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Soit dit en passant

Rien à branler ?

12 Septembre 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 

 

 


Dernièrement m’est parvenue cette information selon laquelle le maître bouddhiste tibétain Sogyal Rinpoché a été frappé de disgrâce. Accusé d’abus de pouvoir, voire sexuels, sur des disciples, critiqué pour son train de vie, Sogyal Rinpoché a été contraint de quitter la direction du réseau Rigpa. Né en 1947 au Tibet, Sogyal Lakar Rinpoché, lama du courant nyingmapa, est devenu dans les années 1970 l’un des principaux propagateurs de l’enseignement du Bouddha en Occident. En 2016, un livre de l’anthropologue Marion Dapsance l’avait dépeint en maître irascible, porté sur l’argent et les jeunes femmes – des «partenaires tantriques» au consentement manipulé, selon l’auteure. Mi-juillet, huit anciens étudiants ont publié une longue lettre ouverte dénonçant chez Sogyal Rinpoché des «abus physiques, émotionnels, psychologiques et sexuels, un mode de vie extravagant et avide».
Il semblerait que ce lama-là ne se conforme pas totalement aux préceptes du bouddhisme et s’affranchisse volontiers du noble désintéressement que le dogme revendique pour appartenir à la confrérie de ses fidèles. Son mode d’existence ne se référerait pas de manière exemplaire à cette admirable indifférence qui permet au croyant de se hisser au pinacle de la civilisation, bien au-dessus d’une humanité servile souvent contrainte, bien malgré elle, de céder aux tentations du consumérisme débridé et ô combien égoïste au-delà de quoi l’existence manque singulièrement de piment.
L’indifférence est un sentiment arrogant, dit-on chez les mécréants. Non, pas un sentiment puisque les sentiments sont des choses dégoûtantes, vulgaires et indignes de l’homme, ou de la femme, supérieur(e). Une attitude, préfère mon pote Robert qui s’y connaît en sentiments et précise même qu’il s’agirait en vérité d’un état (manière d’être, plus ou moins volontaire). L’indifférence donc serait l’état d’une personne qui n’éprouve ni douleur, ni plaisir, ni crainte, ni désir. Quelqu’un qui, en quelque sorte, n’en a rien à branler de ce qui se passe plus ou moins autour de lui. Robert ajoute encore que l’indifférence s’apparente au désintéressement, à l’apathie, au détachement, à l’insensibilité. En somme, un individu à côté de qui on peut mourir tranquillement sans qu’il vous demande toutes les deux ou trois heures si tout va bien. Im-per-tur-ba-ble. L’indifférence permet au crétin ordinaire de s’élever au-dessus de ces considérations mesquines qui peuvent, exceptionnellement, nous pousser à nous inquiéter du rythme cardiaque de notre voisin, éventuellement quelconque, avant qu’il ne passe l’arme à gauche mais après avoir vérifié quand même le contenu de son portefeuille, d’où le désintéressement, dont on nous dit toutefois qu’il serait le détachement de tout intérêt personnel, ce qui reste à prouver.
L’indifférence permet d’accéder au nirvana sans s’abandonner aux pouvoirs de substances prohibées, c’est en fait une vertu qui n’est pas à la portée du premier imbécile venu qui s’endort béatement devant la retransmission en direct de l’agonie d’un bovidé trucidé par un œnuque costumé en chanteur de Mexico sous le regard mouillé de connasses frétillantes de la vulve. L’indifférence s’obtient au terme de longues études et d’encore plus longues années de pratique car il n’est pas aisé de demeurer de marbre lors de l’érection du pénis, ou plus modestement de la statue en marbre reconstitué, de n’importe quel dictateur démocratiquement élu avec le consentement tacite de 70% d’abstentionnistes.
L’indifférence peut être parfois confondue avec l’approbation, on l’a bien vu dans les années quarante lorsqu’il s’agissait de choisir entre la résistance et la collaboration, tant il est vrai que la différence est quelquefois bien minime entre la saucisse de Strasbourg et celle de Francfort. Ou, quelques temps plus tard en plein vingt et unième siècle, entre la droite et la gauche. L’indifférence tire sa fierté de cette volonté délibérée à n’être ni pour l’un ni pour l’autre, au-dessus du débat dont la médiocrité lui répugne, dit-il.
L’indifférent comme l’indifférente, peuvent être odieux en raison même de leur superbe qui n’est rien d’autre que la manifestation d’un orgueil démesuré. On peut revoir à ce propos le court métrage de Jacques Demy (années 50), Le Bel indifférent.
L’indifférence c’est la confortable incapacité à décider, c’est le vote centriste par excellence, si voter peut sembler indispensable. L’indifférence se retranche derrière le pourquoi pas ? Ne m’a-t-on point appris dès ma plus tendre enfance cette réplique attendrissante : T’aimes mieux ton père ou ta mère ? Réponse implacable : J’aime mieux le lard ! On demeure confondu devant un semblable égarement qui n’est toutefois pas sans laisser transparaître une magnifique prédisposition pour l’ambitieuse volonté de réussite digne de cette société mercantile mais, pour ma défense, je n’avais alors que des besoins primaires et n’aspirais nullement alors à devenir bouddhiste. Alors qu’aujourd’hui, si la place de Maître Rinpoché est toujours vacante… Car il faut savoir se sacrifier pour grandir.
L’indifférence est un comportement admirable auquel parvient l’être humain lorsque le détachement suprême auquel il atteint enfin lui permet de dépasser l’amour comme la haine. C’est une espèce de sainteté à laquelle il est impossible de se refuser. Enfin ! on peut toujours faire un essai…s’il y a quelques contreparties.

12 septembre 2017

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capron 12/09/2017 19:48

Je serais renté de répondre par cette citation de Diderot :"L'indifférence fait les sages et l'insensibilité les monstres" A toi de choisir
PS : Il y a une chanson de Gilbert Becaud qui me convient parfaitement pour conforter ce point de vue