement à ceux qui ont assuré l’élection d’un président de la République, jeune, dynamique, ambitieux et qui conduit la France vers le podium de la resplendissance universelle avec le soutien de L’Europe, du FMI, de la CIA, du Médef et de toutes les banques unies dans un seul souci, celui de réussir là où les autres ont toujours échoué.
Voilà pourquoi ce journal doit impérativement se ressaisir et se diriger vers le succès, sans négliger pour autant le sort des petites gens qui ont quand même leur utilité tant que l’on ne peut pas faire autrement. Mais en sachant renoncer à ce qui est son principal défaut, cette littérature verbeuse totalement stérile dont le lecteur, quand bien même il aurait un jour ouvert un livre, ne peut goûter le défaitisme puéril et le sarcasme vain. N’est-il pas naturel et ô combien sain et revivifiant que que nos abonnés s’inquiètent des états d’âme (ferments d’une future révolution) de Pierre-Gabriel Audubois, de La Condamine, au moment même où le maire d’une commune voisine menace de solliciter son rattachement à l’Italie alors que son propre fils vient d’obtenir sa naturalisation auprès des Émirats Arabes Unis ? Ne doit-on pas s’insurger lorsque Pierre-Antoine Berlureau tente de détourner le cours du Jabron dans l’intention d’ouvrir une station thermale ? Qui serait communale… on croit rêver ! N’y a-t-il point quelque manœuvre frauduleuse quand Pierre-Donatien Dupuis de Val-de-Chalvagne aurait obtenu d’on ne sait quel organisme probablement clandestin l’autorisation d’introduire une sixième poule pondeuse dans son poulailler ? J’apprends de source bien informée que dimanche 16 juillet, où l’on aurait dû fêter N.D. du Mont Carmel, Monseigneur Théophraste Purin, curé de la paroisse d’Oraison-sur-Asse n’a pu dire la messe de huit heures trente en raison d’une gastro-entérite mal soignée au purin d’orties. J’ai moi-même entendu sur France-Inter Belgique qu’une trentaine de Bas-Alpins qui devaient rencontrer la reine sont repartis par le train de 8 heures 47 sans l’avoir vue. Enfin, mon voisin a tenu à me faire savoir ce matin même qu’en raison d’une coupure d’électricité d’une durée indéterminée il est fortement déconseillé de se rendre aux urgences de l’hôpital de Manosque jusqu’à nouvel ordre, l’opération à cœur ouvert de Line Renaud est de ce fait repoussée à une date ultérieure.
Ah ! j’oubliais : j’ai découvert au bar Le Bourguet de Forcalquier, lors d’une conversation entre le vendeur d’asperges et celui de chipolatas que le ministre Castaner ne participera pas au Grand Prix de la Boule forcalquiérenne où il sera remplacé par Pierre Delmar, jamais ministre. Ce ne sont là que quelques exemples des informations qu’il conviendrait de traiter plus largement et en profondeur dans un journal se prétendant local mais également critique-constructif. N’est mineur que ce qui n’est pas majeur, comme disait Michel Debré.Et je tenais à profiter de ce numéro de rentrée pour mettre en garde toute la rédaction et les lecteurs crédules qui se laissent si facilement abuser par des pitreries d’équilibriste qui n’ont d’autre ambition que de les endormir. N’abandonnons pas ce journal, notre journal, votre journal à une poignée d’individus sans foi ni loi dont le but est de s’approprier l’objet de leur convoitise pour y faire l’éloge d’une pensée pseudo-marxiste, voire poétique dadaïste dans la perspective d’entrer un jour à l’Académie Française alors que l’organe qui les fit connaître du grand public est rigoureusement monarchiste tendance Rothschild.

Il faut quand même que les choses soient dites !


Jean-Claude Dormesson, Carte d’identité des Journalistes professionnels N° 22145
Juillet 2017

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Rien à branler ?

