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Soit dit en passant

Articles récents

Pour parler d’autre chose…

5 Septembre 2014 , Rédigé par JCD

Un de mes amis — que je supposais plus ou moins feinté défunt, bien que n’ayant pas été invité à consoler sa veuve — vient inopinément de se rappeler à mon bon souvenir pour me signaler une inexactitude qu’il aurait relevée dans un de mes récents blogs. Il existerait selon lui un certain nombre d’individus — un seul peut-être mais très actif — qui pratiqueraient, en plein vingt et unième siècle, l’activité de peintre en lettres, un art ô combien délicat dont j’avais malencontreusement et fort injustement dénoncé la probable disparition. Mon ami aurait lui-même, en personne en quelque sorte, observé à l’occasion, je cite, du Salon des antiquaires de la Bastille que toutes les enseignes indiquant le nom des exposants et le numéro du stand seraient (le conditionnel est de moi car je ne crois que ce que je vois, c’est d’ailleurs pour cette raison que je demeure fermement athée et vigoureusement hostile aux barbiers qui demain raseraient gratis) peints à la main en lettres rouges, et en italiques, sur un petit carton. Je reconnais qu’il faut certainement être un peu spécial pour fréquenter ce genre de lieux, néanmoins l’information est là, dans toute sa candeur un peu archaïque, et laisse pantois. Car vous avez bien lu, tout comme moi : peints à la main. À l’heure de l’infographie, comme on dit, d’Internet et du téléphone portable, de pauvres employés, certainement honteusement sous-payés, en sont réduits à peindre à la main — et en italique, ce qui est plus difficile à cause de la pente qui doit être constante — des noms et des numéros sur de petits bouts de carton pour gagner misérablement de quoi nourrir leurs multiples femmes et enfants, et eux-mêmes s’il y a des restes.
Un autre de mes amis (si si, j’en ai plusieurs ! même si le mutisme de la plupart de ceux à qui je destine régulièrement mes modestes écrits m’incite à penser qu’ils sont tous probablement morts) me signale avoir trouvé trace de cette occupation démodée jusque sur Internet précisément. Je ne suis pas allé vérifier, cela sent un peu trop le canular. En revanche, que deux personnes, vraisemblablement encore vivantes, se soient pareillement mobilisées pour défendre la cause de professionnels dont la corporation est sans aucun doute radiée à jamais des listes de Paul Emploi m’incite à penser que nous ne saurions totalement désespérer de l’humanité. Il s’en faut probablement d’un cheveu que ces deux-là ne se soient déjà engagés pour aller soutenir les nobles Ukrainiens qui semblent hélas ignorer ce à quoi ils s’exposent en voulant à tout prix — et ce n’est pas une façon de parler — entrer dans cette belle et chaleureuse communauté économique et financière qu’est l’Europe (pour le social les dates des prochaines négociations sont toujours en cours de discussion).
N’oublions pas pour autant que c’est le quatorze juillet mille neuf cent soixante-dix que Luis Mariano nous quittait. Une raison supplémentaire de ne pas désespérer.

septembre 2014

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Exercice de style

3 Septembre 2014 , Rédigé par JCD

Contraint de me rendre jusqu’à une agglomération voisine — la patrie de Giono, comme aiment à le souligner les natifs d’âge mûr, les plus jeunes soupçonnant qu’il pourrait peut-être s’agir d’un joueur de football dont ils n’auraient jamais entendu parler — je fus amené, le temps d’un modeste bouchon, à remarquer deux techniciens certainement chevronnés occupés à installer une enseigne, probablement lumineuse et clignotante, au-dessus de la vitrine d’un commerçant. Cet événement, observé fugitivement et passablement dépourvu du moindre intérêt, m’en rappela un autre, d’un intérêt tout autre en raison de son caractère autobiographique, daté de l’époque où, encore adolescent, j’avais obtenu durant mes vacances scolaires d’effectuer un court stage, probablement grassement rémunéré, chez un peintre en lettres. En termes d’apprentissage, la besogne que me confia mon employeur temporaire avait valeur de diplôme de fin d’études puisqu’il s’agissait de peindre le nom d’un client et de son activité sur les flancs d’un fourgon de marque Citroën en tôle ondulée — identique à celui du livreur de couronnes mortuaires que l’on voit durant la séquence de générique du film, très beau et injustement sous-estimé, son avant-dernier, signé Billy Wilder, Fedora. Je vous parle là d’un temps que les moins de cinquante ans… un temps où ce constructeur de véhicules automobiles avait eu l’idée géniale d’utiliser la tôle ondulée à l’horizontale, sans doute pour une question d’aérodynamique, et où le propriétaire dudit fourgon ne voyait probablement nulle perversité à faire peindre l’intitulé complet de son entreprise sur les flancs d’icelui, laquelle entreprise aurait pu par exemple — car j’ai depuis lors oublié — se nommer : Georges-Antoine Morvandiau & Associés, Ramonage en tous genres, Dégoudronnage de conduits. Le tout sur deux lignes en Bodoni gras, parce que le Bodoni, surtout s’il est gras, convient sans doute idéalement pour le ramonage.
La corporation des peintres en lettres a été depuis rendue obsolète, plus personne ne fait peindre à la main son enseigne. Il ne viendrait désormais à l’idée d’aucun professeur chargé de former des graphistes — le mot lui-même n’existait pas alors — d’exiger de ses élèves qu’ils sachent dessiner une lettre. Il suffit dorénavant de puiser dans le choix de polices de caractères dont dispose l’ordinateur, puis, au gré de la fantaisie de l’artiste, d’engraisser, étroitiser, italiser à volonté, sans que la notion même de lisibilité soit à l’ordre du jour ni davantage contenue dans le cahier des charges.
On observera par ailleurs que c’est à peu près depuis cette époque qu’aucun constructeur ne fabrique plus de véhicules en tôle ondulée.

