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Soit dit en passant

Articles récents

Dites-moi ce que je dois vous dire pour que ça vous intéresse

11 Janvier 2016 , Rédigé par JCD

à Louis Calaferte

C’est vrai ça, on se creuse, on cherche dans tous les recoins un bon sujet, une excellente idée, un truc qui ferait pouffer le lecteur éventuel, on se donne un mal de chien pour que ce soit vite fait bien fait, puis on envoie. et au bout du compte, rien ! Juste l’indifférence la plus totale, le mépris dégoûtant, le vide sidéral. J’observe d’ailleurs que je ne suis pas le seul dans cette situation puisque j’emprunte le titre de ce textaillon à l’ami Calaferte, un type qui, de nos jours, serait peut-être déchu de sa nationalité française, vu qu’il était né à Turin. Un étranger en somme, un migrant !
Or donc, dites-moi un peu de quoi vous souhaiteriez que l’on vous parle afin que vous laissiez exploser votre indignation, votre colère parce que c’est intolérable, scandaleux, répugnant, ou bien votre enthousiasme débridé, éventuellement votre amour déraisonnable. Tout, plutôt que ce mutisme humiliant qui laisse à penser que je vous ennuie avec mes propos d’une banalité consternante, tellement glaçante que vous préférez vous taire et retourner utilement à la lecture de L’Équipe ou du dernier Gavalda.
Dites-moi donc, si vous l’osez ! Non point qu’il se puisse faire que je me conforme à vos désirs littéraires – excusez, je vous prie, l’audace qui m’a, bien malgré moi je l’avoue, poussé à user du terme littéraires concernant cette prose qui semble-t-il vous insupporte, vous répugne ou, plus navrant encore, vous indiffère – mais qu’ainsi renseigné sur le prurit que possiblement déclenchent en vous mes mots il me soit possible de soulager de telles démangeaisons en renonçant illico presto à encombrer plus ou moins périodiquement le tiroir indésirables de votre boîte à courriels où s’entassent déjà quotidiennement des multitudes de messages totalement dépourvus du moindre intérêt.
Permettez qu’ainsi, Madame, Monsieur, en douce je me retire et m’en aille déposer mes déjections en d’autres communs que les vôtres. C’est vrai que parfois – souvent, dites-vous ? – j’indispose ou j’ennuie lourdement mais il est tout aussi vrai que chacun d’entre nous ne saurait prétendre avoir le talent insolent de Flaubert – oui, un écrivain du dix-neuvième siècle natif de Rouen – ou de Guy des Cars, mais il faut bien que chacun vive et occupe son temps de loisir comme il peut.
Néanmoins, si vous eussiez consenti à prendre quelques minutes sur votre temps de vacuité, probablement considérable, afin que je susse ce que sont vos désirs en matière de lecture, il ne m’est pas interdit ou inepte de penser qu’un compromis fut possible à trouver. J’aurais tout à fait pu pomper allègrement dans les œuvres complètes de vos auteurs favoris, remplacer Denise par Swastika, le cordonnier Tiburce Machavoine par le rocker JRLB, le café-restaurant chez Rosette par un petit-déjeuner en classe affaires de la Qatar Airways et le tour était joué. Et vous n’y auriez vu que du feu. Seulement, comment savoir ce qui vous intéresse et même y-a-t-il quelque chose qui vous intéresse ?
Non, franchement, vous ne me méritez pas !
janvier 2016

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Faut-il avoir peur de l’avenir lorsqu’on naît trisomique en Mongolie ?