12 Septembre 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 

 

 


Dernièrement m’est parvenue cette information selon laquelle le maître bouddhiste tibétain Sogyal Rinpoché a été frappé de disgrâce. Accusé d’abus de pouvoir, voire sexuels, sur des disciples, critiqué pour son train de vie, Sogyal Rinpoché a été contraint de quitter la direction du réseau Rigpa. Né en 1947 au Tibet, Sogyal Lakar Rinpoché, lama du courant nyingmapa, est devenu dans les années 1970 l’un des principaux propagateurs de l’enseignement du Bouddha en Occident. En 2016, un livre de l’anthropologue Marion Dapsance l’avait dépeint en maître irascible, porté sur l’argent et les jeunes femmes – des «partenaires tantriques» au consentement manipulé, selon l’auteure. Mi-juillet, huit anciens étudiants ont publié une longue lettre ouverte dénonçant chez Sogyal Rinpoché des «abus physiques, émotionnels, psychologiques et sexuels, un mode de vie extravagant et avide».
Il semblerait que ce lama-là ne se conforme pas totalement aux préceptes du bouddhisme et s’affranchisse volontiers du noble désintéressement que le dogme revendique pour appartenir à la confrérie de ses fidèles. Son mode d’existence ne se référerait pas de manière exemplaire à cette admirable indifférence qui permet au croyant de se hisser au pinacle de la civilisation, bien au-dessus d’une humanité servile souvent contrainte, bien malgré elle, de céder aux tentations du consumérisme débridé et ô combien égoïste au-delà de quoi l’existence manque singulièrement de piment.
L’indifférence est un sentiment arrogant, dit-on chez les mécréants. Non, pas un sentiment puisque les sentiments sont des choses dégoûtantes, vulgaires et indignes de l’homme, ou de la femme, supérieur(e). Une attitude, préfère mon pote Robert qui s’y connaît en sentiments et précise même qu’il s’agirait en vérité d’un état (manière d’être, plus ou moins volontaire). L’indifférence donc serait l’état d’une personne qui n’éprouve ni douleur, ni plaisir, ni crainte, ni désir. Quelqu’un qui, en quelque sorte, n’en a rien à branler de ce qui se passe plus ou moins autour de lui. Robert ajoute encore que l’indifférence s’apparente au désintéressement, à l’apathie, au détachement, à l’insensibilité. En somme, un individu à côté de qui on peut mourir tranquillement sans qu’il vous demande toutes les deux ou trois heures si tout va bien. Im-per-tur-ba-ble. L’indifférence permet au crétin ordinaire de s’élever au-dessus de ces considérations mesquines qui peuvent, exceptionnellement, nous pousser à nous inquiéter du rythme cardiaque de notre voisin, éventuellement quelconque, avant qu’il ne passe l’arme à gauche mais après avoir vérifié quand même le contenu de son portefeuille, d’où le désintéressement, dont on nous dit toutefois qu’il serait le détachement de tout intérêt personnel, ce qui reste à prouver.
L’indifférence permet d’accéder au nirvana sans s’abandonner aux pouvoirs de substances prohibées, c’est en fait une vertu qui n’est pas à la portée du premier imbécile venu qui s’endort béatement devant la retransmission en direct de l’agonie d’un bovidé trucidé par un œnuque costumé en chanteur de Mexico sous le regard mouillé de connasses frétillantes de la vulve. L’indifférence s’obtient au terme de longues études et d’encore plus longues années de pratique car il n’est pas aisé de demeurer de marbre lors de l’érection du pénis, ou plus modestement de la statue en marbre reconstitué, de n’importe quel dictateur démocratiquement élu avec le consentement tacite de 70% d’abstentionnistes.
L’indifférence peut être parfois confondue avec l’approbation, on l’a bien vu dans les années quarante lorsqu’il s’agissait de choisir entre la résistance et la collaboration, tant il est vrai que la différence est quelquefois bien minime entre la saucisse de Strasbourg et celle de Francfort. Ou, quelques temps plus tard en plein vingt et unième siècle, entre la droite et la gauche. L’indifférence tire sa fierté de cette volonté délibérée à n’être ni pour l’un ni pour l’autre, au-dessus du débat dont la médiocrité lui répugne, dit-il.
L’indifférent comme l’indifférente, peuvent être odieux en raison même de leur superbe qui n’est rien d’autre que la manifestation d’un orgueil démesuré. On peut revoir à ce propos le court métrage de Jacques Demy (années 50), Le Bel indifférent.
L’indifférence c’est la confortable incapacité à décider, c’est le vote centriste par excellence, si voter peut sembler indispensable. L’indifférence se retranche derrière le pourquoi pas ? Ne m’a-t-on point appris dès ma plus tendre enfance cette réplique attendrissante : T’aimes mieux ton père ou ta mère ? Réponse implacable : J’aime mieux le lard ! On demeure confondu devant un semblable égarement qui n’est toutefois pas sans laisser transparaître une magnifique prédisposition pour l’ambitieuse volonté de réussite digne de cette société mercantile mais, pour ma défense, je n’avais alors que des besoins primaires et n’aspirais nullement alors à devenir bouddhiste. Alors qu’aujourd’hui, si la place de Maître Rinpoché est toujours vacante… Car il faut savoir se sacrifier pour grandir.
L’indifférence est un comportement admirable auquel parvient l’être humain lorsque le détachement suprême auquel il atteint enfin lui permet de dépasser l’amour comme la haine. C’est une espèce de sainteté à laquelle il est impossible de se refuser. Enfin ! on peut toujours faire un essai…s’il y a quelques contreparties.