mars 2014

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Page de garde

1 Septembre 2014 , Rédigé par JCD

Bien que certains y prennent goût et s’en délectent, il n’est pire punition, pour un artiste principalement, que de devoir assurer la garde d’une exposition, fût-ce celle de ses propres œuvres. S’ennuyer comme un rat mort est une expression qui, pour être courante, n’en est pas moins sujette à caution puisque jamais nul n’en vérifiât l’exactitude et l’on devrait plutôt dire s’ennuyer comme un artiste condamné à garder son exposition. Sauf s’il est déjà aussi mort qu’un rat, bien entendu. Et je sais de quoi je parle puisque je viens d’en faire, douloureusement, la funeste expérience pour la troisième fois en bientôt, si rien ne tourne à mon désavantage d’ici là, un siècle d’existence. De vigilants pragmatiques ne manqueront certainement pas de me faire remarquer combien il m’eût été tout à fait aisé d’échapper à cette corvée en n’exposant point. Seulement voilà, on croit bien faire, on veut se montrer conciliant, agréable, voire se sentir flatté d’être ainsi invité quand, à quelques kilomètres de là, on honore plus ou moins pareillement mais avec davantage de faste et de notables cravatés un illustre artiste contemporain dont les plus fins collectionneurs internationaux se partagent l’œuvre peint après qu’ils eussent raté Van Gogh, Gauguin, et même Warhol. C’est assez dire s’ils sont nuls, commercialement parlant s’entend.
C’est ainsi. Car, à l’échelon modestement mais néanmoins culturellement municipal, il ne saurait être question de gaspiller l’argent du contribuable rural en salaires et charges forcément éhontés versés à quelque assisté social inculte afin qu’il gardât durant deux après-midi et une fin de matinée les ineptes crabouillages d’un artiste évidemment sans gloire puisque nul correspondant local de la Gazette de Sotheby’s International n’a jamais entendu prononcer son nom. Surtout lorsque l’on songe qu’ils étaient, nous étions, ce jour-là une poignée, d’un talent que nous qualifierons de plus ou moins égal afin d’éviter la polémique, répartis en une dizaine, ou douzaine, de lieux dont il eût fallu également assurer la surveillance. On imagine sans peine le coût exorbitant d’une telle aberration…
Comme un rat mort je me suis donc très normalement ennuyé entre les quatre murs d’un établissement autrefois postal, partageant avec un collègue de bureau dévoué à l’art photographique la lente liquéfaction des heures tandis qu’à Foshan, dans le sud de la Chine, un chef cuisinier mourait dans son restaurant après avoir été mordu à la main par un cobra qu’il devait cuisiner en soupe. Ce Vatel aux yeux bridés avait pourtant tranché la tête du reptile vingt minutes plus tôt, et découpé le reste de son corps en menus morceaux. Ce qui démontre de manière catégorique que la vie continue dans le monde, certes avec des hauts et des bas, alors même que le sort du gardien d’exposition ne suscite pas le moindre intérêt de la part des médias internationaux. L’excellent André Blanchard, écrivain de son état, avait lui-même observé semblable indifférence lorsqu’il se morfondait très normalement durant les exhibitions d’artistes plus ou moins prestigieux dont il assurait la garde des œuvres installées dans les salles municipales de cette bonne ville de Vesoul. Et pourquoi pas Vierzon, ou Honfleur qu’il faut également avoir vus, ainsi que l’affirmait au siècle dernier un poète bruxellois.
Prudent par expérience, j’avais glissé dans ma musette mon exemplaire déjà lu de l’un des deux livres de Thomas Bernhard parus après sa mort. Il s’agit d’un recueil rassemblant ses discours, lettres, entretiens et articles dans lesquels il laisse libre cours à ses détestations avec une férocité et une dérision qui devraient réjouir tout individu normalement constitué, espèce à laquelle je me flatte d’appartenir. Je relisais donc avec délectation cette Protestation contre le Tartuffe de monsieur Peymann (Claus Peymann, son metteur en scène idéal et néanmoins ami) adressée à et publiée par l’hebdomadaire Die Zeit en 1988 où Bernhard commente avec une élégante sauvagerie la non-représentation au Burgtheater de sa pièce Heureuse Autriche (qui n’a jamais existé) dont il énonce la distribution, prévue par lui, où l’on relève les noms ô combien prestigieux du président Kurt Waldheim dans le rôle du Hors d’œuvre roué, du chancelier Bruno Kreisky dans celui du Grand Louche, de Heller — dont j’ignore qui il fut — dans celui du gardien de cochons, de l’évêque Kurt Krenn qui joue la mort-aux-rats archiépiscopale et, cerise sur le strudel aux pommes, du pape lui-même qui est chargé d’embrasser le sol autrichien. L’auteur se réservant, dit-il, le rôle du cracheur dans la soupe. Béatitude euphorisante. Béatitude violemment interrompue par l’irruption inopinée d’un groupuscule d’amateurs d’art rapidement déçus de ne point trouver là, amoureusement brossés au poil de martre, champs de lavande et couchers de soleil sur le Lubeuuuron.
Il me faut toutefois reconnaître combien cette besogne peut parfois procurer à l’artiste-gardien de brefs mais savoureux instants lorsque, depuis la position stratégique où il a choisi d’assumer son inexistence dans le contre-jour d’une porte-fenêtre, quelque visiteur — ou visiteuse, ce qui n’est parfois que plus délectable — laisse échapper, comme involontairement, un discret gloussement de plaisir accompagnant un sourire que la lecture d’une phrase puis d’une autre semble avoir déclenché. Lecture, avez-vous lu, dans une exposition ? Mais quelles sont donc ces mœurs ? vous interrogez-vous. Il me faut en effet avouer ici que mon actuelle conception de la peinture ne s’embarrasse guère du très strict respect des règles déjà en vigueur antérieurement à l’invention de la charge néanmoins avantageuse de ministre de la Culture sous le règne gaullien d’un certain pilleur de tombes nommé Malraux, Dédé pour les intimes. Les mots ne me font pas peur et je ne vois pas pourquoi leur usage devrait être exclusivement réservé aux seuls plumitifs qu’émoustille l’éventualité d’un quelconque prix Goncourt destiné à récompenser leur persévérance obstinée à raconter l’effroyable histoire de Paul qui sauterait bien Marie alors qu’elle lui préfère Raoul qui a une Laguna. Et ce bref sourire de satisfaction que je vois s’inscrire sans tapage sur le visage de ma visiteuse engendre alors, sans l’aide d’aucun commentaire, un discret sentiment de connivence, de complicité entre elle et ce type — l'artiste, of course — assis sur sa chaise jusque là terrassé par le mortel ennui. Ce qui tendrait à démontrer la belle faculté qu’a l’écrit à favoriser le partage d’idées et d’émotions — même si ce mot peut sembler grandiloquent — pour autant qu’il affiche une nécessaire distance à l’égard de ce sérieux prétentiard dont l’artiste, fût-il également gardien, a quelquefois une fâcheuse tendance à se croire le dépositaire privilégié. Celui-là est évidemment un autre que moi qui ne saurais prétendre.
À l’heure où, sur le marché aux esclaves, le bénévole recueille grâce à son admirable gratuité les faveurs enthousiastes des négriers supporters du Médef, rendons donc hommage aux organisatrices et organisateurs de cette manifestation qui ont eu l’idée saugrenue de m’inviter parmi eux en m’infligeant en contrepartie  l’obligation de veiller sur ma marchandise afin qu’ainsi il me soit donné de croiser, certes fugitivement, le regard amusé de celle-ci ou de celui-là, surpris qu’on lui tint pareil propos quand il était juste venu voir de l’Aaaart.

août 2014

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Je ne suis pas très fort en maths, mais…

