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Soit dit en passant

Comme disait…

7 Septembre 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 

 

Il y a maintenant quelques années de cela, Jean-Claude Pirotte notait quelque part : Devenir sourd, c’est aujourd’hui le nec plus ultra. Il est en effet chaque jour plus tentant de se dispenser d’entendre ce qui se dit, principalement parmi et de la part de ces prétendues élites qui parlent en notre nom puisque nous les avons choisies à cette fin, de gré ou de force. Le silence est à ce point terrifiant qu’il faut sans cesse éviter qu’il ne s’installe. L’exquise Louise de Vilmorin ajoutait, sans crainte qu’on l’accusât de sexisme, ce qui serait tout de même un comble : Les femmes aiment les hommes silencieux, elles croient qu’ils les écoutent.
JFK (Jean-François Klépal), dans son blog du 5 septembre, constate combien le silence est désormais honni, ringard puisqu’il fait perdre du temps. Ce qui est en somme incontestable dès lors que time is money et que la monnaie constitue à elle seule l’unique référence de pensée, depuis quelques dizaines d’années déjà. D’immondes passéistes, ronchons rétrogrades, brandissent en queue de manif leur fameux C’était mieux avant ! et refusent de prendre en compte les énormes progrès que nous devons à la découverte, par exemple, de l’énergie nucléaire, si propre et si peu polluante au point que ce serait invisible à l’œil nu. JFK nous rappelle la force inébranlable du fameux slogan du passé faisons table rase, grâce auquel l’art délicieusement contemporain est dorénavant reconnu d’utilité publique. Il réclame (Jean-François Klépal, et non l’art contemporain qui n’a rien à réclamer puisqu’il a tout) – et sa revendication est sordidement réactionnaire – que l’on daigne se pencher sur notre mémoire, collective et individuelle afin de relativiser la pertinence de notre égocentrisme. Et pourquoi pas planter des arbres, tant qu’on y est ! Et Wellbek écrire ses œuvre simmortelles avec un porte plume Sergent Major…
Revendiquons donc pleinement notre fierté d’appartenir à cette civilisation du jetable et de la nouveauté permanente, continue et instantanée, soyons de notre temps, enfin ! Ouvrons-nous à l’avenir tellement radieux grâce à l’EPR qu’il faudrait être singulièrement rétrograde pour nous soucier de ce qui n’est plus. La seule fonction de la mémoire est de nous aider à regretter, comme disait l’inénarrable Cioran. Le passé est dépassé, révolu, révoqué, l’homme de demain est en marche, la République elle-même… une deux, une deux, demi-tour à droite, droite ! En joue, feu !
Tu n’as rien vu à Hiroshima ! répétait Emmanuelle (Riva, pas l’héroïne de Jaeckin ni la cousine de Teresa) et c’est vrai que nous avons quelque peu oublié qu’il n’y avait plus grand chose à Hiroshima le 4 août 1945 après le largage de soixante kilogrammes d’uranium 235 rédempteur. Mais la mémoire est parfois volage, à moins qu’elle ne soit accommodante au gré des intérêts de la démocrassie. Il y a parfois des faits que nous préférons laisser choir au fin fond du puits sans fin de l’oubli, on a bien le droit de vivre en paix, non ? L’oubli c’est une sorte de coussin moelleux et on finit par s’endormir. Du sommeil du juste. Comme disait Camus… ou Macron.


début septembre 2017

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Jean Klépal 07/09/2017 12:18

Merci Jean-Claude de te référer de manière si pertinente à mon dernier article paru sur mes Epistoles improbables. Tes sources sont souvent bonnes, voire excellentes.
Mais pourquoi m'affubler du double prénom de Jean-François. Il y a bien sûr Rabelais, mais aussi hélas Mitterrand et Hollande. Alors... de grâce !