9 Janvier 2016 , Rédigé par JCD

J’estime pour le moins indécent, voire obscène, de parler d’avenir lorsqu’on n’est plus tout à fait innocent. D’ailleurs, peut-on se dire innocent sans se faire rire soi-même ? Quiconque a bien assimilé le principe même de l’existence avec la mort comme conclusion écarte raisonnablement l’idée d’avenir. Certes, depuis Einstein, il nous est permis de nous satisfaire d’un avenir à moyen terme, quand ce n’est pas à court terme. Celui du premier imbécile venu qui saute depuis le vingtième étage de son immeuble pour constater l’effet produit illustrerait plutôt bien la notion de court terme, sans exclure néanmoins l’hypothèse d’un avenir à plus court terme encore, comme on a pu le constater auprès des nourrissons nés à Fukushima le onze mars deux mille onze. En revanche, pour ce qui est du long terme il n’est pas nécessaire ni même utile d’avoir suivi un stage de plusieurs mois à l’Institut médico-légal le plus proche ou, plus déprimant encore, dans le service gérontologie du premier établissement hospitalier venu. L’avenir à long terme n’existe pas, c’est une vue de l’esprit, un bobard raconté aux enfants pour leur laisser croire qu’ils en ont encore pour un moment avant l’apparition des premiers symptômes. D’autant que, les choses étant ce qu’elles sont, les enfants en question peuvent instantanément s’effacer du décor par la simple coïncidence d’un passage pour piétons et d’un véhicule automobile conduit fort brillamment par quelque virtuose titulaire du diplôme délivré par le ministère en charge des transports. Sans exclure pour autant la contribution plus ou moins désintéressée d’un camarade de classe dont le père possède une très belle et très complète collection d’armes dites de poing, le fusil-mitrailleur s’avérant moins précis en raison de son poids, notamment entre les mains d’un marmot de six ans.
Pour ce qui concerne l’avenir à moyen terme disons, comme le poète et sans présumer trop de nos facultés imaginatives, qu’il peut ressembler, à quelques détails près, à hier ou même à l’instant présent mais un peu plus tard dans la semaine, voire le mois. Sauf incident majeur toujours possible lorsqu’on n’est guère chanceux. Aussi longtemps que l’on ose s’y projeter l’avenir n’est pas foncièrement négatif, le risque n’apparaît qu’au moment où l’avenir se transforme en présent, et c’est totalement imprévisible. Bien sûr, quiconque désire ardemment tout connaître ce que la vie lui réserve peut s’adresser à l’une de ces voyantes qui, au moyen d’accessoires aussi ridicules que le marc de café, les lignes de la main, les cartes à jouer ou les coordonnées complètes de sa carte bancaire, lui révèlera le tour de poitrine de sa future veuve, l’année au cours de laquelle il pourra enfin faire l’acquisition du château de Chambord et devenir, au préalable évidemment, ministre de n’importe quoi au Liechtenstein où ce n’est pourtant pas marrant tous les jours pour qui déteste le brouillard et que l’on parle l’allemand pour un oui pour un non. Le Liechtenstein a pour code HB, selon la liste des préfixes OACI d'immatriculation des aéronefs, il est bon de le savoir et, à l’avenir, tâchez de vous en souvenir.
On a coutume d’affirmer que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Voilà pourquoi les veilleurs de nuit n’en ont aucun.
janvier 2016

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Si vous pouvez patienter encore un peu

6 Janvier 2016 , Rédigé par JCD


Le trois-centième anniversaire de ma naissance sera célébré le 11 février 2238. Sans vergogne parce que la poésie est à tout le monde, j’ai emprunté la formule à Calaferte en changeant juste les dates à ma mesure. Le 11 février 2238, j’ose espérer que vous vous en souviendrez, si vous êtes encore parmi nous. Il est fort probable que ce jour-là il ne fasse pas très chaud, les mois de février souvent se caractérisent par des températures plutôt hivernales ainsi que le veut la coutume. Mais il se peut tout à fait que nous bénéficiions de conditions particulièrement favorables si le réchauffement climatique se poursuit dans le bon sens, et nous pouvons nous permettre de le penser dès lors que les hommes de progrès se sont secrètement engagés à faire en sorte que nul être humain digne de ce nom ne soit désormais soumis aux intempéries et à la froidure dans leurs cartons de lave-linge de chez Darty tandis qu’eux-mêmes fêteront à Davos l’éradication complète et définitive du dernier arbre entièrement en bois avec des feuilles véritables. Lesquels seront remplacés… mais est-il bien raisonnable de songer à les remplacer alors que toute surface disponible sera expressément dévolue aux autoroutes, pistes de décollage et d’atterrissage, centres commerciaux, immeubles de bureau et d’habitation, gendarmeries, commissariats et prisons, casernes militaires et crématoriums ? La réhabilitation des ZADP (zones à détruire prioritaires) se fera au bénéfice des centres de rétention car, d’un point de vue strictement humanitaire, Calais sera probablement devenu insalubre. Il faudra d’ailleurs compter avec la montée du niveau des océans et l’indispensable reconstruction des différentes marinas et de nouveaux fronts de mer, le prix du mètre carré de terrain constructible devrait alors atteindre des sommets tandis que nos principaux massifs montagneux en contrepartie perdront irrévocablement de l’altitude. Peu importe en vérité puisque, enfin, il ne neigera plus et que nos valeureux skieurs pourront ainsi ne pas quitter leur F4 et regarder sur leur téléviseur led l’arrivée des secours dans les zones inondées.
11 février 2238. Je compte sur vous. Nous organiserons un service de rotations par hélicoptère pour les cancéreux en phase terminale et pour ceux qui ne sont pas certains de pouvoir attendre jusque là un livre d’or somptueux est d’ores et déjà à leur disposition par Internet. Concernant les cadeaux, de grâce ne cédons point à la démagogie. J’ai déjà tout, sauf le dernier album de Michel Sardou – ou Delpech, je ne me souviens plus – mais je crains que ce ne soit un peu démodé d’ici un ou deux ans, ou complètement lol en 2238. Non, pourquoi pas des fleurs en plastique, ça dure plus longtemps, comme on mettait jadis sur les tombes. Quand il y avait encore des tombes, dorénavant il y a la mer. Sans les requins, alors forcément c’est davantage laborieux. Sinon, le crématorium couplé avec une centrale nucléaire dont les réacteurs toujours en service n’auraient pas encore explosé mais d’aucuns affirment que ça pollue, au point où nous en sommes je ne sais pas si on peut se permettre de faire les difficiles. Surtout d’ici à 2238 !
11 février 2238. Je compte sur vous, j’ai invité des hommes politiques, du PS, on devrait rigoler mais je ne sais pas s’il en restera beaucoup. On pourrait leur lancer des cacahuètes, leur cracher dessus… à moins qu’ils ne se dégonflent, ou qu’ils demandent trop cher. Ou alors je vous lirais mes dernières broutilles… Non ? Bon, d’accord, mais je compte sur vous, sans faute, en 2238 !
janvier 2016

