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Soit dit en passant

Articles récents

Ah ! Manuela…

14 Avril 2014 , Rédigé par JCD

Le printemps est bel et bien là. Naturellement, en quelque sorte, cela augure mal de ce que sera la saison suivante puisque, démocratie oblige, nul ne peut choisir de demeurer dans celle qu’il préfère et que, d’ici deux mois à peine, la prudence voudrait que je ne quitte plus le climat revigorant de ma cave. Où au moins je ne périrai pas de déshydratation. Mais bon, n’anticipons point puisque, quoi que nous fassions, l’avenir est tapi au coin du bois, tel un snipper sournois. Réjouissons-nous donc de cette délicate fraîcheur matutinale, précédant un ensoleillement raisonnable propice à la floraison des lilas qui, normalement, déclenche une ou deux journées de pluie afin que la rouille encrasse sans tarder les petites fleurs blanches ou mauves, la souillure flétrissant de manière moins visible le lilas violet foncé.
Contemplant d’un regard satisfait pommier, cognassiers, lilas, berbéris confirmant tous l’inexorable fuite du temps — lorsqu’on enregistre un printemps de plus c’est une année de moins à vivre puisque toute addition entraîne une soustraction, ainsi que nous le démontre au quotidien l’enrichissement des riches provoquant mathématiquement l’appauvrissement des pauvres — je me disais que le moment était peut-être venu de m’en aller faire ma page d’écriture. Nulle obligation ne m’y pousse, certes, mais c’est un peu comme respirer ou se nourrir, quiconque remet à plus tard s’expose à ne pas faire de vieux os, quand bien même ils le sont déjà. Et puis, il faut se décider à agir avant l’heure de l’apéro. Je suis donc venu rejoindre ma table dite de travail, j’ai allumé l’ordinateur et, histoire sans doute de me mettre en condition, je suis allé consulter les nouvelles du jour.
C’est ainsi que j’ai appris l’existence d’une veuve noire œuvrant dans le département voisin de l’Isère. On attribue à Latrodectus mactans, petite araignée femelle de quinze millimètres de long originaire d’Amérique du Nord, la coupable habitude de boulotter le mâle après l’accouplement et l’on ne manque pas de signaler que son venin est plus dangereux que celui du cobra, toutes proportions gardées. On nomme également par extension veuve noire un être humain de sexe femelle affichant une tendance à occire ses partenaires masculins, occasionnellement pour de basses questions d’argent, mais la pure détestation n’est pas à exclure. Manuela, belle brune quinquagénaire d’origine espagnole serait, selon la rumeur parfois malveillante, coupable de cinq tentatives d’assassinat sur la personne de ses cinq époux successifs dont trois avec succès. Le dernier, qu’elle aurait fait rôtir en octobre dernier sur la banquette arrière de sa voiture après l’avoir aidé à absorber un concentré de trois anxiolytiques, avait déjà échappé de justesse en septembre à l’incendie de sa chambre. La belle serait particulièrement pugnace et déterminée. Renseignements pris il s’avère qu’Immanu’el, forme ancienne de Manuela, signifie Dieu est avec nous. Ce qui, peut-être, explique et justifie tout. Le Journal des Femmes, qui fait probablement autorité en la matière, affirme que les Manuela s’imposent facilement grâce à leur assurance. Malgré leur nature autoritaire, elles ont bon caractère et ne font jamais de caprices. Leur entourage appréciera particulièrement leur joie de vivre et leur enthousiasme permanent.
Afin de me montrer tout à fait complet je dois saluer ici la mémoire de ce pauvre Julio Iglesias qui leur a dédié un tube, probablement immortel, lui. Pour les mâles, habituellement, on dit Manuel.

avril 2014

 

