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Soit dit en passant

À table, la soupe est servie !

27 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


Nos prédécesseurs ont dépensé une louable énergie à nous confectionner toute une succession de proverbes, dictons, maximes et autres aphorismes qui s’avèrent quelquefois bien pratiques lorsqu’on souhaite s’attribuer le mot de la fin. D’aucuns ouvrent de vastes possibilités comme par exemple : Qui sème le vent récolte la tempête, car nul ne sait véritablement qui est à l’origine de ce doux zéphyr qui soulève les jupes des filles sans que la moindre tempête ne se déchaîne illico. D’autres sont éminemment contestables tel celui-ci dont on peut vérifier chaque jour la fausseté : Bien mal acquis ne profite jamais. S’il en est un que l’on cite plus que rarement c’est bien celui inventé par Auguste Blanqui et l’on peut en effet comprendre pourquoi. Qui fait la soupe doit la manger. Voilà qui n’est pas banal si l’on considère le temps qui s’est écoulé depuis que l’homme a inventé l’esclavage, alors que le pauvre Blanqui (1805-1881) n’était même pas né. Il semble en effet que personne jusque là n’avait perçu l’évidence d’un tel propos. La meilleure preuve en est qu’aujourd’hui, bien des années plus tard après qu’il l’eût choisi pour titre d’un article (1834) destiné au journal Le Libérateur, ce ne sont toujours pas celles et ceux qui font la soupe qui la mangent.
Bien entendu, si le bienheureux salarié dispose d’un emploi, à qui le doit-il ? Mais, inversement, si le très bienheureux employeur n’avait à sa disposition un ou plusieurs salariés, qui donc ferait le boulot ? Lui ?
Dans ce texte de quelques pages Blanqui note avec gourmandise : Axiome : la nation s’appauvrit de la perte d’un travailleur ; elle s’enrichit de celle d’un oisif. La mort d’un riche est un bienfait. Ce ne sont certes pas là propos d’un social-démocrate du vingt et unième siècle, quand bien même celui-ci se serait fait élire, démocratiquement, en se réclamant de la pensée socialiste, tout comme Blanqui lui-même. On voit par là combien les mots ont un sens, une signification parfois extrêmement précise. Bien sûr, il y eut depuis lors l’abolition de l’esclavage, dans le sens où l’on a renoncé à fouetter l’ouvrier ou l’employé afin d’obtenir un meilleur rendement ; désormais l’employeur invite certains des siens (car ils lui appartiennent) à faire du saut à l’élastique ou à partir en vacances à la neige en espérant qu’ainsi ces derniers s’épanouissent sur leur lieu de travail, quitte à délocaliser son entreprise le mois suivant l’annonce de ce démocratisme.
Il n’empêche que dans l’intervalle est arrivé l’actionnaire, lequel décide du sort de ladite entreprise, surtout si celle-ci est multinationale, et de son personnel. La mort d’un riche est un événement fort rare, le suicide de tel ou tel salarié infiniment plus courant et les petits agriculteurs n’y échappent pas eux-mêmes, bien au contraire.
Fabrice Millon, l’éditeur de ce petit joyau, a eu la bonne idée de le compléter par un autre texte de Blanqui daté de 1868 intitulé Instructions pour une prise d’armes destiné a donner quelques conseils d’organisation en termes d’insurrection populaire. Karl Marx déclara, après la Commune de Paris, que Blanqui était le chef qui a manqué à la Commune. Encore un enragé !

Auguste Blanqui. Qui fait la soupe doit la manger, suivi de Instructions pour une prise d’armes. D’Ores et Déjà éditeur.
septembre 2016

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capron 23/10/2016 19:04

C'est bien connu, le fouet est nécessaire pour mater le peuple trop enclin au farniente.le nouveau fouet c'est le profit.
Que de grandes choses ont été érigées telles la muraille de Chine, les pyramides egyptiennes etc....et ce,, sans actionnaires.Cette nouvelle race est la plus nuisible de notre civilisation et la fera bientôt crever.