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Palsambleu, que d’audace !

2 Janvier 2016 , Rédigé par JCD

Un de mes auteurs préférés, qui n’est pas encore mort celui-là et c’est tant mieux, a noté dans son journal – le sien, celui qu’il tient lui-même, pas le quotidien qui est à vendre chez le crémier du coin – combien il lui semblait tragique [l’auteur en question emploie le terme bizarre] de devoir constater que la trame de la plupart des chefs-d’œuvre soit tissée de l’imbécillité de drames passionnels, qu’il qualifie de sottises, de lie des faits-divers quotidiens : jalousie, envie, vengeance, bassesses en tout genre.
Le plaisir que j’éprouve à contredire, voire à semer la zizanie justifie selon moi que je m’en vienne pinailler, alors que nous sommes en guerre contre le terrorisme international, sur des points que d’aucuns qualifieraient de détail. Je commencerai donc par me réjouir de ce que l’imbécillité de drames passionnels ait donné naissance à la plupart des chefs-d’œuvre de la littérature et de l’opéra. Voilà qui me semble réconfortant si l’on veut bien admettre que tant de choses sérieuses débouchent fort souvent sur des pensums où la prétention le dispute à l’ennui.
J’hésite encore à choisir mon camp : celui des hommes cultivés ou celui des abrutis qui se nourrissent de la presse à scandale. Non pas que je sois le moins du monde accro à ladite presse quand il existe dans le même temps tant de scandales révulsants au sein de la confraternité des hommes que l’on dit cultivés. Je renâcle donc sans forfanterie déplacée à me ranger parmi les abrutis mais répugne à adhérer au club très privé des hommes cultivés lorsque je constate ce avec quoi l’on pourrait me confondre.
Qu’importe donc que le sujet fût mince, pour ne pas dire anecdotique, s’il en sort un chef-d’œuvre. Car ces vils sentiments que seraient la jalousie, l’envie, la vengeance, participent, avec d’autres peut-être tout autant contestables, de cette belle nature humaine où l’intégrité, la générosité, la solidarité, et j’en passe là aussi, ne se taillent qu’exceptionnellement la part du lion. Et j’aurais tendance à soutenir que tout fait ventre pour qui écrire est une sorte de besoin, même s’il n’a rien à dire, puisque le talent se charge de l’essentiel.
Quant à l’opéra, j’avoue que ce qui prime pour moi c’est la qualité du chant, de l’orchestre et de sa direction. Il m’est arrivé de lire un ou deux livrets, par curiosité malsaine sans doute, mais en schématisant un peu je dirais que c’est toujours plus ou moins la même histoire. J’ajoute que dans Wozzeck, puisque l’auteur le cite en exemple, la jalousie n’est pas exclue, et c’est fort bien ainsi. Die tote Stadt, de Korngold, est à mon humble avis une absolue merveille (tout dépend du casting évidemment). Certes, il existe dans le roman de Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, tous les ingrédients propres aux drames passionnels auxquels on pourrait ajouter une morbidité romantique qui me ravit. Mais je ne dédaigne pas pour autant la frivolité (apparente) lorsqu’elle est mise en musique par Richard Strauss dans les trois ou quatre opéras que je préfère de lui. Et ses Vier letzte Lieder sont insurpassés, insurpassables sans que j’aie jamais cherché à en connaître la traduction ; la musique, le chant – à condition que l’interprète en soit Lisa della Casa – suffisent à m’en dire le sens qui n’est pas celui de la grosse rigolade, teutonne ou non.
J’étais hier soir invité à dîner en compagnie d’autres désœuvrés. Je ne pouvais me dérober, l’événement se passait chez moi et il s’agissait pour l’occasion de franchir le passage souterrain qui relie l’an neuf à l’an pourri jusqu’à ce que le premier devienne à son tour au minimum pareillement pourri que le précédent. Rapidement, instantanément dirais-je, tandis que les bouteilles entraient en service, le sujet central de la discussion se fixa sur l’exécution d’une pièce de théâtre d’un auteur (de théâtre), metteur en scène, essayiste et peintre dont l’incontournable Philippe Sollers, s’il n’avait eu d’autres obligations, serait venu rappeler une fois encore l’importance primordiale en tant que créateur contemporain. On s’émerveilla de la connaissance inouïe du dramaturge dans le domaine des mots, il les cite tous et n’en oublie aucun, il faut dire qu’il est un peu Suisse et que son temps lui est plus précieux que le nôtre. Il entasse, empile les fragments de sa logorrhée comme d’autres leurs grosses coupures dans un coffre, occasionnellement suisse lui aussi, et le résultat est terrible pour quiconque n’a pas effectué les hautes études nécessaires. À son propos on cita évidemment Artaud, avec le même aplomb que, parlant de langage et de style à propos de littérature plus ou moins romanesque, on aime abusivement faire référence à Céline.
Jouir des mots (…) mais, tout de même, comme on aimerait que les auteurs dramatiques d’avant-garde sèment le ferment de la question plutôt que de nous dresser l’inventaire de leur vocabulaire comme d’autres les pièces d’un patrimoine dont ils ne sont que les usufruitiers. Je n’ignore certes pas combien la déclamation théâtreuse s’est préoccupée de son évolution depuis que les Shakespeare, Racine et autres Corneille s’employaient à nous narrer en rimes foutrement bien balancées les émois du cœur de leurs personnages, leurs désirs et les moyens pas toujours élégants de les satisfaire ; je ne saurais nier l’indispensable (?) mise à jour, afin d’être de son temps, d’une écriture qui vise à s’abstraire pour mieux se singulariser, mais pourquoi diantre faudrait-il que nous nous soumettions à une telle recherche besogneuse de la pseudo-modernité quand, au bout du compte, il nous faut constater la vacuité d’une pensée qui n’a rien à nous dire – ceci n’est pas une question.
Lorsque le sérieux s’avère en fait n’être rien d’autre que le résultat laborieux d’une tentative pitoyable destinée à dissimuler le vide, alors tant pis, retournons à nos drames passionnels, même s’ils sont parfois un peu vieillots. Sinon, courons voir et revoir le théâtre de Thomas Bernhard.
janvier 2016