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À reculons

13 Avril 2014 , Rédigé par JCD

Il y a des jours comme ça où l’on ne se sent aucune pétulance, même modeste, qui nous pousserait à commettre des actions insensées, voire contraires aux bonnes mœurs comme, par exemple, sourire très légèrement, de manière à peine visible à l’œil nu, au passage sur la route d’un convoi funéraire avançant à reculons. L’événement est d’autant plus inattendu que la départementale 16 ne conduit en aucun cas au cimetière, sauf bien sûr à celui d’une commune voisine et l’on ne voit pas très clairement l’intérêt qu’il y aurait pour ledit convoi à sortir de son itinéraire coutumier pour s’en aller flâner en territoire en quelque sorte étranger sous prétexte de printemps, d’oiseaux qui gazouillent dans les chênes encore nus ou en invoquant peut-être le fait que le mercredi est jour de congé pour certaines catégories de la population. Et à reculons ! je vous demande un peu.
Non, en vérité, ce matin je ne pétule guère. Peut-être est-ce dû au séisme de magnitude 5,3 sur l’escabeau de Richter qui nous a frappé voici deux jours, à vingt et une heures vingt-sept, ou vingt-huit selon les sources, alors que je me morfondais dans une indolence qu’on ne rencontre qu’occasionnellement — encore faut-il n’avoir rien de mieux à faire — dans la salle commune des maisons de retraite lorsque le téléviseur est allumé et que débordent bruyamment les gouttières sur les chaises-longues oubliées par le personnel qualifié dont il convient néanmoins de saluer l’exceptionnel dévouement, car c’est une corporation qu’il est imprudent de dénigrer lorsqu’on a soi-même dépassé la date de péremption.
Peu pétulant donc, mais je ne vois vraiment pas en quoi ce mini tremblement de terre, qui ferait ricaner n’importe quel Chilien post-pinochien encore en vie, devrait en être responsable. Je ne puis certes nier appartenir, sans aucun doute à mon corps défendant, à l’humble confrérie des I.P. (indécrottables pessimistes) mais nous avons nous aussi l’obligation de vivre, comme n’importe quel autre être humain et je vous assure que croiser à longueur de journées des cohortes d’O.O. (optimistes obligés) n’est pas sans perturber dangereusement notre métabolisme, ce qui justifie à mes yeux — il faudrait à ce propos que je fasse le nécessaire pour changer de lunettes — mon peu d’enthousiasme à l’idée de devoir un jour prochain quitter, même momentanément, mon abri, pour rencontrer par exemple un ophtalmologiste, forcément O.O. puisqu’ils le sont tous, ayant été formés à l’impeccable loi du marketing.
Mais mon statut d’I.P. n’explique pas tout. Le peu de considération dont je jouis — c’est un euphémisme, ou je n’y connais vraiment rien en la matière — auprès des éditeurs, tous associés dans une commune indifférence à l’égard de mes devoirs d’écriture, m’incita voici quelques temps à m’affubler d’un blog — tout un chacun à désormais son blog, je soupçonne mon charcutier d’avoir le sien — afin de pouvoir, grâce à ce biais en apparence innocent, infliger à quelques-uns des O.O. de ma connaissance l’inévitable communication de mes écrits hautement désopilants. Je n’ignore certes pas combien le destinataire d’un blog peut, tout à sa guise, non seulement refuser de lire ce qui lui est adressé mais aller jusqu’à faire dériver les émissions polluantes de l’importun vers la case indésirable, s’épargnant ainsi l’obligation de manifester son mépris à son égard, et donc au mien en l’occurrence. Car mes chers amis, ne disposant pas des circulaires prévues à cet effet par le secrétariat des maisons d’édition (circulaires nécessitant la mise sous enveloppe et l’affranchissement à soixante et un centimes d’euro en lettre verte), n’iront évidemment pas perdre un temps précieux afin de me faire savoir, en termes plus ou moins choisis, qu’ils ne souhaitent pas s’engager plus avant dans une relation qui les contraindrait à lire ce qu’ils n’ont nulle envie de lire, puisqu’il existe pour ce faire, et ce précisément dans la plus grande béatitude, des librairies et autres bibliothèques publiques où l’on peut, en toute liberté, choisir les ouvrages d’écrivains véritables, payés pour se livrer à cet exercice hautement culturel reconnu par le ministère de tutelle et le syndicat des fabricants de papier, et convenablement répertoriés dans les registres de la Société des gens de lettres. Voire possiblement honorés, congratulés lors de la remise d’un prix forcément littéraire puisque cela n’engage à rien et qu’il y en a presque autant que de postulants. Eux-mêmes possiblement pétulants.
J’admets volontiers — quoique ! — le caractère légèrement coercitif de l’envoi de textaillons au moyen de ce blog alors que le malheureux destinataire n’a nullement demandé à être distrait de ses activités plus ou moins rémunérantes et n’aspire, lorsqu’il regagne au terme d’une rude journée son foyer où mitonne sur la plaque à induction le contenu d’une boîte de raviolis, le malheureux disais-je n’aspire qu’à se détendre en parcourant l’almanach Vermot (toujours vivant depuis 1886) avant, peut-être, de s’instruire durant un court mais palpitant instant en compagnie de nos penseurs cathodiques commentant l’incontournable match de football ou le succès transcendant et vaguement musical mais fermement attendu du dernier crétin — ou de la dernière crétine — vraisemblablement à la mode. Il faut savoir participer, comme disait un célèbre baron raciste et misogyne, et prendre part à la fête puisqu’il convient aujourd’hui que tout soit festif et convivial. Or donc, n’étant que fort peu festif, j’admets, et je m’incline car la tâche était énorme, disproportionnée au regard du ridicule de l’objectif à atteindre (d’autant que le seul mot d’objectif déjà me répugne), et ô combien crasse mon incompétence en ce domaine où la performance technologique l’emporte haut-la-main sur l’utilité, discutable, du propos. Mieux vaut se taire lorsque le micro est indispensable pour se faire entendre.
Les humbles ont ce mot qui résonne comme un modèle de sagesse : Il faut savoir demeurer à sa place.