31 Août 2014 , Rédigé par JCD

S’il est une coutume, bien confortable, qui date de la nuit des temps et qui devrait se perpétuer durant encore quelques années, disons jusqu’à l’aube du dernier jour, c’est bien celle qui consiste à toujours tout mettre sur le dos des méchants. Reconnaissons que c’est là une pratique un peu facile puisque, tout naturellement, le méchant c’est toujours l’autre. Qu’il nous suffise aujourd’hui même de considérer ce qui se produit en Ukraine dans ces rapports quelque peu tendus avec son voisin russe d’où l’on conclut immédiatement que c’est en toute logique ce dernier qui est le méchant puisqu’il s’oppose, avec un manque de délicatesse manifeste, à ce que certaines populations locales puissent choisir en toute liberté d’entrer, par exemple, dans cette grande fraternité européenne à laquelle nous sommes si fiers et heureux d’appartenir. Une poignée de rabat-joie effroyablement pessimistes fait valoir que les Ukrainiens pro-européens seraient en vérité de dangereux nationalistes, peut-être même un peu fascistes, désireux de bouter l’envahisseur hors du territoire ancestral afin de combattre les visées expansionnistes d’un peuple qui, il n’y a pas si longtemps, était composé de bolcheviks ne rêvant que d’instaurer la dictature du prolétariat. Que dire également de cette autre contrée où le chef suprême fait quotidiennement exterminer son propre peuple avec un cynisme comparable à celui d’un célèbre général chilien tandis qu’une autre poignée de rabat-joie effroyablement pessimistes, possiblement les mêmes, dénonce vigoureusement cette rébellion qui n’ambitionne rien d’autre que d’instaurer par le terrorisme un pouvoir islamiste en remplacement de cet État noblement républicain. Les exemples ne manquent pas, actuels, récents ou plus anciens, qui illustrent impeccablement ces solides certitudes selon lesquelles le méchant est en face, c’est-à-dire du côté où l’on ne se trouve pas ou, par déclinaison, dans le camp ou chez l’individu que l’on a choisi de ne pas aimer. Ce n’est pas obligatoirement que l’on aime vraiment les protagonistes ou l’individu auprès de qui on décide de se ranger, mais pour bien détester, voire haïr convenablement l’adversaire, il faut nécessairement lui opposer l’amour, l’admiration, l’empathie que l’on éprouve, ou feint d’éprouver, pour l’autre.
Le méchant, en soi-même, n’est pas vraiment méchant, pas davantage qu’un autre, il le devient par nécessité dès lors que les bons, guidés par leur crédulité, leur frivolité ou l’absence tragique d’une capacité à penser, le montrent du doigt et le désignent ainsi à la vindicte publique au nom de leur privilège à être bons. Plus les bons sont nombreux, mieux les méchants prospèrent et fructifient. Enlevez les bons, il n’y aura plus aucun méchant. C’est mathématique.

avril 2014  

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Hier, j’ai vomi

29 Août 2014 , Rédigé par JCD

J’ignore si le sujet que j’entends développer ici saura intéresser mes futurs nombreux lecteurs mais j’avoue qu’il me plaît assez d’aborder autre chose que ces délicates histoires au cours desquelles deux individus de taille moyenne s’interrogent pour savoir s’il est bien raisonnable de forniquer immédiatement alors que le lait est peut-être déjà en train de bouillir sur la cuisinière. J’ignore mais en vérité j’ai choisi d’ignorer jusqu’à cette ignorance-même. Car ici, à cet instant, je fais très exactement ce que je veux au point qu’il m’arrive, plus souvent qu’à mon tour, de m’appeler — dans l’intimité, il va de soi — mein Führer, avec une majuscule s’il vous plaît. Le sujet que je me propose d’aborder dès maintenant s’inspire d’une sorte de fait divers dont la presse, même locale, s’est abstenue de parler. Hier, j’ai vomi. Cela ne m’était pas arrivé depuis de très nombreuses années, il faut dire que j’ai horreur de ça.  Même lorsque j’ai trop bu — le terme est impropre car je ne bois jamais trop — je me garde bien de vomir, c’est trop dégoûtant. Dernièrement, au réveil d’une anesthésie, j’ai rempli deux haricots de carton bouilli que me tendait fort obligeamment une infirmière, mais je n’étais pas vraiment conscient de mes actes et j’aurais pu tout aussi bien égorger un chirurgien de passage, sans le faire exprès et sans le vouloir vraiment. Lorsque je suis pleinement responsable de mes actes, je m’interdis de vomir. Et voilà qu’hier, moins d’une heure après avoir pris mon petit déjeuner et avant même le premier ballon de blanc, j’ai été trahi et j’ai dû courir restituer ce que les spécialistes nomment avec coquetterie un bol alimentaire encore fumant, contre mon gré, sans être parvenu à éviter pareille humiliation. L’expérience est extrêmement désagréable, on a en une fraction de seconde la cavité buccale qui se remplit d’un liquide tiède, un peu aigre, parsemé de grumeaux, qu’on ne peut éviter d’expulser parce qu’une seconde livraison surgit sans attendre, puis une troisième. C’est vrai qu’ensuite on se sent beaucoup mieux mais durant la performance, et bien que celle-ci soit d’une brièveté salutaire, je soutiens que c’est abominable. Je comprends tout à fait qu’il faille se vider de temps en temps d’une manière ou d’une autre mais celle-ci les dépasse toutes en horreur. Uriner en plein air tout en suivant des yeux un papillon qui passe avec frivolité du tronc d’un robinier à un arbuste en fleurs est un bonheur exquis, sereinement déféquer dans le silence complice d’un espace clos nous préservant de l’agitation du monde constitue un grand moment de plénitude et ce que le poète y perd en vertiges bucoliques en renonçant à l’attrait d’une rime particulièrement riche, l’artiste l’acquiert en force d’expression, il est alors complètement maître d’une création vraiment achevée et livre un produit fini, quasiment parfait et toujours original. Tandis que vomir relève de l’imprévisible, du bâclé, du fast-food en somme. On raconte que certaines personnes, des pervers sans nul doute, s’enfournent en fin de repas deux doigts dans la bouche pour vomir afin de pouvoir repasser à table l’estomac léger. Je veux croire qu’ils s’éloignent quelque peu d’éventuels autres convives lorsqu’ils se livrent à de telles pratiques à moins qu’ils ne partagent le rituel à plusieurs, comme d’autres s’adonnent au tantrisme ou aux transports en commun. Personnellement, je nourris — l’expression est peut-être mal choisie dans le présent contexte — une réelle aversion pour les sports collectifs et, autant que faire se peut, je vomis en cachette.
Mon médecin m’a assuré que j’avais probablement été victime d’un quelconque virus. Moi qui ne sors jamais !