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Pardon, vous avez du feu ?

30 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Plus ou moins régulièrement et particulièrement aux États-Unis où la possession d’armes est une sorte d’art de vivre, un homme entre dans un lieu où il sait qu’il trouvera un certain nombre de ses congénères et défouraille avant, dans la plupart des cas, de se faire justice, comme on aime à dire, afin de conclure brillamment sa performance. Il peut s’agir d’un adolescent, voire d’un enfant, d’un policier si la ou les victimes sont noires. On invoquera généralement la folie dès lors que l’intéressé n’est plus en mesure d’apporter la moindre contradiction à une hypothèse que l’on préférera juger plausible.
Ne nous leurrons pas, si demain la vente d’armes à feu devient légale, voire encouragée, dans notre belle démocratie républicaine que ses dirigeants ne cessent de prétendre améliorer – l’arrivée en nombre toujours plus important de migrants [réfugiés politiques, climatiques ou simples crêve-la-faim] amènera forcément le pouvoir en place à faire de tels choix – les conséquences seront les mêmes et la quantité de déséquilibrés ne fera que croître, ici comme ailleurs. L’immigration fournira un excellent et confortable prétexte, quand bien même les statistiques affirmeraient qu’elle n’est à l’origine de ces tueries qu’en deuxième ou troisième position.
Car le déséquilibré pourrait bien n’être rien d’autre qu’un individu fortement contrarié par le fait qu’il est, par exemple, chômeur avéré depuis bientôt plus de trente ans, qu’il est seul, dort dans la rue et fouille les poubelles pour se nourrir. Il pourrait aussi, pour peu qu’il persiste à assumer son devoir de citoyen électeur, se trouver fort dépité en vérifiant, quel que soit le candidat auquel il a donné sa voix, que le seul changement notable se fait toujours à son désavantage alors qu’il doit bien se trouver quelqu’un pour qui c’est profitable. Il pourrait encore, poussé par le dégoût, révolté par le mensonge et l’arrogance de ceux qui parlent en son nom, constater que la violence de ses propres mots ne suffit décidément pas et qu’il n’existe qu’un unique moyen d’exprimer sa colère qui le satisfasse.
Lorsque l’injustice est par trop criante, lorsqu’on en arrive à se dire que les hommes qui prétendent connaître les solutions à tous les problèmes socio-économiques – qui ne font qu’accroître jour après jour les inégalités entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien – ne sont en vérité qu’irresponsables, incompétents doublés de crapules cyniques inexcusables, sans nul doute est-il nécessaire, urgent, inévitable d’opter pour des méthodes autrement expéditives.
Lorsque l’apathie, l’inertie, autant dire le consentement idiot, semblent n’être aujourd’hui la seule attitude mûrement réfléchie de la plupart des victimes, force est d’admettre qu’il ne reste désormais plus rien à attendre ni même à espérer. Chaque individu assez lucide devrait être en mesure de comprendre que le seul remède, pour le bien de tous, est maintenant de tirer dans le tas.
Et ne venez pas me raconter des histoires de déséquilibré… mais prévenez vos gendarmes que je serai armé !
décembre 2015

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À vous de voir !