avril 2014

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Seul le Collège de ’Pataphysique ne prétend pas sauver le monde

12 Avril 2014 , Rédigé par JCD

Depuis la nuit des temps, et il faut dire que plus on remonte loin moins on y voit goutte puisque pour bénéficier de l’éclairage public au nucléaire il nous a fallu patienter jusqu’au 6 août 1945, date à laquelle les scientifiques consentirent enfin à faire profiter l’humanité presque tout entière des immenses progrès dont seuls quelques valeureux guerriers américains avaient jusque là l’entière jouissance, tandis que d’autres chercheurs, français et allemands unis dans un identique souci de voir se développer la connaissance, accusaient un tragique retard dont ils ne se remettraient jamais tout à fait. Depuis la nuit des temps donc, l’homme s’efforce d’éclairer — la clarté fut en effet exceptionnelle à huit heures seize, heure locale, ce matin-là à Hiroshima — l’homme dont il a fini par admettre qu’il n’était pas très différent de lui-même, surtout dans la pénombre, mais à quelques exceptions près toutefois et selon le quartier et les circonstances. Aujourd’hui encore, alors même qu’il a inventé le Big Mac, Koh-Lanta et Lady Gaga, force est d’observer que de singuliers altruistes s’obstinent au-delà du raisonnable à vouloir sauver le monde. Nous savons pourtant que depuis cette fameuse nuit des temps, quand régnait encore le pire obscurantisme puisqu’il était impossible de rentrer tard dans la soirée après une représentation d’En attendant Godot et que, sans même une malheureuse lampe de poche équipée d’une pile Wonder qui ne s’use…, vas-t’en faire la différence entre le boulevard Montmartre et celui des Italiens ! nous savons pourtant — ce ne sont certes que des on-dit, des racontars dénués de preuves tangibles mais on est bien obligés de faire confiance sinon on finit par douter du parti socialiste lui-même — que dès cette époque des sortes d’illuminés prétendaient déjà disposer de combines infaillibles qui allaient permettre aux infortunés (mais quand même davantage à ceux qui avaient économisé et disposaient d’un bas de laine, comme on disait alors) de préserver leur âme et de ne point passer par la case purgatoire avant d’accéder directement à la rue Paradis sans changer à Châtelet où les couloirs sont interminables, mais sans toutefois toucher vingt mille francs. D’autres se targuaient de garantir tout ce qui leur passait par la tête, celui-ci vantait les ineffables délices que prodigueraient à son client la centaine de vierges s’il savait de son vivant se comporter en martyr, celui-là promettait la félicité aussitôt que le Messie en aurait terminé avec tous ces mécréants qui ont choisi d’afficher un insolent scepticisme plutôt que de tout simplement croire, comme le font spontanément les crétins normaux. D’autres encore inventaient des ismes supplémentaires et les hommes providentiels idoines grâce auxquels tous les problèmes seraient résolus, certes successivement car il faut laisser du temps au temps et on ne saurait éradiquer en une seule fois tous les maux qui avaient nécessité durant tant de siècles la patiente obstination de créateurs déterminés alors qu’ils avaient souvent d’autres chats à fouetter, sans parler de la mayonnaise et des serviteurs plus ou moins africains. Le monde serait sauvé, tous le répétaient presque quotidiennement, admettant toutefois qu’un tel projet, ô combien ambitieux, prendrait probablement un certain temps avant de se concrétiser et d’aboutir. C’est que dans l’intervalle il allait falloir consacrer énormément d’énergie et de moyens afin de faire en sorte que toute cette humanité s’épanouisse dans un certain confort, que la plupart des individus — certes seulement quelques-uns — qui la composent jouissent pleinement des bienfaits de la civilisation. En vérité, finirent-ils par avouer, il se peut fort bien que cela s’avère un peu plus long à venir que prévu, mais qu’importe puisque l’essentiel est bel et bien qu’un jour le monde soit sauvé et ils y travaillaient d’arrache-pied. D’aucuns, que les promesses électorales avaient rendus méfiants, exigeaient qu’on leur donnât des dates précises, voulant savoir s’ils auraient le temps de passer à la banque ou, éventuellement, de récupérer les gosses à la crêche. Les plus grands artistes, écrivains, musiciens, cinéastes, aussi ringards fussent-ils — la plupart l’étaient et depuis lurette atteints par la sénilité la plus précoce —, ne souhaitaient parler de rien d’autre que d’avenir, leur œuvre à jamais immortelle contribuerait à sauver le monde, ils en étaient convaincus. Ce qui n’était pas, semble-t-il, l’opinion de Gide qui préféra, avec prudence, suggérer que le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. Qui ne furent guère nombreux, en tout cas bien insuffisamment pour que ce vieux monde tellement dévasté en moins d’un siècle, usé, pillé, ruiné, exsangue, s’en sorte et mérite de s’en sortir.
Les insoumis aussi s’achètent.