novembre 2013

 

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Un brave type

27 Août 2014 , Rédigé par JCD

Je n’en disconviens pas, bien au contraire j’abonde lorsque j’apprends qu’Untel est mort dans son lit ou dans son fauteuil, prolongeant ainsi plus que de raison une sieste digestive ou une nuit de sommeil tout à fait reposante. Mourir, en effet, n’est rien de plus qu’une promenade qui s’achève, en douceur en somme, presque proprement. Bien entendu, monsieur Untel n’a pas eu la chance de vivre ce moment comme une délivrance puisqu’il a été privé de ces effroyables souffrances qui font que l’on aspire à en finir au plus vite. Il ne s’est aperçu de rien, comme qui dort tellement profondément qu’il en oublie de se réveiller. Il n’en a pas vraiment profité et il aurait de bonnes raisons de se montrer un peu amer dès lors que les choses auraient pu continuer ainsi encore un moment et qu’on a interrompu cet état de béatitude pour le faire basculer dans l’absence. Mais il n’ira pas réclamer, auprès de qui d’ailleurs ?
Déjà rigide et froid, il vient d’entrer dans la phase de sanctification. Autour de lui, ils ne sont pour l’instant que quelques-uns à avoir entrepris de le réhabiliter. Celui dont on disait qu’il était odieux, insupportable et méchant, une langue de vipère, est en train, progressivement, de devenir un être particulier, unique en vérité, rempli de qualités, certes pas toujours évidentes à discerner mais qui émergent lentement au fur et à mesure que l’on en parle. Le saint homme est en marche, il ne devrait pas tarder à faire son entrée, dans moins d’une heure ce sera fait, sans tapage ni déplacement d’air inutiles. Ces défauts, ces tares qui le rendaient détestable sont en ce moment même appelés à se convertir sans trop attendre en autant de mérites, de talents et de vertus, justifiant l’amour et l’admiration que désormais on lui voue ; si cela s’avérait possible on débaptiserait la rue où il a terminé sa vie pour lui donner son nom, et peut-être également celle où il est né, bien loin d’ici peut-être, à condition naturellement que les autorités compétentes y consentent.
Des voisins, qui passaient par là pour gagner l’hôpital où ils ont rendez-vous avec l’oncologue, s’arrêtent un moment afin d’entendre ce qui se dit, tentés par l’idée de rappeler comment monsieur Untel prenait, à chaque fois qu’il les croisait et avant qu’ils n’aient eu le temps de changer de trottoir, un plaisir malsain à demander des nouvelles du cancer de l’utérus de la grand-mère qui, quand même et bien que les choses aient tendance à s’oublier, disait-il, durant l’Occupation aurait mieux fait d’y réfléchir à deux fois. Et finalement, les voisins choisissent de s’abstenir, puisqu’il est mort et bien mort, certes sans même la moindre maladie mais qu’ainsi au moins il ne parlera plus.
On voit par là combien les cadavres, à jamais muets, deviennent inoffensifs mais, de surcroît, gagnent en honorabilité.

mai 2014   

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Toujours plus !