28 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Nombreux sont les gens de lettres – j’aime beaucoup ce terme inventé pour désigner avec élégance les plumitifs de tout poil [dont je fais un peu partie] – qui semblent regretter de n’avoir pas plutôt choisi de se spécialiser dans les beaux-arts. Ils découvrent chez les artistes, ou se prétendant tels, des avantages dont ils seraient eux-mêmes privés. J’ai pour précieux ami un de ces graphomanes impénitents qui affirmait il n’y a pas si longtemps dans un recueil de ses écrits que le tableau peut être vu en quelques secondes – la chose est authentique, je l’ai vérifiée – et poursuivre néanmoins son existence plus ou moins inutile en demeurant accroché quelque part, où nul jamais ne le regarde, tandis que le manuscrit de l’écrivain, aussi remarquable fût-il, dort à l’abri des profondeurs obscures d’un tiroir. Ce qui vaut d’ailleurs pour le texte transformé en livre et qui survit dans un oubli relatif sur le rayonnage d’une bibliothèque, quand il ne finit pas au fond d’un carton, voire d’un sac poubelle en plastique gris. Ou encore abandonné sur quelque trottoir crasseux d’un vide-grenier, cette invention destinée à divertir les oisifs endimanchés.
C’est vrai que ledit tableau, dès lors que son géniteur putatif l’autorise à s’en aller prendre l’air loin des vapeurs puantes de l’atelier, est alors un objet fini – peut-être le terme achevé serait-il à peine préférable – dont la vie à venir ne nécessite nullement l’intervention d’une tierce personne (imprimeur, façonnier, éditeur pour ce qui concerne l’œuvre littéraire, pianiste, violoniste ou orchestre de mille musicien lorsque le compositeur se nomme Gustav Mahler).
J’ai pour ma part goûté aux joies ineffables de la peinture et de l’écriture. C’est dire combien je peux me flatter d’avoir été barbouilleur et écrivassier, j’ai même poussé l’abnégation, ou le vice, jusqu’à conjuguer les deux tares sur un même support. Et il me semble juste d’affirmer que le sacerdoce du premier l’obligeant à trimballer ses croûtes d’une galerie l’autre pour se voir le plus souvent encouragé à aller voir ailleurs vaut largement celui du second qui expédie ses tapuscrits à une quinzaine d’éditeurs qui, dans la plupart des cas, se satisfont de les lui retourner (moyennant un chèque préalable) accompagnés de la circulaire type l’invitant à aller, là aussi, se faire voir ailleurs. Je ne doute pas qu’il en aille de même pour les fabricants de musique, sauf peut-être pour les adeptes du remixing naturellement dispensés de l’effroyable et fastidieuse besogne des partitions. Toutefois, réjouissons-nous car le peintre devenu plasticien peut désormais concevoir ses œuvres sans devoir disposer d’un atelier orienté au nord, ayant exposé le concept en deux ou trois feuillets, il passe commande à ses fournisseurs qui livrent la marchandise sur le lieu même de l’exhibition où l’équipe d’ouvriers manuels, variable selon l’importance du projet, procédera à l’installation sous l’inflexible direction de l’artiste déguisé en metteur en scène.
Le peintre – il existe encore aujourd’hui quelques spécimens de ces individus ridiculement attachés à des pratiques totalement démodées – peut pousser la complaisance jusqu’à faire encadrer ses œuvres picturales afin d’aguicher l’acheteur potentiel, tout comme l’écrivain usurpe les us et coutumes propres aux péripatéticiennes afin d’obtenir le bandeau de couleur indiquant au flâneur distrait que le bouquin vient d’être honoré d’un plus ou moins quelconque prix littéraire. Les musiciens – que je fréquente peu, me contentant d’écouter la musique des morts – ont probablement, eux aussi, recours à diverses combines pour placer leur camelote. Qui peut se targuer d’avoir su faire le meilleur choix en optant pour l’inutile alors qu’il existe tant de beaux métiers où l’on peut peut se montrer irresponsable, incompétent tout en n’ayant l’air de rien. Ou de presque rien, car il faut quand même avoir la gueule de l’emploi. Je ne cite pas d’exemple, chacun choisira selon ses préférences.
décembre 2015

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Qu’on se le dise !