avril 2014

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Aux abris, les enfants !

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Nous sommes à la mi-mars, autant dire que le printemps se profile à l’horizon. J’ai donc décidé qu’il était opportun de reprendre possession de mon banc sous les robiniers. Avec la nécessaire modération qui sied à pareille entreprise délibérée d’inertie, afin de ne pas décourager complètement mes appétits de plumitif, dont la totale disparition, je le subodore, ne navrerait pourtant personne dès lors que l’anonymat me va idéalement au teint et ne contrarie quiconque dans le monde bien élevé de l’écriture et de l’édition où il est préférable que l’on reste entre confrères authentifiés et notoirement surdoués. C’est donc sans le moindre complexe que je suis allé m’asseoir face à l’érable negundo où, depuis quelques jours, bourdonne en continu — sauf durant la nuit puisqu’il faut bien que chacun se repose comme il peut et à ce propos je me demande s’il arrive que certains insectes hyménoptères soient eux aussi insomniaques — bourdonne en continu, disais-je, une profusion d’abeilles besogneuses affichant visiblement le plus grand mépris pour l’insolent forsythia qui parade à dix mètres de là tout ensoleillé de jaune éclatant sans qu’une seule de ces butineuses compulsives ne se risque à venir lui pomper le suc. Et puis sont passés quelques engins automobiles dont les propriétaires avaient manifestement à cœur de tester, voire confirmer, les performances, justifiant ainsi le prix exorbitant du véhicule lui-même et de l’hydrocarbure indispensable à son déplacement sur des routes où certains spécimens déjà inscrits au tableau des espèces en voie de disparition vivent en ce moment-même leurs dernières émotions, le piéton étant notamment l’une d’elles, cela dit sans vouloir discréditer le hérisson, le lapin de garenne et son collègue le lièvre, le chat, le chien qui paient quotidiennement un lourd tribut à l’exactitude de l’ivrogne pressé de s’accouder au comptoir où tiédit son pastis dont sont déjà à moitié fondus les deux glaçons. Le temps c’est de l’argent, disent les automobilistes alcooliques et les traders que turlupine les fluctuations du cours des matières premières grâce à quoi on peut combattre efficacement la surpopulation des loqueteux en économisant sur les munitions, ce qui, bien sûr, ne cesse d’inquiéter ces autres traders qui avaient misé gros sur la demande en armement. C’est véritablement incroyable tout ce que l’on peut être amené à voir depuis un banc de bois installé à quelques pas d’un érable negundo. Est-ce pour cette raison que l’Institut national de la recherche agronomique — qui est à l’agriculture ce que le Centre national de la recherche scientifique est à la paix dans le monde — a mis en place au début de l’année 2009 un chantier d’éradication de l’érable negundo. En conjuguant leurs efforts et en s’associant avec des entreprises performantes détenant le leadership dans le domaine privilégié des poisons phytosanitaires, ces deux organismes de pointe ambitionnent d’obtenir, à plus ou moins long terme, la disparition programmée de diverses espèces animales nuisibles pour l’évolution des couches élevées de l’humanité telles que l’abeille, le hérisson, le lapin et son collègue le lièvre, le chat, le chien et le piéton, sous réserve d’extension du domaine de la lutte, comme dit l’un des brillants héritiers auto-revendiqués de Flaubert, Balzac et Stendhal sans que ceux-ci aient à ce jour approuvé ni même reconnu une telle paternité. Nous sommes à la mi-mars, si les conditions climatiques s’annoncent des plus favorables, et quand bien même elles ne le seraient pas, il nous faut désormais nous attendre sous peu au déferlement des premières vagues d’enshortés, par relativement discrets groupuscules pour commencer — les sujets se mouvant à l’unité sont rares, sans doute par crainte de l’ours mal léché dont on dit qu’il pourrait être un loup pour l’homme — avant que ne s’abatte le grand tsunami estival qui est tellement profitable pour le petit commerce local. L’hiver prochain est encore bien loin, hélas !

