Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Soit dit en passant

Je suis allé à Thoard…

3 Juin 2017 , Rédigé par jcd

 

 

 


Indépendamment du fait que l’on dénombrait encore il y a peu de temps dans ce charmant petit village incontestablement provençal la présence de quelques sept cent vingt-huit habitants , non compris les résidents de passage et donc temporaires, on ne saurait toutefois sans médire en déduire mon indubitable inutilité. De semblables conclusions trahissent un emballement sans doute excessif au service d’une pensée de comptoir. Je ne nie certes pas l’importance du hasard mais j’insiste néanmoins sur le caractère empirique d’un avenir que nul ne peut prétendre maîtriser et je me demande bien pourquoi l’on me ferait grief de m’être rendu à Thoard alors que rien ne m’y obligeait ni ne m’en empêchait. Bien entendu, il m’était tout à fait possible de m’en aller baguenauder à Limoges ou à Besançon plutôt qu’à Thoard mais, outre le peu de curiosité que m’inspirent l’une ou l’autre bourgade qui, à moins d’en être natif ou totalement désespéré,  ou même voyageur de commerce spécialisé dans le secteur des bidets à jet rotatif, voire dans celui nécessitant la candidature au poste certes enviable mais quelque peu ingrat de conseiller départemental pour l’acquisition d’une ou plusieurs places au cimetière communal, ne peut en vérité que déboucher tôt ou tard sur un échec, là encore. En outre, le monument aux morts de Thoard ne s’impose pas au regard du visiteur moyen tout autant qu’ordinaire comme étant manifestement un édifice dont le classicisme néo-conservateur n’est pas sans évoquer, en moins réussi, le chef-d’œuvre romantique de François Rude (1784-1855), lequel connut la gloire en sculptant La Marseillaise pour l’Arc de triomphe de Paris tandis que reprenait du poil de la bête la monarchie pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Voici probablement pour quel motif partisan de vils esprits toujours prompts à tenter de générer la division s’obstinent à dénigrer mon voyage à Thoard et à en tirer des conclusions pour le moins malveillantes. Lorsque j’avoue être allé à Vesoul, cet aveu ne déclenche nullement l’hilarité parmi les foules rassemblées pour saluer le passage du Tour de France au col du Galibier. Alors que si je suis allé à Thoard, oui. Naturellement, le fait d’être allé à Thoard ne manquera pas de porter préjudice à quiconque ira jusqu’à s’en vanter pour peu que l’on dise de lui qu’il n’a rien d’indispensable ou même qu’il s’agit d’un pitoyable opportuniste. Il est d’ailleurs à noter que les gens de bonne famille et d’un certain rang social ne manqueront pas d’affirmer qu’il est sans conteste préférable de le fuir. On ne saurait se fier à un tel individu et n’a-t-on pas brûlé ou pendu, voire pis, des hommes ou des femmes qui, à défaut d’être reconnus officiellement esclaves ne servaient véritablement à rien.D’aucuns reconnaissent volontiers que je ne suis guère dangereux, peut-être uniquement un peu coupable ; on n’a pas idée d’aller à Thoard, disent-ils, ponctuant leur discours de grands gestes vindicatifs propres à de quelconques manifestants bolcheviques. Pourtant, n’arrive-t-il pas au meilleur d’entre nous d’être un jour ou l’autre allé à Thoard, cela ne vaut-il pas mieux que de se mêler de tout et de rien, d’avoir un avis à donner quand on ne le lui demande point ? Pour ma part je me résigne à n’être que facultatif, occasionnel, selon les nécessités du jour ou même seulement du moment. Ce n’est nullement être inutile, juste inopportun. En pareil cas je ne prétends  pas évoquer le moindre similitude mais il n’empêche que si l’auteur célèbre de l’appel du dix-huit juin avait eu l’incohérence de se lancer dans l’affaire le treize ou le quatorze l’initiative eût manqué d’à propos et le chef de l’État français y eut trouvé matière à se gausser sans vergogne au cours d’un dîner avec ses collègues d’outre-rhin. J’entends dire que cet écrivain notoire que la gloire avait su trouver alors qu’il venait de se faire bêtement pincer dans une affaire de trafic de sacs de riz, j’entends dire que cet illustre baroudeur  s’est récemment rendu à Baccarat ou à Mossoul et l’élite autoproclamée d’un quartier populaire de la capitale d’en faire aussitôt des gorges chaudes pour peu qu’elles fussent profondes. Je m’en vais à Thoard et fusent les quolibets les plus désobligeants. Vous me rétorquerez que vous ne voyez pas le rapport, naturellement. Songez donc un instant, si tant est que cela ne soit au-delà de vos capacités physiologiques, songez donc un instant au nombre de personnes qui s’en vont à Thoard sans que nul ignorant ne s’en vienne les dénoncer aux autorités policières toujours prêtes à se saisir de l’occasion pour molester un innocent, voire tout un groupuscule, sans que le moindre pétitionnaire ne s’interpose au risque de se voir interdit de séjour et condamné pour troubles à l’ordre public et menées subversives en pleine période d’état d’urgence alors même que les terroristes sont à nos portes et qu’il est plus que jamais dans notre histoire impératif de nous rassembler, à l’exception toutefois des citoyens déjà déchus de leur nationalité. Et les déchus sont plus nombreux qu’il ne semble mais néanmoins inférieurs en nombre aux déçus de tout acabit qui prolifèrent aussitôt que le pouvoir fait montre de sa faiblesse. Que je sois allé à Thoard n’est somme toute guère répréhensible si l’on écarte délibérément le fait que mes papiers d’identité sont périmés depuis lurette mais qu’en revanche je n’ai jamais été candidat à quelque élection que ce soit, municipale ou présidentielle, et par conséquent jamais élu à quelque titre, honorifique aussi bien que somptueusement rémunéré. Je suis allé à Thoard, ce qui pourrait laisser entendre que l’on peut parfaitement se passer de moi et que d’aucuns ne s’en privent pas, dès lors que cela n’a strictement aucune importance. Sauf pour moi, mais qu’y puis-je ? Puisque je suis allé à Thoard.


juin 2017

Partager cet article

Repost 1

Commenter cet article

eric 05/06/2017 23:31

Bonjour, est-ce que vous accepteriez d'aller lire quelques uns de mes textes et de me dire ce que vous en pensez si le coeur vous en dit en y laissant deux ou trois commentaires...?

Mon reflexe après avoir lu "Je suis allé à Thoard" est d'avoir voulu connaître et d' être allé voir comment c'est ce petit village, dans Google ... Votre façon d'écrire me rappelle celle de Cavana. À bientôt j'espère,
amicalement,
Eric ericboxfrog.unblog.fr

SAGAULT 05/06/2017 17:23

L'essentiel, à mes yeux, est que tu n'y sois pas resté…
De mon côté, je n'ai fait qu'y passer. Très passé.

Oliver G 04/06/2017 00:22

Je n'ai pas le souvenir d'être allé à Thoard,
pourtant il m'est aussi arrivé de me demander dans quel état j'erre.
Je ne m'appelle pas Serge non plus, mais je me suis aussi posé la question...
Finalement le hasard et la causalité sont les mamelles d'une vie bien remplie.
Et puis, n'y fait on pas de fameuses cochonneries ?