27 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Les bêtes sont d’une naturel prudent, elles se méfient et nécessitent de la part de l’homme notamment qu’il les piège s’il entend les soumettre. Le piège le plus efficace qu’il ait inventé pour soumettre de manière radicale les bêtes demeurées à l’état sauvage c’est l’arme à feu qui permet à celui-ci de ne prendre pratiquement aucun risque. Pour tuer à distance l’homme a longuement réfléchi et travaillé à la mise au point de matériels de plus en plus sophistiqués qu’il perfectionne chaque jour afin d’exterminer depuis son bureau tout ce dont il a choisi de se débarrasser, que ce soit par nécessité économique, biologique ou pour son simple divertissement. Grâce à l’envoi de fusées, de missiles ou au largage de bombes de différents types il peut supprimer un troupeau entier, les habitants d’une localité voire, avec l’apport du nucléaire, un pays dans sa quasi totalité puisque les éventuels survivants ne le demeureront pas longtemps. De son côté l’armement chimique a fait lui aussi d’énormes progrès et, les victimes mises à part, nul ne s’en plaindra dès lors que le coût de l’énergie nucléaire, pour peu que l’on en abuse, peut facilement grever un budget, même colossal. L’invention du drone dans les années cinquante a nécessité de longues années de recherches technologiques jusqu’à aboutir aujourd’hui à un objet individuel d’une efficacité redoutable lorsque les armements adaptés à la taille de l’engin seront en vente libre dans n’importe quel supermarché, à la grande rigueur sur présentation d’une pièce d’identité nationale éventuellement valide.
Les bêtes, que l’on dit sauvages dans la mesure où nous n’avons pas vraiment réussi à les apprivoiser, ne devraient guère survivre bien longtemps, surtout si elles n’offrent pas de réelle ressource alimentaire en quantité suffisante et aisément exterminable. On en conserve ici et là quelques spécimens dans des parcs zoologiques et des cirques afin de distraire les enfants, jeunes ou vieux. Mais cela a un coût qu’il s’agira de comparer avec les maigres profits que l’on en retire. Les animaux domestiques n’exigent, quant à eux, nulle compétence particulière de la part des acheteurs comme des vendeurs car il est extrêmement rare que l’un deux se révolte et affiche une attitude ouvertement hostile. Certaines peuplades d’êtres que l’on qualifie d’humains peuvent en revanche se montrer exagérément méfiantes et peu enclines à se soumettre à l’autorité d’un être supérieur qui devra d’entrée de jeu faire comprendre à ses sujets encore inéduqués qui de l’un ou de l’autre est l’intelligent, et donc le maître. Dès lors qu’il est armé, il dispose du droit de vie et de mort sur chacun de ses esclaves dont on dira alors qu’ils sont en voie de développement. Lors de conférences à caractère didactique le climat de légitime compréhension que nous serons parvenus à instaurer entre les différences espèces devrait rassurer quiconque tend le plus souvent à dénigrer les bienfaits de la colonisation. À des fins pédagogiques des films éducatifs seront tournés et projetés chaque jour à la télévision en remplacement de l’émission Questions pour un champion.
D’aucuns, un peu excessifs à mon humble avis, prétendent que je suis asocial et m’apparenterais sans conteste à l’espèce des bêtes sauvages. C’est un peu vite dit. Il n’empêche toutefois qu’à mon âge et avec tout ce que j’ai dû connaître d’animaux prétendument éduqués et civilisés, je n’ai confiance en personne. Je ne tourne jamais le dos à qui que ce soit. Qu’on se le dise !
décembre 2015