mars 2014

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Ami, entends-tu…

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Considérant le mépris où me tient la quasi-totalité des éditeurs à qui j’ai eu l’audace de proposer mes peu romanesques textaillons, je me suis sans attendre davantage fait à l’idée de vivre dans la plus irréprochable clandestinité. Certes ce n’est pas la guerre, non, mais c’est quand même l’Occupation puisqu’ils sont disons… quelques centaines de plumitifs éventuellement notoires à avoir investi les hauts-lieux de l’édition et, par voie de conséquence, les librairies, la presse vaguement spécialisée et les ondes, aussi bien radiophoniques que cathodiques. Est-ce à dire que tout ce papier imprimé et broché, destiné à nous narrer des histoires plus ou moins édifiantes est l’œuvre de collabos et qu’à l’occasion de ces fameux cocktails de lancement on ne boirait que du monbrasillach, qui manque quand même quelque peu de cette indispensable acidité ? C’est après tout possible puisque l’important a toujours été de savoir choisir son camp – celui du vainqueur présumé – et d’en changer si nécessaire, au moment opportun. Winner ou loser, tout est affaire d’aptitudes, de bonnes dispositions.
Je pourrais bien sûr affirmer que j’ai choisi la clandestinité, ce qui serait manifestement assez héroïque et mériterait même quelque décoration, naturellement pendante et à titre posthume cela va de soi ; mais non, je n’ai pas choisi, on l’a fait pour moi. En vertu de quoi, j’assume. Avec humilité, car dans la clandestinité il faut savoir se montrer discret, par obligation, afin de s’épargner le ridicule d’une gloriole déplacée et le plus souvent fatale. Si, au nom de consensus après tout éminemment respectables puisque consensuels, les collabos toujours ont raison contre les clandos, c’est donc que le conforme inexorablement, incontestablement, l’emporte sur le plus ou moins non-conforme. Cela dit, ou écrit, sans la moindre prétention à la nouveauté qui est, je l’admets, le critère d’élection premier en matière de production d’un produit a priori commercialisable. Car le verdict est sans appel, je ne suis pas un écriveur bankable, on ne tirera rien de ma prose, pas même de quoi payer le salaire — pendant deux mois et sans compter les charges sociales — à peine convenable d’une secrétaire de direction, occasionnellement dévouée.
On peut tout à fait déplorer que tel ouvrage éminemment contemporain nous contant, dans un style ébouriffant et tellement actuel les amours contrariées d’une paire de bobos évoluant au sein de l’aristocratie du spectacle en tous genres, on peut en effet déplorer que ce bel ouvrage dont la couverture arbore fièrement la photographie très avantageuse de l’auteur n’ait pas réussi à atteindre le chiffre escompté de quatre cent mille exemplaires vendus, on peut le déplorer pour le nombre d’arbres abattus dans cet espoir mais s’en réjouir néanmoins puisque le papier est désormais recyclable et, à l’exception des exemplaires déposés à la Bibliothèque nationale et de ceux récupérés par des collectionneurs fétichistes, permettra ainsi l’impression à moindres frais de dépliants en couleur vantant les articles en promotion dans les hypermarchés nationaux, et même ultra-nationaux des environs d’Hénin-Beaumont ou Béziers.
Ma clandestinité certes m’honore mais il n’empêche que je ne parviens pas à m’en réjouir, car même si j’ai beau y voir une certaine forme de reconnaissance à l’envers il se trouve que je ne suis guère différent de la plupart de mes congénères, attendris par le produit encore balbutiant de leurs génitoires quand ils ne sont pas tout épanouis devant l’opulence de leurs propres selles. Que d’aucuns estiment démesurée voire déplacée la fierté pourtant modeste que j’affiche — en très petit comité, j’insiste — à l’égard de mes devoirs d’écriture me semble témoigner d’une forme de jalousie excessivement mesquine et j’ai le regret de leur dire combien une telle attitude manque singulièrement d’ouverture et d’empathie. Et j’ajoute que ce n’est pas joli joli.