25 Août 2014 , Rédigé par JCD

Nous vivons des temps décidément bien voraces où chacun n’ambitionne pas moins que d’en avoir toujours plus. On pourrait certes le comprendre des plus pauvres et admettre leur légitimité à obtenir un peu plus que rien du tout, mais ce serait alors priver les plus riches, qui déjà ont presque tout, de ce petit supplément sans lequel ils auraient le sentiment d’avoir moins.
Sans compter qu’il s’agit également d’un problème phonétique. En effet, selon que l’on prononce plu ou plusse on s’estime comblé – je n’en veux plu(s) — ou insatisfait — j’en veux plu(sse). Le pauvre n’est jamais rassasié puisqu’il n’a rien et ne peut guère imaginer obtenir plus – à moins de se livrer à des activités que la justice réprouve et condamne – tandis que le riche aspire à avoir davantage puisque son état de riche l’autorise à espérer avoir tout. Le riche est quelqu’un de foncièrement positif et il ne peut que s’interdire l’usage du plus négatif (le ridicule et désobligeant plu) qui ne correspond en rien à ses vertus de profiteur invétéré. Ses parents, ses grands-parents l’étaient déjà, c’est quelque chose de profondément atavique. Il lui faut donc sans cesse veiller, sous peine de danger potentiel, à exiger toujours plus, sans toutefois céder à la précipitation qui est souvent l’apanage du nouveau riche, toujours prêt à prendre inconsidérément des risques pour avoir plus alors qu’il ne dispose encore que de très peu.
Oui, ces temps sont voraces qui ont élevé la compétition au stade de la doctrine et la performance à celui d’art de vivre. Il faut chaque jour faire plus — et mieux puisque le plus est le mieux — et sourire de ceux qui soutiennent que le mieux serait l’ennemi du bien. En dehors du pluriel de ce mot, qui justifie que l’on s’y attache et qu’on le fasse prospérer, le bien est un concept ridicule, désuet, vaguement mystique, tout juste bon à occuper l’esprit, ou ce qui leur en tient lieu, des pauvres. Quiconque n’est pas quelconque doit, naturellement en somme, ne point pouvoir se contenter de trois automobiles s’il peut en acquérir six ou huit, les limites sont un frein à l’expansion, au bien-être, à l’épanouissement, il faut sans cesse avoir des projets et tout entreprendre pour les voir aboutir, faute de quoi l’existence serait d’un ennui assommant.
Plus, aujourd’hui et maintenant, c’est encore beaucoup plus pour demain et après-demain. Tandis que celui qui ne dispose que du strict nécessaire lui permettant de survivre n’a rien à faire fructifier. Que lui importe alors que trains, avions, et voitures aillent toujours de plus en plus vite, cela ne lui est d’aucune utilité, le progrès ne le concerne pas, en tout cas pas davantage que celui que peuvent lui offrir ces petits biens de consommation qui, si modestes soient-ils, apportent néanmoins un petit plus au gros plus de notre bienheureux riche et contribuent à son inexorable enrichissement.
Sans le pauvre — à condition bien sûr qu’il soit multiplié à un nombre suffisant d’exemplaires — le riche dépérit, il n’a plus de goût à rien et l’ennui, le terrible ennui, le guette. Sournoisement.