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Lavorare stanca

22 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

À Cesare Pavese


Ce matin je me suis levé, en me forçant un peu, quelques minutes avant dix heures. C’est là un constat que j’effectue de plus en plus souvent. Certes, la saison s’y prête, c’est l’hiver, le jour se lève tard lui aussi et il est finalement cohérent de respecter le rythme de la nature en s’y accordant. C’est l’hiver et lorsque j’ai passé toutes ces heures de sommeil à l’intérieur de mon lit à en réchauffer patiemment la température avec mon propre corps je me dis qu’il serait fort dommage de gaspiller cette bonne et douce tiédeur alors que nulle activité essentielle ne me réclame ailleurs. Réveillé par des barbares qui sillonnent, à une soixantaine de mètres de mon oreiller au volant de leur tracteur, camion ou quatre-quatre agrémenté d’une remorque où bringuebalent de probables plaques de tôle, la départementale seize alors que le soleil se retient de paraître pour ne surtout pas nuire à mon repos, je m’efforce de sombrer à nouveau dans l’inconscience qui est quand même le meilleur moment de la journée, en dehors de la nuit proprement dite. Si je m’abandonnais totalement à mes désirs je ne quitterais plus jamais mon lit, et c’est d’ailleurs ce qui finira par se produire, bien que le caractère résolument définitif me contrarie quelque peu alors que je me verrais bien poursuivre l’expérience encore quelques années ou dizaines d’années.
Enfant, j’étais adepte de la grasse matinée et les vacances scolaires m’offraient une magnifique opportunité pour ne rien faire. Les copains du quartier n’étaient pas autorisés à franchir la porte du jardin ouvrant sur le chemin qui conduisait jusqu’à la fenêtre de ma chambre. Dans sa grande sagesse, ma mère veillait à ce que mon sommeil récupérateur fût respecté, sans doute avait-elle deviné combien déjà j’étais poète, quand bien même j’ai ensuite mal tourné et cru un temps qu’il fallait pour vivre travailler. Mais ça y est, l’âge aidant, je me suis ressaisi et ne partage désormais mon temps qu’entre le sommeil et le culte de l’inutile. Sans omettre bien sûr, lorsque la nécessité s’en fait sentir, de me nourrir et désaltérer, ce qui est un encouragement au sommeil. Je dois reconnaître que je peux m’appuyer pour cette activité sur d’excellentes dispositions, grâce au fait notamment que j’ai réussi à maîtriser dans bien des cas mes penchants insomniaques à l’aide de petites pilules blanches. Néanmoins, il arrive parfois qu’échoue la chimie. Il faut alors avoir recours aux bonnes vieilles méthodes d’antan et disposer dans un coin de sa bibliothèque de quelque livre d’un écrivain à la mode dont on nous aura vanté la prose ambitieuse et le style sans équivalent. J’en conviens, la thérapie est fastidieuse, cruelle même, mais il faut savoir dominer sa répulsion si l’on veut vraiment parvenir à un résultat concluant avant que la colère ne prenne le dessus.
On compensera semblable désastre au moyen d’une sieste précoce, anticipée en quelque sorte juste après l’apéro de onze heures, mais le mal est fait et le déroulement serein de la journée en sera irrévocablement perturbé. Surtout si, de surcroît, quelque sagouin décide sans le moindre scrupule de saccager un épisode de repos pourtant bien mérité en vous informant par téléphone que la loi obligera prochainement tout citoyen à faire procéder à l’installation d’un système d’alarme antifumée, en conséquence de quoi il serait opportun de contacter le conseiller actuellement présent dans votre commune ou votre arrondissement.
D’aucuns, qui ne l’ont pas expérimenté eux-mêmes, préconisent le suicide en garantissant un sommeil de plomb. Le procédé est certes radical mais il y manque un élément de satisfaction déterminant : se réveiller et décider de se rendormir.
décembre 2015

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Il ne suffit pas d’être imbécile

21 Décembre 2015 , Rédigé par JCD


Plus ou moins régulièrement je me demande si ça va durer encore longtemps. Ce n’est pas que je m’ennuie constamment, de temps à autre seulement, mais même durant mes meilleurs moments je trouve vraiment que le nombre d’imbéciles est pléthorique et que celui des crapules, sans nul doute moindre, compense cette faiblesse par une efficacité autrement redoutable. Parfois, il arrive que l’imbécile soit tenté par la crapulerie mais généralement il échoue, par manque de dispositions. C’est qu’il faut du talent, une certaine forme d’intelligence pour être une véritable ordure et s’y maintenir. Peu d’imbéciles, véritablement très peu, parviennent à atteindre ce que l’on qualifie de postes à responsabilité ; or, sans dispositions idoines pas de responsabilités donc pas de possibilité de nuire. Nombre d’imbéciles peuvent faire valoir quelques aptitudes mais s’avèrent infoutus de les exploiter et moins encore de les pousser à s’épanouir et à fructifier.
Certes certes, je devine votre impatience et la question qui brûle vos lèvres éventuellement purpurines : comment reconnaître d’un œil sûr une crapule de haut rang ? Si elle est de haut rang la crapule se distingue du commun par sa réussite affichée. Songez qu’à mon âge je ne sais toujours pas si l’on naît crapule ou si on le devient. Naturellement, au vu de mes antécédents je suis tenté par l’explication héréditaire, le milieu familial, l’environnement relationnel, mais il doit bien quand même exister quelques cas singuliers d’individus qui se sont faits crapules à la force du poignet, hors de tout apport génétique, des exceptions en quelque sorte, des sujets particulièrement doués qui, à force de travail, sont parvenus à se hisser, sinon au plus haut niveau du moins à un poste de pouvoir leur permettant de développer un goût prononcé pour le comportement ignoble. Mais, je l’ai dit, ce sont là des cas exceptionnels, l’imbécile de type courant a fort peu de chances d’accéder au statut enviable de crapule. Il lui faudrait poursuivre des études – il n’en a généralement ni les moyens intellectuels et financiers ni le goût –, réussir des examens, obtenir des diplômes grâce auxquels il pourrait alors s’élever dans l’échelle sociale et devenir, enfin, celui qui humilie et s’impose au-dessus des médiocres.
Non, nous ne saurions parler de vocation mais plutôt de prédisposition biologique. L’hérédité demeure le moyen le plus fiable, exigeant de l’heureux élu des efforts de moindre ampleur, tout allant pour ainsi dire de soi lorsque la crapulerie est inscrite dans les mœurs familiales et bénéficie des soutiens les plus affûtés. On peut alors entrer dans la carrière sans attendre que ses aînés n’y soient plus, bien au contraire puisqu’ils se montreront de bon conseil et disposant d’un entregent efficace. Selon ses affinités personnelles on se tournera vers les affaires ou la politique, les premières n’excluant nullement la seconde. En fonction des besoins du moment ou des opportunités on passera sans états d’âme d’une occupation à l’autre et c’est tout naturellement, spontanément dirais-je, que l’on se perfectionnera dans l’art riche et multiple de la manipulation, du mensonge, de la trahison sans jamais s’abandonner à la plus ignominieuse faiblesse, indigne de l’élite, et surtout sans que, au moindre prétexte, la honte ne vint empourprer les joues ou le front de l’admirable scélérat.
En revanche on ne cesse pas du jour au lendemain d’être une crapule notoire. Un cancer du foie carabiné peut conduire à renoncer brutalement au ballon de blanc matinal et j’imagine combien cela peut être atroce, mais on ne renonce pas à la crapulerie, ce serait pour un soldat ou un chasseur s’interdire de tuer, l’existence réduite à sa plus simple expression, dormir, manger et faire caca, autant dire presque rien. Crapule, ce pourrait être un rôle de composition au cinéma, le tournage terminé on passe à autre chose. Alors que crapule au quotidien exige un talent de tous les instants, une recherche perpétuelle de la pire infamie, une imagination débordante afin d’imposer à chaque cas, à chaque situation la solution la pire à condition qu’elle fût la plus profitable pour soi.
Crapules de tous les pays que vous vous êtes arrogés le droit de diriger, y compris au nom de la démocratie, crapules de vitrine ou de coulisses, je vous souhaite, ainsi que l’on aime à dire à Marseille et parce que ce doit être insupportable, la gale au cul et les bras courts. Et j’invite les imbéciles si nombreux à venir se rire de vous et, peut-être vous applaudir.
décembre 2015