mars 2014

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Amputons, il en restera forcément quelque chose !

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Heureux les ambidextres ! me dis-je ce matin même au moment de me brosser les dents. Car j’ai la faiblesse de n’être que droitier et quand, du jour au lendemain, le droitier qui jamais n’a cédé devant l’éventualité du compromis se retrouve temporairement handicapé de son bras primordial, il lui faut bien admettre que son intransigeance à refuser toute concession en faveur d’un apprentissage de la main gauche lui ouvrirait à cet instant les portes de la béatitude, fût-elle toute relative. L’ambidextre n’est le plus souvent qu’un gaucher contrarié, ses débuts dans la vie scolaire ont généralement été gâchés par le règlement selon lequel tout gaucher est un anormal qu’il convient de faire rentrer dans le rang de la normalité en le contraignant à se conformer aux usages édictés par des tortionnaires en blouse grise et lunettes d’écaille que leur apostolat rémunère afin qu’ils militent en faveur de la soumission au dogme dès lors que l’ignorant est tenu de se plier aux diktats de celui qui sait et a forcément raison. L’imparfait du début est ici de rigueur puisque désormais l’écriture n’est plus considérée qu’en tant qu’accessoire occasionnel tandis que la pratique du jeu vidéo dès la plus tendre enfance développe, sans effort semble-t-il, une spectaculaire indépendance manuelle, réduisant à néant là aussi l’opposition droite-gauche, sans qu’il soit toutefois nécessaire de prétendre transformer le jeune crétin imberbe en virtuose du piano massacrant avec un large sourire de contentement la fameuse sonate à Élise de ce pauvre Ludwig van. Ce qui parfois peut justifier la surdité, voire encourager au trépas.
Heureux les ambidextres qui, d’une main ou de l’autre tenant l’opinel, éventrent avec la même talentueuse dextérité le tendre agneau qui appelle en vain sa mère au secours ; heureux les ambidextres en chef dont réconfortante est la capacité à contresigner de la main gauche le licenciement de deux cent quarante-huit personnes et donner son aval de la main droite pour l’achat de trois hôtels particuliers afin d’y loger dignement ses derniers enfants nés d’un cinquième mariage plus ou moins consanguin ; heureux ce grand chirurgien ambidextre — car il est le seul à y parvenir — qui, d’une seule main débarrasse de son emballage doré un rocher d’ambassadeur, se l’enfourne en bouche et de l’autre pratique en expert un toucher rectal tout en écoutant — il affirme qu’il trouve en cela une aide appréciable — Dario Moreno dans ses œuvres immortelles ; heureux ces merveilleux altruistes ambidextres volontiers généreux d’un côté et prompts de l’autre à ne surtout pas encourager l’assistanat, coutume néfaste au plein épanouissement des héros ; heureux les ambidextres qui n’ont pas les deux pieds dans le même sabot et soutiennent ainsi le plein emploi…
Mon incapacité, certes temporaire, à contribuer efficacement à l’essor de l’humanité est telle qu’il me semble plus raisonnable de m’abstenir. Je demande que l’on respecte mon handicap et regagne de ce pas mon lit encore tiède.