novembre 2013 

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Un jeune homme en colère

23 Août 2014 , Rédigé par JCD

À l’état naturel l’homme — entendons par ce mot et d’une manière générale l’être humain puisqu’il ne convient certainement pas ici de discriminer — l’homme donc, à l’exception de l’idiot congénital, n’est jamais vraiment content. Certes, il peut tout à fait manifester ponctuellement une sorte de joie un peu factice — voir à titre d’exemple le cas cité précédemment comme étant exceptionnel — lorsqu’il croit par exemple avoir gagné au Loto ou encore à l’instant même où il vient, sur un coup de tête, de faire l’acquisition d’une nouvelle voiture. On peut alors l’apercevoir gesticulant  dans son véhicule neuf et coûteux, tel un débile profond, ainsi que le préconise le spot publicitaire qui l’a poussé à investir déraisonnablement dans un achat aussi inutile qu’inconséquent. Mais c’est là un bref moment de son histoire personnelle qui ne se reproduira pas de sitôt car ses moyens ne sont pas illimités. Néanmoins, il peut parfaitement glousser de manière totalement ridicule pour témoigner de sa satisfaction en apprenant le décès inopiné d’une membre de sa famille ou d’un voisin de palier pour lesquels il ne nourrissait aucune tendresse particulière. Ce ne sont toutefois que de menus plaisirs, trop fugaces et vite oubliés, dont il ne tirera nulle euphorie de longue durée susceptible de justifier une deuxième tournée au bar-tabacs le plus proche. Car l’homme, et c’est là sa principale vanité, aimerait baigner en permanence dans l’allégresse la plus obscène, chaque jour que dieu, ou un autre, fait et dont le nombre cumulé au long d’une existence de modèle standard compte davantage de sujets de mécontentement que de motifs à se réjouir. Tout lui est prétexte à maudire l’humanité tout entière, plus précisément les absents parce qu’ils sont les plus nombreux et qu’ils ont toujours tort.
Certains individus, souvent mal embouchés, vitupèrent, parfois du matin au soir, contre le retard des trains, les rames de métro bondées, la circulation dans les villes et l’absence de taxis quand il pleut ; ils éructent des insanités en tentant, sans y parvenir, de dégager n’importe quel ustensile de première nécessité d’un blister inviolable tandis que d’autres fulminent parce que, imbéciles ordinaires, ils sont sortis ce matin sans parapluie au motif que tel prévisionniste présomptueux venait d’annoncer avec enthousiasme une belle journée d’été. En plein mois d’avril et au nord de Montélimar.
Quelques cas très singuliers, qu’un optimisme béat pousse à proférer n’importe quoi dès lors que la foi les habite, invoquent le fait que leur constante amabilité, leur incroyable altruisme ne pouvaient que leur être constamment favorable et qui, dans un moment de grande frivolité, sont morts d’un cancer généralisé. Toute ma vie j’ai été brave et gentil et c’est pour cela que j’ai attrapé le cancer. Et c’est tout à fait bien ainsi. J’estime que quiconque a été toute sa vie brave et gentil ne mérite rien d’autre que d’attraper le cancer. Ce n’en est que la juste punition. Notait dans Mars, son unique ouvrage, Fritz Angst, dit Fritz Zorn, né en 1944 sur la Rive dorée du lac de Zurich et mort en 1976 d’une probable maladie de Hodgkin, cancer des ganglions lymphatiques.
On devrait offrir ce tout petit livre (par le nombre de pages) à la fois extrêmement jubilatoire et délicatement mélancolique à tous les cancéreux en phase plus ou moins terminale afin qu’ils s’interrogent une fois, voire ultima forsan et sans beaucoup de délais certes, pour savoir s’ils ont été ou non exagérément braves et gentils et s’ils ont incontestablement mérité ce cancer auquel ils n’avaient peut-être pas droit. C’est qu’il n’est pas donné à chacun de naître et de vivre sur la Rive dorée du lac de Zurich, au sein d’une famille confortablement bourgeoise, guindée, policée, hypocrite et “harmonieuse”. C’est peut-être à ce titre qu’il est réconfortant de partager la colère de Zorn.

