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Soit dit en passant

À certains moments, je crains la mort

24 Septembre 2016 , Rédigé par JCD


La veille ou l’avant-veille, au terme d’une conférence dédiée à Saint-Just, nous nous restaurions dans le jardin des hôtes qui avaient eu la courtoisie d’accueillir en leur demeure un groupuscule d’individus, mâles et femelles plus ou moins mélangés, singulièrement attirés par les propos d’un personnage que nos actuels politiciens véreux ne manqueraient pas de faire embastiller, le condamnant à la réclusion à perpétuité pour apologie du terrorisme révolutionnaire, s’étant eux-mêmes, dans un instant de frénésie libérale, privés du droit à user de la peine de mort au gré des humeurs de chacun. La nuit était fraîche et je regrettais de m’être un peu frivolement vêtu, comme si j’avais pu croire un instant que le dérèglement climatique avait prolongé le mois d’août et ses outrances caniculaires au-delà des limites généralement admises alors que l’employeur modèle, que le concept des congés payés chagrine ou révulse, calcule depuis une quinzaine de jours le nombre d’esclaves auxquels il compte rapidement rendre leur liberté afin que la gestion de son entreprise demeure délicieusement profitable et que le personnel vaque ainsi à ses travaux personnels de rebouchage des trous avant que son propriétaire ne le foute à la porte. En bref, je me les gelais et pris subitement conscience de mon insupportable vulnérabilité : en vérité, à certains moments de mon existence, je crains la mort.
D’aucuns ricanent et semblent avoir opté pour un au-delà de béatitude sachant, sans même s’y être rendus pour jeter un coup d’œil, qu’il n’y a rien craindre et que cela valait la peine d’attendre. Nul ne m’ôtera de l’idée qu’il n’y a là-bas très probablement rien à boire de buvable, il paraîtrait – ce sont certes des racontars et je ne m’y fie guère – que nous n’aurons plus jamais soif. C’est en quelque sorte comme aller au restaurant sans avoir vraiment faim. Ce qui me fait penser à cette histoire des soixante-dix-mille vierges – ha ! on me fait remarquer, assez grossièrement je dois dire, que c’est soixante-dix et non soixante-dix-mille, du coup l’offre est nettement plus mesquine, et en plus il faut être musulman. Pourquoi pas archidiacre afin de se gaver d’hosties et de crétins encore imberbes ! Il n’empêche, soixante-dix houris (la liaison est indispensable et le h ne s’aspire pas, lui) il faut commencer tôt le matin, mes chats eux-mêmes n’ont pas un tel appétit. C’est assez dire si le temps risque d’être long durant certains mois et je me demande si les vierges sont renouvelables lorsqu’elles ne le sont plus, sinon il y aurait comme une supercherie et tromperie sur la marchandise en quelque sorte. Toutefois, n’ayant à ce jour pas encore adhéré à quelque foi que ce soit, fût-elle musulmane avec tous les avantages y afférents, je crains la mort et je me méfierai désormais de ces garden-party alors que la température ambiante n’est pas sans évoquer la fameuse retraite de Russie dont Hugo lui-même, envoyé par l’AFP, nous narrait il y a peu l’ignominieuse horreur tout en s’attendrissant sur le bonheur d’être grand-père qu’il disait être un art. Mais je m’égare, reconnut-il également en descendant du TGV à Saint Lazare en raison d’un changement inopiné, et donc imprévisible, à Garmisch-Partenkirchen dont les deux villes furent contraintes de fusionner en 1935 sur un caprice du führer qui, pour des raisons d’ego surdimensionné, n’aimait guère Napoléon. Et Churchill dont les cigares puaient, disait-il alors que lui-même ne sentait pas toujours la rose lorsqu’il revenait d’une tournée d’inspection qui l’avait conduit de Dachau à Ravensbrück en passant par Mauthausen avant une halte au Vatican. Mais je m’égare, ne cessait-il de répéter lui aussi.
Fort justement Saint Just n’affirmait-il pas que L’art de gouverner n’a produit que des monstres. Le processus est hélas inéluctable, les monstres d’aujourd’hui se prévalent d’être tous plus ou moins démocrates, ils ne sont plus systématiquement élus ou nommés à vie mais savent néanmoins en conserver les avantages et les transmettre à leurs ayant droit, les privilèges n’ont été abolis qu’en apparence et, quand bien même nous ne leur donnons plus du Monseigneur dès que l’occasion nous en est offerte, la monarchie poursuit son règne dans un accoutrement qui se prétend républicain, principalement le quatorze juillet. Leur arrogance se passe assez bien de jabots de dentelle ; leurs fortunes, affichées et/ou cachées, disent clairement l’idée qu’ils se font de l’usage de ces trois mots arborés au fronton de leurs édifices publics comme à celui de leur papier à lettres ; lorsque le temps s’annonce exagérément caniculaire ils filent se mettre au frais, lorsqu’il menace de se faire outrancièrement froid ils s’en vont là où où l’air est douillettement chaud, dans de telles conditions comment voulez-vous que je ne la devine pas occupée à rôder autour de moi ?
septembre 2016

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Alain Sagault 02/10/2016 12:31

Quelle idée aussi d'aller attraper la mort dans une de ces réunions de bobos morts-vivants dont raffolent les intellectuels délocalisés en Provence ? T'eût-elle emporté ce soir-là, tu n'aurais eu que ce que tu méritais ! Ce qui ne m'aurait pas, contradictions humaines obligent, empêché de te pleurer à chaudes larmes, ne serait-ce que pour ne pas à mon tour prendre froid.