mars 2014

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Un bon souvenir

27 Mars 2014 , Rédigé par JCD

Pour les pragmatiques inébranlables le seul fait de vieillir justifie la plupart des maux, au moins les plus physiques d’entre eux, dont nous avons à souffrir. Lorsque nous constatons, un peu amèrement il est vrai, que le corps humain auquel nous sommes attaché depuis déjà fort longtemps tend à se livrer à d’ignobles trahisons dont nous sommes évidemment le premier à subir les conséquences, il est alors plus que temps d’interroger l’homme de l’art dont c’est la vocation de veiller à la conservation et au rétablissement de la santé qui nous est particulièrement chère, la nôtre. Voilà sans doute pourquoi chaque docteur en médecine consulté ne manque jamais de nous asséner, avec un sourire de feinte complicité dont nous ne sommes évidemment pas dupe puisqu’il est, lui, scandaleusement bien portant, cette conclusion en forme d’explication : Oui, mais à votre âge… Il nous est alors quelque peu difficile d’afficher en retour une bonhomie un peu navrée qui soit, ne serait-ce que par courtoisie, égale à la sienne. L’homme, quelquefois, est affable, éventuellement compatissant mais il n’empêche qu’il nous a, probablement sans méchanceté aucune, sévèrement verglacé l’humeur, selon la jolie formule d’André Blanchard. Je reconnais certes que mon humeur courante n’est guère d’inspiration primesautière et qu’il n’est pas nécessaire de me promettre un monstrueux cancer généralisé pour que mes détestations les plus spontanées l’emportent sur l’amour que je devrais manifester, en temps normal et par ailleurs, à l’endroit de Scarlett Johansson. Ou à l’envers, pourquoi pas. Oui, mais à votre âge… répète l’autre. Dès lors, tout devient excusable, ceci explique cela et ne venez pas vous plaindre quand la mécanique vous lâchera, c’était inscrit dans le contrat. Sauf que moi, Monsieur, je n’avais rien demandé et que, peut-être, allez savoir, si des personnes indépendantes, des étrangers en quelque sorte, m’avaient informé de ce qui me pendait au nez, eh bien peut-être en effet que j’aurais préféré demeurer à jamais, ou plutôt temporairement, spermatozoïde et finir, ni vu ni connu, dans la tinette d’un petit appartement du onzième arrondissement. Oui oui, je sais, la joie des parents, et comme il est mignon ce joli petit garçon ! Et puis quand c’est parti il faut assumer et aller jusqu’au bout, eh bien c’est précisément ce qui fait problème, cet aller jusqu’au bout, parce que le bout il est moche, sans parler du fait que, à peine sorti j’étais déjà confronté à l’inexorable avancée de l’envahisseur teuton qui, venant tout juste d’enjamber la ligne Maginot, projetait de brûler Paris et l’école où il était prévu que j’irais apprendre à lire Proust et Céline avant que d’entreprendre l’écriture d’une œuvre immortelle qui me vaudrait de demeurer beaucoup plus notoirement méconnu que Vialatte – ce sont ses propres mots, le concernant, alors que, quand même, le plus méconnu des deux, hein, notoirement… Alors, à mon âge, comme vous dites, après ce qu’on m’en a fait voir, j’aurais bien aimé mourir de mort naturelle, comme on dit de ceux qui, un beau jour, s’endorment sans avoir été torturés en regardant Chantons sous la pluie en dvd. Et, à mon âge, je ne demande pas davantage, juste un peu de considération pour que je laisse un bon souvenir. Oui oui, je sais, dans mon cas ce sera difficile…

mars 2014

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