juillet 2014 

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Top secret

21 Août 2014 , Rédigé par JCD

Chaque matin je m’étonne de devoir constater combien nombre de mes congénères semblent douter du formidable intérêt que représente l’époque à laquelle, tout comme moi, ils vivent. Qu’ils essaient simplement de s’imaginer le sort de leurs ancêtres, aussi proches aient-ils été, dont les jours furent tous, peu ou prou, peints aux couleurs de l’ennui le plus morne, privés qu’ils étaient alors, les pauvres, de ces révélations qui constituent maintenant — et les progrès en matière d’information sont tels que nous devrions sous peu connaître l’orgasme par overdose — le menu plus ou moins varié de notre si divertissant quotidien.
Songeons par exemple qu’à une époque pourtant pas si lointaine (1917) une femme de mœurs certes un peu légères fut passée par les armes dans les fossés de Vincennes pour avoir, disait-on et à tort semble-t-il, espionné la France au profit de l’empire allemand. Aujourd’hui que nos services secrets sont autrement performants nous pouvons nous passer de ceux, plus ou moins secrets, des courtisanes, lesquelles en sont dorénavant réduites à développer des talents dépourvus de romanesque. Tout le monde espionne tout le monde, c’est un fait acquis, mais le bon goût exige néanmoins que l’on s’offusque publiquement en invoquant la surprise à propos d’une telle découverte. Nous ne construisons plus de ligne Maginot ayant vocation à contrarier l’avance de l’envahisseur dont les stratèges, plus fins que les nôtres, imaginèrent plutôt de franchir ladite ligne par les airs, puisque l’aéroplane avait été fort opportunément inventé à des fins prioritairement militaires.
L’indignation est, ces jours-ci, générale mais de là à déclencher une nouvelle guerre mondiale il y a un pas que nul ne souhaite franchir car, en vérité, puisque tout le monde espionne tout le monde il n’y aurait rien à gagner à exterminer son voisin, dont la disparition entraînerait également celle de ses précieux secrets. Écouter aux portes était l’occupation favorite des gens de maison, elle est devenue désormais celle des serviteurs de l’État, les qualifications de nos modernes larbins sont juste d’un autre ordre, plus sophistiquées et mieux rétribuées. Les progrès en termes de technologie autorisent les espérances les plus folles, n’importe quel homme de pouvoir tenté de connaître comment tel autre, à trente mille kilomètres de lui, triche et ment à loisir, dissimule ses fonds d’origine douteuse en prévision d’un éventuel coup du sort – les dictateurs sont tous des hommes prévoyants –, celui-là s’expose à faire l’objet d’un espionnage identique puisque seuls les pauvres et les médiocres n’ont vraiment pas grand-chose à cacher, en dehors d’une petite turpitude dépourvue d’envergure.
Bienheureux devraient être les modestes qui n’intéressent personne. Leurs éventuels petits secrets sont ceux de petites gens dont tout un chacun, à l’exception d’un voisin de palier tout aussi quelconque, se fout dès lors qu’il n’y a rien à gagner en les découvrant. L’insignifiance de leurs misérables cachotteries souvent leur fait envier les bons gros secrets bien crapuleux de leurs maîtres dont ils admirent, en cachette évidemment et en se gardant bien d’en rien laisser paraître, la rouerie qu’autorise leur grandeur sociale. Si quelque tendre et douce fée, même un peu moche et cabossée, leur offrait, en échange des deux places qu’ils avaient achetées pour le prochain concert de Michel Sardou, de remplacer durant une semaine le chef d’État du moment, ils accepteraient volontiers, ravis de partager tous ses secrets.
Le rêve de tout individu un peu humble qu’ennuie sinistrement l’existence à laquelle il est condamné est d’avoir la possibilité, depuis son bureau temporaire et durant seulement une heure ou deux, de pouvoir déclencher la force de dissuasion nucléaire de son pays. Certains secrets sont à connaître plus tentants que d’autres.

