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Soit dit en passant

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21 Avril 2019 , Rédigé par Jean-Claude Dorléans

À l’instar de quelques-uns de mes collègues de bureau j’aime à truffer mes propos de citations volées à une poignée de plumitifs, de préférence décédés afin qu’ils ne fussent point tentés de venir me demander des comptes, allant possiblement jusqu’à amputer gravement mes ressources qui me permettent au quotidien de boire à leur santé. J’affectionne notamment celle-ci empruntée à ce bon vieux Pascal (Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos dans une chambre). Je l’affectionne parce qu’il m’a fallu bien du temps pour parvenir, autant que faire se peut, à la mettre à exécution et à la pratiquer assidûment, quand bien même il m’arrive parfois de m’écarter, fut-ce brièvement, de l’absolue rigueur d’un tel précepte. Car en vérité je n’ai aucun goût pour le malheur, sauf probablement pour celui des autres sans toutefois généraliser puisqu’il existe quand même un certain nombre d’individus pour qui je peux témoigner d’une empathie vraisemblablement sincère, si le moment est bien choisi et à condition que ce fût par moi.
C’est précisément l’un de mes collègues de bureau qui vient tout juste de produire un ouvrage publié par un de ces éditeurs de province dont on ne parle guère à la télévision, fut-ce pour en dire du mal. Dans cet ouvrage l’auteur cite Pascal (voir plus haut) en y ajoutant la fin de la citation qui dit : Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser. Que voilà donc une idée qu’elle est bonne. N’y plus penser et le bonheur est là qui nous tend les bras et, pour un peu, nous déboucherions une ou deux bouteilles pour aller trinquer en compagnie avec l’ignoble salopard qui ne cesse de s’épanouir à quelques mètres de cette chambre où nous aurions dû demeurer au repos.
L’auteur dudit ouvrage, pour qui j’ai beaucoup d’affection, y développe une réflexion sur l’existence et s’intime pour consigne de tendre à tranquillement affronter l’ultime en étant au clair avec soi-même (…). Alors attendre avec soumission une issue inévitable et l’accepter ? (…) Tendre vers cette neutralité bienveillante, issue de l’absence de raison sérieuse de pencher pour ceci plutôt que pour cela. (…) L’indifférence nous permet sans doute de supporter le poids de ce qui nous dépasse. Elle nous garderait du donquichottisme. Tout accepter, pour autant ? Tout, sauf l’inacceptable, c’est-à-dire ce qui met en cause notre nature profonde.
La somme de tout ce que j’estime inacceptable est telle que je me refuse à choisir l’indifférence, je n’ai pas cette sagesse-là et m’oppose avec vigueur à tout ce qui pourrait contrarier ma nature profonde. S’agirait-il de ma part de quelque penchant forcément répugnant pour le donquichottisme, je ne le crois point puisque je fais partie de cette cohorte de lâches dont l’ignoble pusillanimité aurait dû depuis longtemps me valoir un maroquin de ministre, les avantages y afférents et la reconnaissance baveuse d’innombrables crétins qui croient tout ce qu’on leur raconte et en redemandent. Exister, disparaître, ne change rien et passe le plus souvent totalement inaperçu. Certes certes, il en est même  qui peignent Le buffet de Mougins (ou de Vauvenargues, je ne me souviens plus), écrivent les Syllogismes de l’amertume ou composent une quatrième symphonie avec soprano obligé alors qu’ils se prénomment Gustav. C’est la vie !
Merci à Jean Klépal d’avoir écrit A Caminar… et à Yves Artufel de l’avoir publié chez Gros textes en ce début d’année 2019.


20 avril 2019

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Jean Klépal 21/04/2019 18:56

C'est bien la première fois que j’apprécie à ce point l'excellente qualité de ce blog !
Merci Jean-Claude, remarquable lecteur que tu sais être.
Je lève mon tout prochain verre à ta gloire.