12 septembre 2017
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Comme disait…

7 Septembre 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 

 

Il y a maintenant quelques années de cela, Jean-Claude Pirotte notait quelque part : Devenir sourd, c’est aujourd’hui le nec plus ultra. Il est en effet chaque jour plus tentant de se dispenser d’entendre ce qui se dit, principalement parmi et de la part de ces prétendues élites qui parlent en notre nom puisque nous les avons choisies à cette fin, de gré ou de force. Le silence est à ce point terrifiant qu’il faut sans cesse éviter qu’il ne s’installe. L’exquise Louise de Vilmorin ajoutait, sans crainte qu’on l’accusât de sexisme, ce qui serait tout de même un comble : Les femmes aiment les hommes silencieux, elles croient qu’ils les écoutent.
JFK (Jean-François Klépal), dans son blog du 5 septembre, constate combien le silence est désormais honni, ringard puisqu’il fait perdre du temps. Ce qui est en somme incontestable dès lors que time is money et que la monnaie constitue à elle seule l’unique référence de pensée, depuis quelques dizaines d’années déjà. D’immondes passéistes, ronchons rétrogrades, brandissent en queue de manif leur fameux C’était mieux avant ! et refusent de prendre en compte les énormes progrès que nous devons à la découverte, par exemple, de l’énergie nucléaire, si propre et si peu polluante au point que ce serait invisible à l’œil nu. JFK nous rappelle la force inébranlable du fameux slogan du passé faisons table rase, grâce auquel l’art délicieusement contemporain est dorénavant reconnu d’utilité publique. Il réclame (Jean-François Klépal, et non l’art contemporain qui n’a rien à réclamer puisqu’il a tout) – et sa revendication est sordidement réactionnaire – que l’on daigne se pencher sur notre mémoire, collective et individuelle afin de relativiser la pertinence de notre égocentrisme. Et pourquoi pas planter des arbres, tant qu’on y est ! Et Wellbek écrire ses œuvre simmortelles avec un porte plume Sergent Major…
Revendiquons donc pleinement notre fierté d’appartenir à cette civilisation du jetable et de la nouveauté permanente, continue et instantanée, soyons de notre temps, enfin ! Ouvrons-nous à l’avenir tellement radieux grâce à l’EPR qu’il faudrait être singulièrement rétrograde pour nous soucier de ce qui n’est plus. La seule fonction de la mémoire est de nous aider à regretter, comme disait l’inénarrable Cioran. Le passé est dépassé, révolu, révoqué, l’homme de demain est en marche, la République elle-même… une deux, une deux, demi-tour à droite, droite ! En joue, feu !
Tu n’as rien vu à Hiroshima ! répétait Emmanuelle (Riva, pas l’héroïne de Jaeckin ni la cousine de Teresa) et c’est vrai que nous avons quelque peu oublié qu’il n’y avait plus grand chose à Hiroshima le 4 août 1945 après le largage de soixante kilogrammes d’uranium 235 rédempteur. Mais la mémoire est parfois volage, à moins qu’elle ne soit accommodante au gré des intérêts de la démocrassie. Il y a parfois des faits que nous préférons laisser choir au fin fond du puits sans fin de l’oubli, on a bien le droit de vivre en paix, non ? L’oubli c’est une sorte de coussin moelleux et on finit par s’endormir. Du sommeil du juste. Comme disait Camus… ou Macron.


début septembre 2017

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