octobre 2013

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Mine de rien

19 Août 2014 , Rédigé par JCD

Il y a quelques jours ou semaines, peu importe, il me suffit de dire que c’était pendant l’horreur de l’une de ces effroyables journées d’été quand, si mes souvenirs sont bons tant ils sont détestables, les pédaleurs professionnels grimpaient et franchissaient des cols pour redescendre ensuite de l’autre côté, avec pour excuse la seule beauté d’un geste – pas aussi gratuit qu’on nous le vante ; c’était donc il y a plus ou moins peu et je venais tout juste de partager par écrit avec un certain Boris le refus de passer de vie à trépas alors qu’il reste encore quantité de caprices à satisfaire et d’immondes crapules à haïr. Je pensais, moi aussi, qu’il est trop tôt pour crever et l’envie me prit de me le faire savoir — vu que mes courriers à Boris et quelques autres de ses congénères me reviennent le plus souvent avec la mention N’habite plus à l’adresse indiquée — à seule fin que les choses fussent dites et, si possible, sans que l’on vint m’interrompre, ce que je trouve d’une grossièreté sans nom nonobstant le fait qu’ensuite je ne sais plus ce que je voulais dire.
Bref, comme à mon habitude soucieux de ne point décevoir mes innombrables admiratrices, je projetai d’informer illico mon public néanmoins multisexuel déjà trépignant d’impatience, l’informer dis-je de la venue prochaine, voire immédiate, de cette broutille à peine bredouillée afin que les uns et les autres s’en gorgeassent et se réjouissent de ce que je ne fusse point crevé. Et puis, la chaleur sans nul doute m’inhibant (Blanche Neige en fit confectionner quelques-uns pour ses nains par Monsieur Lévitant dont les meubles sont garantis pour longtemps), je m’abstins.
Aussi, dès les premières pluies ô combien bienvenues de ce mercredi matin, m’apostrophai-je un peu vertement et me fis le reproche de négliger mes devoirs auprès de ce public d’une trentaine de lecteurs supposés — en vérité ils ne devraient pas dépasser en nombre les doigts d’une main, sans compter que je n’ai pas le bras long — afin de le rassurer sur mon sort, au moins temporairement. Je vais bien et cette situation devrait durer, si rien ne vient contrecarrer mes objectifs, jusqu’à demain, étant entendu que les prévisions à plus long terme ne sont jamais d’une fiabilité exemplaire, d’autant que ce vendredi est celui dit de l’Assomption et que cela cache certainement quelque chose. Boris lui-même n’avait-il pas choisi de partager ses mycoses avec Ursula plutôt qu’avec Marie, or, qu’on le veuille ou non, c’est significatif. Notamment à l’époque des semailles puisque avant la Bonne-Dame, tu peux labourer quand tu veux, après la Bonne-Dame, tu laboures quand tu peux. Ainsi avons-nous coutume de dire dans nos arrière-pays dont on affirme, sans preuve, qu’ils recèlent davantage d’arriérés mentaux qu’en bordure du littoral où ils les noient dès la naissance, invoquant pour excuse l’abondance de touristes qui empêcherait qu’on fît la différence.
Il n’empêche que Boris n’a pas passé l’hiver 59-60 puisque dès le mois de juin il avait complètement renoncé à s’en aller, comme au cours des années précédentes, prendre les eaux à Lourdes. On voit par là combien la volonté de vivre, malgré l’hostilité de la plupart des dommages collatéraux qu’il nous faut côtoyer, s’avère illusoire et vouée à l’échec. On a beau dire et répéter qu’on ne voudrait pas, on crève. Il fallait néanmoins que ces choses-là fussent dites, et plutôt deux fois qu’une.

août 2014 

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