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Alexandre, Franz et moi-même

19 Décembre 2015 , Rédigé par JCD

Un de mes amis – mais bien sûr que c’est possible et j’ajoute que celui-ci l’est doublement puisqu’il a eu l’audace, l’inconscience de m’éditer un jour de la presque défunte année – un de mes amis donc que son apostolat avait conduit jusques en ces terres liégeoises afin d’y promouvoir les œuvres de son cheptel de plumitifs plus ou moins bien embouchés me faisait part dans un tout récent courrier de sa délectation (c’est lui-même qui utilise le terme) consécutive à la lecture du dernier de mes textaillons dont il était, comme d’autres sans doute moins enthousiastes que lui, destinataire.
Dans ledit courrier, dépassant de manière outrancière les limites du bon goût et de la tempérance, il m’informait d’une initiative qui me laissa baba. Il avait décidé, sans demander conseil à quiconque et au mépris du plus élémentaire respect du classement alphabétique, de ranger mon œuvre anorexique tout contre les Chroniques complètes de Vialatte. Il avait prévu, me disait-il, d’y adjoindre Kafka au poste de talonneur – ce sont ses propres mots – et se réjouissait à l’idée de choisir, sous peu mais sans précipitation aucune, les douze élus appelés à nous rejoindre, Alexandre, Franz et moi-même.
Douze et trois quinze. Quinze me semble être un bon chiffre et, selon qui seront les prochains à entrer en ce cénacle, il sera alors temps pour nous, les anciens, de proposer quelques noms qui soient dignes de nous accompagner, en tenant bien sûr compte de la place encore disponible sur le rayonnage, quitte à négocier une extension de cette bibliothèque sans pour autant privilégier la quantité au détriment de la qualité.
Étant pour l’heure, et sous réserve d’une soudaine défection toujours possible, l’unique survivant de l’actuel triumvirat, si l’on excepte l’hôte lui-même qui a ses propres soucis, je me sens désormais investi d’une sorte de droit légitime à écarter la candidature de postulants dont le curriculum vitæ serait à tout le moins suspect et, partant, indigne de prétendre se mêler à nous, fût-ce sur une étagère quelque peu éloignée. Nous ne pouvons négliger, et moins encore faire semblant d’ignorer, les procédés les plus vils de renvois d’ascenseur, d’ignoble copinage et d’accointances quasi-mafieuses qui ont fini par discréditer totalement les différentes académies littéraires, ou prétendues telles, procédés dont on voit bien qu’ils s’inspirent ouvertement de ce qu’il y a de plus répugnant dans les institutions économico-politiques.
Toutefois, méfions-nous de ces rigidités administratives, quand elles ne sont pas sous influence militaro-policières, et gardons-nous de tout sectarisme. Il faut savoir se montrer ouvert à tous les talents, si divers soient-ils, et ne pas voir systématiquement en chaque invitation à dîner dans un excellent restaurant quelque tentative de corruption que ce soit. L’amitié est un commerce, disait La Rochefoucauld.
décembre 2015

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